I took one Draught of life J'ai bu une gorgée de vie
I took one Draught of Life
I took one Draught of Life —
I'll tell you what I paid —
Precisely an existence —
The market price, they said.
They weighed me, Dust by Dust —
They balance film with Film
They handed me my Being’s worth -
A single dram of Heaven!
J’ai bu une gorgée de vie
J'ai bu une Gorgée de Vie -
Savez-vous ce que j'ai payé -
Exactement une existence -
Le prix, ont-ils dit, du marché.
Ils m'ont pesée, grain par grain de Poussière -
Ont mis en balance Pellicule contre Pellicule,
Puis m’ont donné la valeur de mon être -
Une unique goutte de ciel!
Emily Dickinson
Je verse dans la sorcellerie depuis quelques temps... Enfin la sorcellerie littéraire. Je ne veux pas m'attirer les commentaires de tous les pseudos sorciers qui se sentent obliger de se faire valoir...
En fait bien au-delà de l'image d'Epinal, j'ai plus que jamais envie de me rebeller contre la cupidité du monde qui nous entoure, à ma manière, en résistant à la stupide mode de l'IA qui détruit tout sur son passage, y compris la liberté de lire, d'écrire, de créer... Je résiste... Je lis, je rêve... et en particulier de ce séjour que j'aimerais faire en Angleterre et en Ecosse. Pour l'instant, les livres et les bons films et bonnes séries, m'y emmènent.
Gallant de V. E. Schwab, s'est révélé un livre étrange, oscillant entre de nombreux univers fantastiques, mais avec une idée particulièrement originale. Etrangement, ce livre dit pour "jeunes adultes", est à l'image d'une jeunesse sans grands espoirs, obsédée par la mort, par cette pulsion à laquelle elle est quotidiennement confrontée et contre laquelle elle doit lutter. L'ombre qui plane sur "l'héroïne"... est terrifiante et toute victoire contre elle, ne peut être qu'éphémère. Une vision noire, qui nous laisse un goût amer et un monde bien sombre, où malgré tout subsiste quelques touches de couleur qui ne veulent pas mourir.
J'ai aussi lu, l'Enfant de neige, le premier roman d'Eowyn Ivey, une jeune autrice américaine, vivant en Alaska. Malgré sa couverture, qui pourrait faire penser à un roman jeunesse, une enfant accompagnée d'un renard dans un paysage enneigé, et malgré le côté fantasmagorique de la première partie, ce n'est en aucun cas un livre jeunesse. Car même si la magie en est le fil d'Arianne, la mort encore plane, rode, prête à rappeler que la réalité écrase les licornes et les fées, les enfants dont l'imagination voudrait qu'il soit fait de neige et qui un jour n'ont pas d'autre choix que de devenir adulte ou de se perdre dans l'immensité glacée. Un livre beau et douloureux, que l'on referme en voulant espérer que l'histoire ait une fin infinie.
Depuis d'autres livres, plutôt de la Fantasy, m'ont occupé et je viens de commencer, un nouveau roman, dont je me demande où il va me mener, les Sorcières du Phare de Carolyn Jess - Cooke.
Je ne lis plus que de la littérature américaine et anglaise, rêvant plus que jamais des bibliothèques et librairies d'Oxford. Et entre deux romans, je m'évade dans la poésie. Il n'y aura jamais d'IA chez moi. Je l'a boycotte. Elle n'est qu'un plagiaire, un perroquet ridicule, une béquille pour les non créatifs, qui se rêvent plus brillants qu'ils ne seront jamais et qui ne peuvent accepter de n'être simplement, qu'eux - mêmes.
Puissions nous tous valoir ce que l'IA ne vaudra jamais... Une unique goutte de ciel.
Par Monique Parmentier
A thousand fantasies Begin to throng into my memory
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What might this be? A thousand fantasies
Begin to throng into my memory,
Of calling shapes, and beck'ning shadows dire,
And airy tongues, that syllable men's names
On sands, and shores, and desert wildernesses
Mille fantaisies commencent à affluer dans ma mémoire,
des formes qui appellent, des ombres menaçantes,
des langues aériennes qui murmurent des noms d’hommes
sur le sable, sur les rivages et les déserts.
