J'ai une telle conscience
J'ai une telle conscience de ton
être, rose complète,
que mon consentement te confond
avec mon coeur en fête.
Je te respire comme si tu étais,
rose, toute la vie,
et je me sens l'ami parfait
d'une telle amie.
Rainer Maria Rilke
Je sais, je ne viens plus... Mais parfois un poème un seul, pour ne pas fermer le blog.
Ithaque... beauté de l'horizon
Il y a quelques années, j'avais repris cet extrait d'un poème de Cavafy, Ithaque, traduit par Marguerite Yourcenar :
Quand tu partiras pour Ithaque,
souhaite que le chemin soit long,
riche en péripéties et en expériences.
Ne crains ni les Lestrygons, ni les Cyclopes,
ni la colère de Neptune.
Tu ne verras rien de pareil sur ta route si tes pensées restent hautes, si ton corps et ton âme ne se laissent effleurer
que par des émotions sans bassesse.
Tu ne rencontreras ni les Lestrygons, ni les Cyclopes,
ni le farouche Neptune,
si tu ne les portes pas en toi-même,
si ton cœur ne les dresse pas devant toi....
Je l'avais découvert, il y a bien des années, grâce à Michel Serres et une série documentaire réalisée par Arte,
La Légende des sciences, du temps où nous avions encore de vrais philosophes, humanistes et des réalisateurs curieux et exigeants. J'ignore si en fait, avant c'était mieux, mais il paraît évident qu'aujourd'hui en tout cas une telle série ne pourrait plus voir le jour. C'est dans le tout dernier épisode, à la toute fin, que le narrateur, reprend cet extrait... Que de fois, les jours de grands cafards, je retourne voir cet épisode final et tout particulièrement à partir de la 32ième minute. J'ignore précisément pourquoi, dans ces images et dans la narration de Michel Serres, il me semble percevoir une émotion si profonde, que les larmes me submergent à chaque fois. Tout est d'une beauté incroyable. Du moins j'ignorais pourquoi, jusqu'à il y a quelques jours.
Désormais, j'ai pris conscience, que ni la raison, ni la science, ni la poésie, ni l'empathie, ne semblent plus pouvoir, s'interposer à toute cette haine qui inonde notre monde.
La disparition, l’effacement de la science grecque intervient, alors que cette civilisation se fond dans la romanité, qu’elle n’est plus que l’ombre d’elle même. Qu’en est il aujourd’hui de cette humanité, fruit pourtant de tant de grandes civilisations et qui aurait du apprendre, non à en dissoudre certaines, mais plutôt à partager, ce que chacune d’elle avait à offrir aux générations futures ?
Je me sens perdue et si mal. Alors, je continue mon chemin. De Joan Baez à Enya, dans la lecture de Cozy Fantasy et de poèmes que je quête aux quatre vents, je reviens ici, pour partager, dans l’espoir que quelque part une belle âme de coeur ait envie de s’y reconnaître, dans l’espoir que dans cet infini si sombre et si glacial, une lueur surgisse. A la question, sommes nous seul dans l’univers ? En ce moment, bien trop, il me semble.
As you set out for Ithaka
hope your road is a long one,
full of adventure, full of discovery.
Laistrygonians, Cyclops,
angry Poseidon—don’t be afraid of them:
you’ll never find things like that on your way
as long as you keep your thoughts raised high,
as long as a rare excitement
stirs your spirit and your body.
Laistrygonians, Cyclops,
wild Poseidon—you won’t encounter them
unless you bring them along inside your soul,
unless your soul sets them up in front of you.
I discovered it many years ago, thanks to Michel Serres and a documentary series produced by Arte, *The Legend of Science*, back when we still had true philosophers, humanists, and curious, demanding filmmakers. I don't know if things were actually better back then, but it seems clear that such a series could no longer be made today. It's in the very last episode, at the very end, that the narrator repeats this excerpt... How many times, on days when I'm feeling really down, I go back to watch this final episode, especially from the 32nd minute onward. I don't know exactly why, but in these images and in Michel Serres' narration, I seem to perceive such a profound emotion that tears overwhelm me every time. Everything is incredibly beautiful. At least, I didn't know why, until a few days ago.