Comus - John Milton
Cher lecteur, je vois encore certains d'entre vous, venir lire mes articles sur le Festival Musique et Histoire à Fontfroide. Si je devais un jour y retourner, ce serait pour mon simple plaisir, cette partie de ma vie appartient au passé.
Pour l'instant, ma priorité à venir, à partir de septembre, va être de me trouver un petit appartement dans mon sud bien aimé... Et suivant ce qu'il m'en coutera, je pourrais ou non nourrir mon autre rêve, aller passer au moins un mois d'ici deux ans en Angleterre, en commençant par Oxford... et j'aimerais faire un tour dans le Surrey, dans le Yorkshire, Lake district pour finir par l'Ecosse.
Instagram m'a permis de faire la connaissance d'étudiants en doctorat et d'enseignants dans la ville universitaire par essence. Celle qui me faisait déjà rêver plus jeune. Si hélas, il ne fallait pas être riche pour s'installer là-bas, et que les conditions pour obtenir un visa pour y séjourner longuement n'étaient pas si dissuasives, Oxford pourrait bien être ma seconde ville de coeur.
Non seulement des universités, des conférences, des bibliothèques toutes plus riches les unes que les autres, des librairies, papeterie où s'abandonner à la dépense sans même s'en rendre compte, des parcs où des lieux patrimoniaux qui appellent à la rêverie les lecteurs qui s'y égarent, font de cette ville, la ville de la Fantasy. Quoi d'étonnant que Tolkien, l'un des plus grands auteurs du genre, voir le plus grand, y ait vécu, écrit et enseigné.
Ce texte de C.S. Lewis (l'auteur des Chroniques de Narnia) en parle tellement mieux que je ne saurais le faire. Je crois que je n'ai jamais lu un texte, évoquant une ville plus beau que celui ci. Je n'en ai trouvé qu'une version traduite et je dois en chercher la version originale, qui fait probablement partie d'un de ses textes théologiques :
"« Une soif de ce qui est au-delà, plus profonde que le simple désir. Une douleur à la fois séduisante et d’une beauté incommensurable. Le sentiment que j’éprouve à Oxford est le même que j’éprouve souvent en lisant des livres. C’est bien plus qu’un simple plaisir. Voici un monde sur le point de révéler quelque chose de beau et d’infini. Voici des flèches et des tours qui s’élancent vers le ciel. Voici des salles sacrées et des espaces vénérables. C’est ici que sont conservés les secrets du monde. Oxford représente ce qui m’est le plus cher. L’étude rigoureuse dans la quête de la vérité, la joie d’apprendre et de voir naître la compréhension, les délicieux actes de contemplation et de création, l’écriture des mots sur le papier, le plaisir de feuilleter des pages jaunies, la poussière qui retombe des rêves, des pensées et des prières qui s’élèvent vers le ciel. Dieu n’habite -t-il pas au milieu des livres ? N’est ce pas un lieu où il se repose, attendant que nous le rejoignions et le trouvions ? L’embrasement de l’esprit, n’est - il pas le triomphe le plus glorieux de ses créatures ? N’est il pas satisfait de nous alors que nous découvrons peu à peu ses mystères et que nous nous émerveillons de la sublimité de son monde, de la nature, de nous-mêmes et de notre création ? Et ne sourit - il pas devant la petitesse de nos pensées à la lumière de son esprit infini et universel, tout en nous chérissant nous et ce qui nous est le plus cher ?"
Ce monde est devenu si compliqué, pour ne pas dire souvent abject. Plus jeune, je n'avais tout simplement pas les moyens d'aller étudier en Angleterre, sur ce campus à l'échelle d'une ville et aujourd'hui ce serait soit me loger, soit partir là bas, pour un séjour limité par les visas, car hélas l'Europe a laissé partir nos cousins britanniques et nous soumettent ainsi à des tracas administratifs et douaniers qui semblent absurdes au regard de ce que les échanges culturels communs pourraient nous apporter.