Now, I realize that neither reason, nor science, nor poetry, nor empathy, seem capable of intervening against all the hatred that engulfs our world.
The disappearance, the erasure of Greek science, occurred as this civilization merged into Romanitas, becoming but a shadow of its former self. What has become of humanity today, the product of so many great civilizations, which should have learned not to dissolve some of them, but rather to share what each had to offer future generations?
I feel lost and so unwell. So, I continue on my path. From Joan Baez to Enya, through reading Cozy Fantasy and poems I seek out far and wide, I return here to share, hoping that somewhere a kind soul will want to recognize itself in this, hoping that in this infinite darkness and chill, a glimmer of light will emerge. To the question, are we alone in the universe? Right now, far too much so, it’s seems to me.
Par Monique Parmentier
Etrange Etrangeté
— Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ? ton père, ta mère, ta sœur ou ton frère ?
— Je n’ai ni père, ni mère, ni sœur, ni frère.
— Tes amis ?
— Vous vous servez là d’une parole dont le sens m’est resté jusqu’à ce jour inconnu.
— Ta patrie ?
— J’ignore sous quelle latitude elle est située.
— La beauté ?
— Je l’aimerais volontiers, déesse et immortelle.
— L’or ?
— Je le hais comme vous haïssez Dieu.
— Eh ! qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
— J’aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… là-bas… les merveilleux nuages !
Charles Baudelaire, Petits poèmes en prose, 1869
J'arrive où je suis étranger
Rien n'est précaire comme vivre
Rien comme être n'est passager
C'est un peu fondre pour le givre
Et pour le vent être léger
J'arrive où je suis étranger
Un jour tu passes la frontière
D'où viens-tu mais où vas-tu donc
Demain qu'importe et qu'importe hier
Le cœur change avec le chardon
Tout est sans rime ni pardon
Passe ton doigt là sur ta tempe
Touche l'enfance de tes yeux
Mieux vaut laisser basses les lampes
La nuit plus longtemps nous va mieux
C'est le grand jour qui se fait vieux
Les arbres sont beaux en automne
Mais l'enfant qu'est-il devenu
Je me regarde et je m'étonne
De ce voyageur inconnu
De son visage et ses pieds nus
Peu a peu tu te fais silence
Mais pas assez vite pourtant
Pour ne sentir ta dissemblance
Et sur le toi-même d'antan
Tomber la poussière du temps
C'est long vieillir au bout du compte
Le sable en fuit entre nos doigts
C'est comme une eau froide qui monte
C'est comme une honte qui croît
Un cuir à crier qu'on corroie*
C'est long d'être un homme une chose
C'est long de renoncer à tout
Et sens-tu les métamorphoses
Qui se font au-dedans de nous
Lentement plier nos genoux
Ô mer amère ô mer profonde
Quelle est l'heure de tes marées
Combien faut-il d'années-secondes
À l'homme pour l'homme abjurer
Pourquoi pourquoi ces simagrées
Rien n'est précaire comme vivre
Rien comme être n'est passager
C'est un peu fondre pour le givre
Et pour le vent être léger
J'arrive où je suis étranger
Louis Aragon
Je vous propose pour la mise en musique de ces poèmes, un lied de Malher, Ich bin der Welt abhaden gekommen, par le magnifique artiste belge qui vient de nous quitter, José Van Dam.
Par Monique Parmentier
Laissez, laissez brûler pour vous, ô vous que j’aime, Mes chants dans mon âme allumés !
L'adagio pour cordes de Samuel Barber est pour chacun de nous souvent marqué par des images issus de films, pour lesquels il a souvent été utilisé. Pourtant comme pour toute musique, en l’écoutant, je me refuse à toute forme d'influence qu'elle soit faite de mots ou d'images. Elle est trop belle pour être enfermée par ce besoin d’enfermer la beauté dans une cage.