Pourquoi cela me revient - il ainsi ? Là c'est un peu la faute d'une chaîne anglaise et d'une série en trois saisons, dont la première se déroulait à Oxford avec une superbe reconstitution des décors de la Bodleian. Me sont alors revenus tous les souvenirs de l'exposition Tolkien. Cette série étant de la Fantasy comme je l'aime (un cran en-dessous de Tolkien, mais qui peut se comparer à Tolkien), A Discovery of witches, avec de magnifiques acteurs, des décors réalisés en studio, mais quels décors, de superbes costumes dans la Saison 2, se déroulant dans le Londres Elisabéthain... bref tout ce dont j'avais besoin, pour éloigner la réalité, trouver refuge, loin de ce monde réel que je déteste chaque jour davantage et où tant m'ont si profondément déçus.
Après, il y a aussi tous ces contacts en Angleterre, collectionneurs de livres anciens, professeurs d'universités, étudiants équivalent du troisième cycle en France et puis quelques influenceuses anglaises en décoration d'intérieur et voyages qui nous montrent la beauté des intérieurs et des paysages au lieu comme les françaises de nous imposer des selfies de leurs petites personnes (je sais, c'est presque cruel de parler d'elles ainsi, mais est-ce moi qui le suis)... Bref, plein de personnes tellement plus intéressantes et passionnées et qui contrairement aux élites françaises ne prennent personne du haut de leur suffisance de petits coqs gaulois.
Et en attendant, je passe mon temps à travailler mon anglais, sur les sites internet de ces bibliothèques qui en plus ont une amplitude horaire sur place, à faire se pâmer n'importe quel étudiant ici... Et dans ma petite tête, fait surface un autres projet, pour m'amuser. Enfin le 17 septembre, je prends la route pour mon sud et les prochains mois, je vais devoir me consacrer à ma recherche immobilière et par les temps qui court, il va vraiment falloir que je sois concentrée pour y parvenir.
Du coup, je n'ai plus vraiment le temps, pour mon blog, ni l'envie. J'ignore qui vient ici, je n'ai que des chiffres et il ne m'importe plus de savoir, si toutes ces personnes croisées dans mon ancienne vie, font semblant de se préoccuper pour moi, ayant de vrais personnes et non des fantômes de mon passé avec qui partager, ce blog, pour l'instant, ne survit que parce que je me dis encore qu'un jour, j'aimerais en faire un blog d'art de vivre... Mais je crois que je n'en aurais de toute manière pas le temps, mon installation et la construction de ma nouvelle vie dans le sud, vont pas mal m'occuper. Et je vais poursuivre mes échanges, avec ces anglais si charmants et ces quelques français qui se sont installés là bas et bien évidemment avec ces personnes qui me sont chères à Narbonne et mes petites activités. Dans moins de deux mois, j'aurais 67 ans, le temps passe vite... si vite et j'en ai déjà assez perdu, particulièrement avec le monde de la presse musicale.
Monique Parmentier
Sous la douceur de ses paupières, mêler leurs traces lumineuses
Ceux qui connaissent les racines du saule plient plus habilement les branches.
Quand tu vas te coucher, ne laisse ni pain ni lait
sur la table : cela attire les morts.
Mais puisse-t-il, ce silencieux magicien,
sous la douceur de ses paupières,
mêler leurs traces lumineuses à toute chose visible ;
et puisse la magie de la fumée de terre et de la rue être pour lui aussi réelle que la plus claire des connexions.
Rien ne peut altérer pour lui l'image authentique ;
qu'il erre dans les maisons ou les tombes,
qu'il loue l'anneau sigillaire, le collier d'or, le vase.
Rainer Maria Rilke - Sonnets à Orphée
J'ai une telle conscience
J'ai une telle conscience de ton
être, rose complète,
que mon consentement te confond
avec mon coeur en fête.
Je te respire comme si tu étais,
rose, toute la vie,
et je me sens l'ami parfait
d'une telle amie.
Rainer Maria Rilke
Je sais, je ne viens plus... Mais parfois un poème un seul, pour ne pas fermer le blog.
Ithaque... beauté de l'horizon
Il y a quelques années, j'avais repris cet extrait d'un poème de Cavafy, Ithaque, traduit par Marguerite Yourcenar :
Quand tu partiras pour Ithaque,
souhaite que le chemin soit long,
riche en péripéties et en expériences.
Ne crains ni les Lestrygons, ni les Cyclopes,
ni la colère de Neptune.