Si je ne peux parfois m'empêcher de penser au poème de Charles Cros, Lassitude, en écoutant cet adagio, probablement à cause de l’abus qui en est fait par nos médias actuel, très vite ce sont des poèmes de Victor Hugo qui me viennent à l'esprit... Non ce n'est pas la Lassitude que ce cette musique évoque en moi, mais plutôt l'infini, le mystère et la beauté de la vie sur terre, où un être humain, aussi géniale serait il, ne serait plus qu'une "ombre de lumière », une ombre qui brûle son âme et son coeur en quête d’un idéal, dont la passion n’effacerai jamais la bienveillance.
Je peux voir l'Océan, le bleu infini, mais aussi celui des vagues gigantesques qui se brisent sur un phare breton. Je peux aussi apercevoir le vert des paysages vallonés du Yorkshire ou des montagnes du Lake district ou d'Ecosse, et me revient le souvenir des côtes tourmentées d'Irlande. La musique est un rêve et l’interprétation de Léonard Bernstein de cet adagio où la musique se tient et nous maintient en équilibre au-dessus du vide nous mène sur des chemins qui irradient la douleur de l’impossible et la beauté d’aimer. A aucun moment, je ne vois des images de films, parce qu’étrangement le cinéma prendrais trop de place, avec ses images, alors que Samuel Barber et Leonard Bernstein, nous invitent à nous échapper, pour devenir à notre tour des funambules, conscient de l’appel du vide, en s’y refusant, et en choisissant de suivre cette lueur qui anime toujours et encore nos âmes aussi perdues soient-elles.
Je sais, je n'écoute pas de la musique ancienne pour le moment. En fait, je suis les chemins du hasard dans mes choix. Ceux-ci, me ramènent à ces musiques que j'écoutais adolescente, car j'ai le sentiment qu'elles sont comme le vent qui se joue de la lumière dans les nuages et les feuillages, ... libres.
Oui, je suis le rêveur ; je suis le camarade
Des petites fleurs d’or du mur qui se dégrade,
Et l’interlocuteur des arbres et du vent.
Tout cela me connaît, voyez-vous. J’ai souvent,
En mai, quand de parfums les branches sont gonflées,
Des conversations avec les giroflées ;
Je reçois des conseils du lierre et du bleuet.
L’être mystérieux que vous croyez muet,
Sur moi se penche, et vient avec ma plume écrire.
Victor Hugo - Les contemplations
Ô mon enfant, tu vois, je me soumets.
Fais comme moi : vis du monde éloignée ;
Heureuse ? non ; triomphante ? jamais.
— Résignée ! —
Sois bonne et douce, et lève un front pieux.
Comme le jour dans les cieux met sa flamme,
Toi, mon enfant, dans l’azur de tes yeux
Mets ton âme !
Victor Hugo - A ma fille - Les contemplations
Laissez, laissez brûler pour vous, ô vous que j’aime,
Mes chants dans mon âme allumés !
Vivez pour la nature, et le ciel, et moi-même !
Après avoir souffert, aimez !
Laissez entrer en vous, après nos deuils funèbres,
L’aube, fille des nuits, l’amour, fils des douleurs,
Tout ce qui luit dans les ténèbres,
Tout ce qui sourit dans les pleurs !
Victor Hugo - Que le sort quel qu'il soit... Les contemplations
Par Monique Parmentier
Evocation
Lorsque j'écoute de la musique, cela même lorsque j'écrivais des chroniques, n'a jamais été vraiment une écoute technique. Je me laisse porter par son pouvoir évocateur. J'écoute et je pars. Je vois, je ressens, j'entends. J'entends non seulement de la musique, mais de la poésie. Je vois non seulement des musiciens, mais des paysages. Il me semble percevoir des vibrations qui ne sont pas celles des sons, des notes, des instruments, mais celles des étoiles. Je me laisse porter par le pouvoir évocateur de la musique et au fond, hélas, c'est lorsque que la froideur technique des instrumentistes, se contente de me restituer une partition, que pour moi un concert est raté.
Cela m'est il arrivé ? Certainement... Mais au plus loin que je me souviens dans mon écoute de la musique, l'émotion, qui m'ouvre les chemins vers cet indéfinissable ailleurs, ce refuge loin des désillusions, des trahisons, du quotidien, de la méchanceté chronique a accompagné mon amour des belles interprétations.
Alors pour cette version de Nimrod par Léonard Berstein, j'ai tenté de mettre en mot cette émotion. Un poème de Mallarmé m'est venu. Est il celui qui convient le mieux, je n'en suis pas certaine, mais pourquoi pas. Il m'aurait probablement été honnêtement impossible d'écrire une chronique sur cette version, d'une oeuvre dont je savais si peu, il y a encore 5 ans. N'oubliez pas, j'ai été un temps, classifiée un peu trop exclusivement baroqueuse, ce qu'en fait, je n'ai jamais été... exclusivement. Jeune j'adorais Malher et Wagner. Et le premier me reste toujours si présent. Le hasard m'a fait croisé Egnima Variations d'Edward Elgar, un soir de retour de l'exposition Tolkien, présenté dans cette version par le conservateur de la BNF co commissaire de l'exposition sur son profil Twitter à l'époque.
Comme tous les visiteurs de l'exposition, j'étais revenue en larmes de ma troisième visite et que je savais être ma dernière visite à cette exposition si exceptionnelle. J'étais submergée par l'émotion, d'autant plus que le lendemain, il allait encore me falloir retrouver les transports en commun et mon travail. Il allait falloir retrouver la peur au quotidien et une immense solitude dans ce monde professionnel, alors que j'avais fait de si belles rencontres sur l'exposition.
Alors Nimrod, extrait d'Enigma variations, d'une beauté incommensurable m'a permis de revenir à mon quotidien en le laissant m'accompagner pendant plusieurs jours. Si je devais mettre des images sur cette musique ce sont celles de l'exposition, des paysages de Tolkien, des paysages s'ouvrant à l'infini. Si je devais mettre des mots, ce seraient ceux de ma tristesse et cette poignante douleur de l'adieu à cet univers refuge, cet univers bienveillant où le rêve d'un monde idéalisé, devient la vraie réalité.
Si vous souhaitez écoutez l'intégralité du concert et ses répétitions tout est en ligne sur YouTube. Le monde de la musique n'aura pas été plus bienveillant dans sa réalité que le milieu professionnel dans lequel j'ai évolué. Mais du moins, si vous n'approchez pas trop près de la flamme, juste assez pour vous laissez porter par son souffle, le papillon qui sommeil en vous, peut virevolter, heureux, à l'infini. A chaque fois, que j'écoute que ce soit le concert où les répétitions, je ressens ce sentiment... Mais si j'avais du écrire une chronique, qu'aurais-je pu écrire, si ce n'est "Mon dieu que c'est beau ».
Las de l’amer repos où ma paresse offense
Une gloire pour qui jadis j’ai fui l’enfance
Adorable des bois de roses sous l’azur
Naturel, et plus las sept fois du pacte dur
De creuser par veillée une fosse nouvelle
Dans le terrain avare et froid de ma cervelle,
Fossoyeur sans pitié pour la stérilité,
- Que dire à cette Aurore, ô Rêves, visité
Par les roses, quand, peur de ses roses livides,
Le vaste cimetière unira les trous vides ? -
Je veux délaisser l’Art vorace d’un pays
Cruel, et, souriant aux reproches vieillis
Que me font mes amis, le passé, le génie,
Et ma lampe qui sait pourtant mon agonie,
Imiter le Chinois au coeur limpide et fin
De qui l’extase pure est de peindre la fin
Sur ses tasses de neige à la lune ravie
D’une bizarre fleur qui parfume sa vie
Transparente, la fleur qu’il a sentie, enfant,
Au filigrane bleu de l’âme se greffant.