Tu ne verras rien de pareil sur ta route si tes pensées restent hautes, si ton corps et ton âme ne se laissent effleurer
que par des émotions sans bassesse.
Tu ne rencontreras ni les Lestrygons, ni les Cyclopes,
ni le farouche Neptune,
si tu ne les portes pas en toi-même,
si ton cœur ne les dresse pas devant toi....
Je l'avais découvert, il y a bien des années, grâce à Michel Serres et une série documentaire réalisée par Arte,
La Légende des sciences, du temps où nous avions encore de vrais philosophes, humanistes et des réalisateurs curieux et exigeants. J'ignore si en fait, avant c'était mieux, mais il paraît évident qu'aujourd'hui en tout cas une telle série ne pourrait plus voir le jour. C'est dans le tout dernier épisode, à la toute fin, que le narrateur, reprend cet extrait... Que de fois, les jours de grands cafards, je retourne voir cet épisode final et tout particulièrement à partir de la 32ième minute. J'ignore précisément pourquoi, dans ces images et dans la narration de Michel Serres, il me semble percevoir une émotion si profonde, que les larmes me submergent à chaque fois. Tout est d'une beauté incroyable. Du moins j'ignorais pourquoi, jusqu'à il y a quelques jours.
Désormais, j'ai pris conscience, que ni la raison, ni la science, ni la poésie, ni l'empathie, ne semblent plus pouvoir, s'interposer à toute cette haine qui inonde notre monde.
La disparition, l’effacement de la science grecque intervient, alors que cette civilisation se fond dans la romanité, qu’elle n’est plus que l’ombre d’elle même. Qu’en est il aujourd’hui de cette humanité, fruit pourtant de tant de grandes civilisations et qui aurait du apprendre, non à en dissoudre certaines, mais plutôt à partager, ce que chacune d’elle avait à offrir aux générations futures ?
Je me sens perdue et si mal. Alors, je continue mon chemin. De Joan Baez à Enya, dans la lecture de Cozy Fantasy et de poèmes que je quête aux quatre vents, je reviens ici, pour partager, dans l’espoir que quelque part une belle âme de coeur ait envie de s’y reconnaître, dans l’espoir que dans cet infini si sombre et si glacial, une lueur surgisse. A la question, sommes nous seul dans l’univers ? En ce moment, bien trop, il me semble.
As you set out for Ithaka
hope your road is a long one,
full of adventure, full of discovery.
Laistrygonians, Cyclops,
angry Poseidon—don’t be afraid of them:
you’ll never find things like that on your way
as long as you keep your thoughts raised high,
as long as a rare excitement
stirs your spirit and your body.
Laistrygonians, Cyclops,
wild Poseidon—you won’t encounter them
unless you bring them along inside your soul,
unless your soul sets them up in front of you.
I discovered it many years ago, thanks to Michel Serres and a documentary series produced by Arte, *The Legend of Science*, back when we still had true philosophers, humanists, and curious, demanding filmmakers. I don't know if things were actually better back then, but it seems clear that such a series could no longer be made today. It's in the very last episode, at the very end, that the narrator repeats this excerpt... How many times, on days when I'm feeling really down, I go back to watch this final episode, especially from the 32nd minute onward. I don't know exactly why, but in these images and in Michel Serres' narration, I seem to perceive such a profound emotion that tears overwhelm me every time. Everything is incredibly beautiful. At least, I didn't know why, until a few days ago.
Now, I realize that neither reason, nor science, nor poetry, nor empathy, seem capable of intervening against all the hatred that engulfs our world.
The disappearance, the erasure of Greek science, occurred as this civilization merged into Romanitas, becoming but a shadow of its former self. What has become of humanity today, the product of so many great civilizations, which should have learned not to dissolve some of them, but rather to share what each had to offer future generations?
I feel lost and so unwell. So, I continue on my path. From Joan Baez to Enya, through reading Cozy Fantasy and poems I seek out far and wide, I return here to share, hoping that somewhere a kind soul will want to recognize itself in this, hoping that in this infinite darkness and chill, a glimmer of light will emerge. To the question, are we alone in the universe? Right now, far too much so, it’s seems to me.
Par Monique Parmentier
Etrange Etrangeté
— Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ? ton père, ta mère, ta sœur ou ton frère ?
— Je n’ai ni père, ni mère, ni sœur, ni frère.
— Tes amis ?
— Vous vous servez là d’une parole dont le sens m’est resté jusqu’à ce jour inconnu.
— Ta patrie ?
— J’ignore sous quelle latitude elle est située.
— La beauté ?
— Je l’aimerais volontiers, déesse et immortelle.
— L’or ?
— Je le hais comme vous haïssez Dieu.
— Eh ! qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
— J’aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… là-bas… les merveilleux nuages !
Charles Baudelaire, Petits poèmes en prose, 1869
J'arrive où je suis étranger
Rien n'est précaire comme vivre
Rien comme être n'est passager
C'est un peu fondre pour le givre
Et pour le vent être léger
J'arrive où je suis étranger
Un jour tu passes la frontière
D'où viens-tu mais où vas-tu donc
Demain qu'importe et qu'importe hier
Le cœur change avec le chardon
Tout est sans rime ni pardon
Passe ton doigt là sur ta tempe
Touche l'enfance de tes yeux
Mieux vaut laisser basses les lampes
La nuit plus longtemps nous va mieux
C'est le grand jour qui se fait vieux
Les arbres sont beaux en automne
Mais l'enfant qu'est-il devenu
Je me regarde et je m'étonne
De ce voyageur inconnu
De son visage et ses pieds nus
Peu a peu tu te fais silence
Mais pas assez vite pourtant
Pour ne sentir ta dissemblance
Et sur le toi-même d'antan
Tomber la poussière du temps
C'est long vieillir au bout du compte
Le sable en fuit entre nos doigts
C'est comme une eau froide qui monte
C'est comme une honte qui croît
Un cuir à crier qu'on corroie*
C'est long d'être un homme une chose
C'est long de renoncer à tout
Et sens-tu les métamorphoses
Qui se font au-dedans de nous
Lentement plier nos genoux
Ô mer amère ô mer profonde
Quelle est l'heure de tes marées
Combien faut-il d'années-secondes
À l'homme pour l'homme abjurer
Pourquoi pourquoi ces simagrées
Rien n'est précaire comme vivre
Rien comme être n'est passager
C'est un peu fondre pour le givre
Et pour le vent être léger
J'arrive où je suis étranger
Louis Aragon
Je vous propose pour la mise en musique de ces poèmes, un lied de Malher, Ich bin der Welt abhaden gekommen, par le magnifique artiste belge qui vient de nous quitter, José Van Dam.
Par Monique Parmentier
Laissez, laissez brûler pour vous, ô vous que j’aime, Mes chants dans mon âme allumés !
L'adagio pour cordes de Samuel Barber est pour chacun de nous souvent marqué par des images issus de films, pour lesquels il a souvent été utilisé. Pourtant comme pour toute musique, en l’écoutant, je me refuse à toute forme d'influence qu'elle soit faite de mots ou d'images. Elle est trop belle pour être enfermée par ce besoin d’enfermer la beauté dans une cage.
Si je ne peux parfois m'empêcher de penser au poème de Charles Cros, Lassitude, en écoutant cet adagio, probablement à cause de l’abus qui en est fait par nos médias actuel, très vite ce sont des poèmes de Victor Hugo qui me viennent à l'esprit... Non ce n'est pas la Lassitude que ce cette musique évoque en moi, mais plutôt l'infini, le mystère et la beauté de la vie sur terre, où un être humain, aussi géniale serait il, ne serait plus qu'une "ombre de lumière », une ombre qui brûle son âme et son coeur en quête d’un idéal, dont la passion n’effacerai jamais la bienveillance.
Je peux voir l'Océan, le bleu infini, mais aussi celui des vagues gigantesques qui se brisent sur un phare breton. Je peux aussi apercevoir le vert des paysages vallonés du Yorkshire ou des montagnes du Lake district ou d'Ecosse, et me revient le souvenir des côtes tourmentées d'Irlande. La musique est un rêve et l’interprétation de Léonard Bernstein de cet adagio où la musique se tient et nous maintient en équilibre au-dessus du vide nous mène sur des chemins qui irradient la douleur de l’impossible et la beauté d’aimer. A aucun moment, je ne vois des images de films, parce qu’étrangement le cinéma prendrais trop de place, avec ses images, alors que Samuel Barber et Leonard Bernstein, nous invitent à nous échapper, pour devenir à notre tour des funambules, conscient de l’appel du vide, en s’y refusant, et en choisissant de suivre cette lueur qui anime toujours et encore nos âmes aussi perdues soient-elles.