Et, la mort telle avec le seul rêve du sage,
Serein, je vais choisir un jeune paysage
Que je peindrais encor sur les tasses, distrait.
Une ligne d’azur mince et pâle serait
Un lac, parmi le ciel de porcelaine nue,
Un clair croissant perdu par une blanche nue
Trempe sa corne calme en la glace des eaux,
Non loin de trois grands cils d’émeraude, roseaux.
Stéphane Mallarmé
Bonne année
Et dans vos murmures étranges …
Mes poèmes ! soyez des fleuves !
Allez en vous élargissant !
Désaltérez dans les épreuves
Les coeurs saignants, les âmes veuves,
Celui qui monte ou qui descend.
Que l'aigle plonge, loin des fanges,
Son bec de lumière en vos eaux !
Et dans vos murmures étranges
Mêlez l'hymne de tous les anges
Aux chansons de tous les oiseaux !
Victor Hugo - Les chants du Crépuscule
Ne voyez en cet ange, ou peut être cette victoire, aucune volonté de connotation religieuse ou laïque. J’ai tendance à pencher pour une victoire, cela dit, car la transparence du tissu, et le geste et le corps sont un tout peu trop sensuel. Ce très beau chromo du XIXe, me semble parfait pour accompagner ce magnifique poème du grand Victor. Je ne l’avais encore jamais cité sur mon blog… au fond conclure l’année sur ce poème et cette image, m’a semblé approprié. Que les murmures des voix du vent, soient porteurs de rêves et d’espoir pour 2026.
Please don't see any religious or secular connotation in this angel, or perhaps this victory, regarding my wishes. I tend to lean towards a victory, though, because the transparency of the fabric, and the gesture and the body are a little too sensual. This very beautiful 19th-century chromolithograph seems perfect to accompany this magnificent poem by the great Victor Hugo. I've never quoted it on my blog before… in the end, concluding the year with this poem and this image seemed appropriate. May the whispers of the wind's voices carry dreams and hope for 2026.
Par Monique Parmentier
Chanson d'été
Je lis beaucoup de commentaires sur les réseaux sociaux de français qui disent que la "magie" de Noël ne les atteint plus, j'ai même envie de rajouter qu'ils ne sont plus sensibles à aucune magie, oubliant que la magie pour qu'elle existe, on doit la porter en soi. Trop de haines, trop de frustrations non assumées, les chaînes de télévision et ces fameux réseaux, ne diffusent plus que de la vulgarité et de la rage. C'est aussi pour cela, que je finis par avoir peur de partager ici mon désir de partager la beauté qui existe pourtant tout autour de nous, si on veut se donner la peine de regarder plus loin, que son ego. Alors, hélas on ne peut pas mettre de musique sur ce que je vais partager sur overblog, mais sur Instagram, j'ai accompagné le petit film de mes chromos de Méditation de Thaïs, pour violon et orchestre, avec au violon Joshua Bell. "Son interprétation est une pure merveille de charme et sensibilité", comme le dit un commentaire, sous la video. Je rajouterai "quasi céleste". Et si je devais vous faire un voeu pour la nouvelle année, ce serait de retrouver la magie en vous qui s'est perdue sur les chemins de la facilité.
Chanson d’été - Albert Samain
Le soleil brûlant
Les fleurs qu’en allant
Tu cueilles,
Viens fuir son ardeur
Sous la profondeur
Des feuilles.
Cherchons les sentiers
A demi frayés
Où flotte,
Comme dans la mer,
Un demi-jour vert
De grotte.
Des halliers touffus
Un soupir confus
S’éléve
Si doux qu’on dirait
Que c’est la forêt
Qui rêve…
Chante doucement ;
Dans mon coeur d’amant
J’adore
Entendre ta voix
Au calme du bois
Sonore.
L’oiseau, d’un élan,
Courbe, en s’envolant,
La branche
Sous l’ombrage obscur
La source au flot pur
S’épanche.
Viens t’asseoir au bord
Où les boutons d’or
Foisonnent…
Le vent sur les eaux
Heurte les roseaux
Qui sonnent.
Et demeure ainsi
Toute au doux souci
De plaire,
Une rose aux dents,
Et ton pied nu dans
L’eau claire.
Ce sera ma dernière publication de l'année. En vous souhaitant de très belles fêtes de fin d'année et une année 2026 qui rendent à vos coeurs toute la magie des rêves, de la beauté du monde.
Par Monique Parmentier
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Musique du silence
Puisqu’il n’est point de mots qui puissent contenir,
Ce soir, mon âme triste en vouloir de se taire,
Qu’un archet pur s’élève et chante, solitaire,
Pour mon rêve jaloux de ne se définir.
O coupe de cristal pleine de souvenir ;
Musique, c’est ton eau seule qui désaltère ;
Et l’âme va d’instinct se fondre en ton mystère,
Comme la lèvre vient à la lèvre s’unir.
Sanglot d’or !… Oh ! voici le divin sortilège !
Un vent d’aile a couru sur la chair qui s’allège ;
Des mains d’anges sur nous promènent leur douceur.
Harmonie, et c’est toi, la Vierge secourable,
Qui, comme un pauvre enfant, berces contre ton coeur
Notre coeur infini, notre coeur misérable.
Albert Samain, Au jardin de l’infante
Un beau poème, les fêtes de fin d'année qui plus que jamais donnent envie de se réfugier dans la beauté, tant la peur et la haine, me semblent s'être emparées des coeurs. Il devient difficile, d'avoir envie de partager et il semble plus facile se replier sur soi et de savourer les petits plaisirs que l'on peut trouver dans la beauté des petits riens, sans avoir à prendre des coups.
Je continue à bricoler, à rechercher la poésie, la bienveillance, le beau en tout, comme l'écrivait William Morris. Mais désormais, sauf avec quelques uns de mes abonnés Instagram, j'ai beaucoup de difficultés à croire, que cela peut vraiment intéresser quelqu’un.
Et puis, une après-midi, bien automnale, je me suis lancée, j’ai enfin écrit un livre, un livre qui m'a longtemps habité et sur lequel, j'ai beaucoup procrastiné. Un livre que j’avais envie de lire, avec la certitude que jamais désormais, je ne le partagerais avec quiconque, pour ne plus me faire écraser par tous ceux qui m’ont fait douter de ma capacité à l’écrire. Il ne s’agit que d’un petit roman Fantasy, et pourtant il m'aide à reprendre confiance.
En l'écrivant, j'ai eu le sentiment de mieux comprendre, pourquoi une petite phrase écrite sur une copie vide d'un étudiant, avait pu mener Tolkien," dans un trou vivait un Hobbit", aussi loin, à laisser son imagination emprunter des routes si improbables. Je vous rassure, je ne me prends pas pour Tolkien. Mais j'ai simplement, écrit en l'observant en contre jour "Le chat est à se fenêtre. Dans l'ombre du soir qui passe, il veille sur l'infini". Tout est parti de là et je m'étonne encore du monde que la plume a dessiné en poursuivant son chemin. Et cela m'amuse, comme une enfant qui a joué un bon tour, de savoir que j'ai écris ce livre si facilement, grâce à la fantaisie d'un chat à sa fenêtre. Comme Alice suivant son lapin blanc, j'ai juste voulu savoir où cela me mènerait.
Je repense souvent à l'exposition de la BNF d'ailleurs. Une exposition qui m'avait fait voyager si loin. J'ai aussi repenser à Tolkien et à son débat avec ce personnage apparu sur une route, à un moment où il ne s'attendait pas et dont il ne savait que faire, Faramir. Il m'est arrivé la même chose avec un des personnages pourtant essentiel de la seconde partie. Je n'en voulais pas, j'ai cherché toute sorte de moyens, pour le faire sortir, mais il n'a pas voulu. Il avait sa place et sa raison d'être. C'est amusant de s'apercevoir, ce jeu avec ses personnages, tout fictif qu'ils soient, ils prennent de la place.
En écrivant, en libérant ce voyage que je me suis si longtemps interdit et qui m'accompagnait depuis si longtemps, j’ai enfin refusé que les pervers narcissiques croisées sur ma route, ne décident pour moi ce que je pouvais ou savais écrire. Il est désormais là, bien réel, j'y apporte parfois des petites corrections ou modifications, mais il est terminé. Et très franchement, peu m'importe l'avis des uns et des autres, car l'essentiel n'est pas qu'il soit lu et approuvé par des critiques qui pour de bonnes ou mauvaises raisons le casseront, mais que j'ai enfin mis en mots mon univers et que je peux m'y réfugier les jours de cafards. Oui, j'ai enfin, un vrai refuge qui n'appartient qu'à moi. Et je m'y sens bien dans ce monde parallèle, que j'ai voulu tel que j'aurais voulu espérer que notre monde réel puisse être.
Ne laissez jamais personne, vous dicter, votre chemin. Tolkien avait raison, "Tout ce qu'il nous appartient de décider, c'est ce que nous comptons faire du temps qui nous est imparti"...
Alors malgré la fureur des puisants et des peurs qui génèrent la haine, je poursuis ma route. Je n'ai plus besoin de trouver ma place, plus peur de la solitude. J'attends avec impatience le printemps, pour recommencer mes démarches pour trouver mon "home sweet home" et cette fois ci, je ne laisserais rien n'y personne me décourager.
Je vous souhaite à tous d’aussi belles fêtes de fin d’année qu’il vous sera possible de connaître en ces temps si tourmentés.
Par Monique Parmentier
Since there are no words that can contain,
This evening, my sad soul yearns to be silent,
Let a pure bow rise and sing, solitary,
For my dream jealous of not defining itself.
O crystal cup full of memory;
Music, it is your water alone that quenches thirst;
And the soul instinctively melts into your mystery,
As lip unites with lip.
Golden sob!... Oh! Here is the divine spell!
A wind of wings has flowed over the lightening flesh;
Angel hands sweep their sweetness over us.
Harmony, and it is you, the helpful Virgin,
Who, like a poor child, cradles against your heart
Our infinite heart, our miserable heart.
Albert Samain Au jardin de l'infante. Poème : Musique
Automne : Une rose dans les jardins d’Adonis
Alors que j’avais commencé un article pour dire que je m’apprêtais à fermer ce blog, n’ayant plus à cœur de partager des instants de beauté, dans ce monde qui n’est plus quasiment que haine, flagornerie et manipulation, l’automne s’en est venu plus tôt avec ses vents tumultueux, ses longues journées de pluie et petit à petit mon éloignement de plus en plus important de l’informatique et de ses réseaux, dits sociaux. En dehors d’Instagram et de quelques personnes qui tentent désespérément par leurs publications d’y préserver des espaces de beauté et d’empathie, ce monde oú je me sens perdue, étrangère et désemparée me semble devoir être mis, tant que je le peux, à distance.
De loin, j’ai essayé de me créer des regrets en lisant quelques articles sur les festivals. Je n’y ai lu entre les mots que cette perversion et cet ennui de bon aloi, de s’être entre soi que j’ai fui. Et en dehors des vrais bons souvenirs que je protège et des rares personnes, musiciens bien sur, mais pas que qui me manquent vraiment, seul mon sud me manque et les personnes que j’y chérie.
L’automne donc, vient me redonner ce souffle qui emporte les craintes. Les lectures de l’été m’ont ramené certains de ces petits instants de bonheur fait de trois fois rien, ceux d’une enfance extrêmement modeste à la campagne où l’observation de l’activité des fourmis dans l’herbe, le vol tournoyant des hirondelles, le brouillard ailé des libellules arc en ciel, chrisopes vertes et autres insectes, le bourdonnement des abeilles et bourdons m’offraient de féeriques instants de contemplation, durant de longues heures d’été … ce monde quasi disparu me manque et j’ai de la peine pour les générations futures qui ne connaîtront pas ces heures sereines et joyeuses, pas plus qu’ils ne connaîtront le goût des groseilles, framboises, fraises et tomates chapardées dans le potager de leurs grands parents.
Alors mots et images, ici hélas on ne peut rajouter de la musique, ont commencé à s’entremêler, virevoltant dans ma mémoire et l’enfant rêveuse et solitaire, s’est rappelée à la vieille dame que je deviens. Le rêve de l’innocence, la vraie, de l’amitié, la vraie, d’un dialogue des âmes solitaires en quête de beauté. Existez vous, belles âmes, entendez-vous ce murmure, cet appel de plus en plus douloureux de l’harmonie qui se meurt ?
Voici donc quelques extraits de poèmes, portant l’espoir que ces mots et ces images qui les illustrent, comme des feuilles mortes, virevoltant jusqu’à vous, vous redonneront à vos cœurs et aux âmes mélancoliques des raisons d’espérer en un monde meilleur.
Du temps, je mettrais avant de revenir, probablement. Peut être fermerais je ce blog, peut être pas. Mais comme le dit Gandalf, « il appartient à chacun de nous de faire du temps qui nous est impartie le meilleur ».
Par Monique Parmentier
Je suis d’un pas rêveur le sentier solitaire,
J’aime à revoir encor, pour la dernière fois,
Ce soleil pâlissant, dont la faible lumière
Perce à peine à mes pieds l’obscurité des bois !
Oui, dans ces jours d’automne où la nature expire,
A ses regards voilés, je trouve plus d’attraits,
C’est l’adieu d’un ami, c’est le dernier sourire
Des lèvres que la mort va fermer pour jamais !
Lamartine - Méditations poétiques
Fall, leaves, fall ; Die, Flowers, away ;
Lengthen night and shorten day;
Every leaf speaks bliss to me
Fluttering from the autumn tree.
I shall smile when wreaths of snow
Blossom where the rose should grow;
I shall sing when night’s decay
Ushers in a drearier day.
Emily Brontë
Le vent tourbillonnant, qui rabat les volets’
Las-bas tord la forêt comme une chevelure.
Des troncs entrechoqués monte un puissant murmure
Pareil au bruit des mers rouleuses de galets.
L’automne qui descend les collines voilées
Fait, sous ses pas profonds, tressaillir notre cœur ;
Et voici que s’afflige avec plus de ferveur
Le tendre désespoir des roses envolées…
L’automne - Albert Samain
In the other gardens
And all up in the vale,
From thé autumn bonfires
See the smoke trail!
Pleasant summer over,
And all the summer flowers,
The red fire blazes,
The grey smoke towers.
Sing a song of seasons!
Something bright in all!
Flowers in the summer,
Fires in the fall
Autumn Fires
Robert Louis Stevenson
Elle naît au déclin de l'automne
Elle vit en rêve tout un hiver
Elle s'éveille en sursaut au printemps
Elle aime, elle aime en plein été
Elle sème des souvenirs en automne
Elle oublie ses souvenirs en hiver
Elle chante la vie au printemps
Elle se tait, elle se tait en été
Elle parle à travers l'automne
Elle écoute une voix en hiver
Elle va vers la vie au printemps
Elle nie, elle nie la mort en été
On la perd de vue en automne
On l'oublie, on l'oublie en hiver
Quelqu'un se souvient d'elle un jour de printemps
Son nom naufrage pour jamais au cœur de l'été
Automne, hiver, printemps, été Être être et avoir été
Quatre saisons
Robert Desnos
Autumn is over the long leaves that love us,
And over the mice in the barley sheaves;
Yellow the leaves of the rowan above us,
And yellow the wet wild-strawberry leaves.The hour of the waning of love has beset us.And weary and worn are our sad souls now;Let us part, ere the season of passion forget us,With a kiss and a tear on thy drooping brow.
The falling of the leaves
JB Yeats
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