Je sais, je n'écoute pas de la musique ancienne pour le moment. En fait, je suis les chemins du hasard dans mes choix. Ceux-ci, me ramènent à ces musiques que j'écoutais adolescente, car j'ai le sentiment qu'elles sont comme le vent qui se joue de la lumière dans les nuages et les feuillages, ... libres.
Oui, je suis le rêveur ; je suis le camarade
Des petites fleurs d’or du mur qui se dégrade,
Et l’interlocuteur des arbres et du vent.
Tout cela me connaît, voyez-vous. J’ai souvent,
En mai, quand de parfums les branches sont gonflées,
Des conversations avec les giroflées ;
Je reçois des conseils du lierre et du bleuet.
L’être mystérieux que vous croyez muet,
Sur moi se penche, et vient avec ma plume écrire.
Victor Hugo - Les contemplations
Ô mon enfant, tu vois, je me soumets.
Fais comme moi : vis du monde éloignée ;
Heureuse ? non ; triomphante ? jamais.
— Résignée ! —
Sois bonne et douce, et lève un front pieux.
Comme le jour dans les cieux met sa flamme,
Toi, mon enfant, dans l’azur de tes yeux
Mets ton âme !
Victor Hugo - A ma fille - Les contemplations
Laissez, laissez brûler pour vous, ô vous que j’aime,
Mes chants dans mon âme allumés !
Vivez pour la nature, et le ciel, et moi-même !
Après avoir souffert, aimez !
Laissez entrer en vous, après nos deuils funèbres,
L’aube, fille des nuits, l’amour, fils des douleurs,
Tout ce qui luit dans les ténèbres,
Tout ce qui sourit dans les pleurs !
Victor Hugo - Que le sort quel qu'il soit... Les contemplations
Par Monique Parmentier
Evocation
Lorsque j'écoute de la musique, cela même lorsque j'écrivais des chroniques, n'a jamais été vraiment une écoute technique. Je me laisse porter par son pouvoir évocateur. J'écoute et je pars. Je vois, je ressens, j'entends. J'entends non seulement de la musique, mais de la poésie. Je vois non seulement des musiciens, mais des paysages. Il me semble percevoir des vibrations qui ne sont pas celles des sons, des notes, des instruments, mais celles des étoiles. Je me laisse porter par le pouvoir évocateur de la musique et au fond, hélas, c'est lorsque que la froideur technique des instrumentistes, se contente de me restituer une partition, que pour moi un concert est raté.
Cela m'est il arrivé ? Certainement... Mais au plus loin que je me souviens dans mon écoute de la musique, l'émotion, qui m'ouvre les chemins vers cet indéfinissable ailleurs, ce refuge loin des désillusions, des trahisons, du quotidien, de la méchanceté chronique a accompagné mon amour des belles interprétations.
Alors pour cette version de Nimrod par Léonard Berstein, j'ai tenté de mettre en mot cette émotion. Un poème de Mallarmé m'est venu. Est il celui qui convient le mieux, je n'en suis pas certaine, mais pourquoi pas. Il m'aurait probablement été honnêtement impossible d'écrire une chronique sur cette version, d'une oeuvre dont je savais si peu, il y a encore 5 ans. N'oubliez pas, j'ai été un temps, classifiée un peu trop exclusivement baroqueuse, ce qu'en fait, je n'ai jamais été... exclusivement. Jeune j'adorais Malher et Wagner. Et le premier me reste toujours si présent. Le hasard m'a fait croisé Egnima Variations d'Edward Elgar, un soir de retour de l'exposition Tolkien, présenté dans cette version par le conservateur de la BNF co commissaire de l'exposition sur son profil Twitter à l'époque.
Comme tous les visiteurs de l'exposition, j'étais revenue en larmes de ma troisième visite et que je savais être ma dernière visite à cette exposition si exceptionnelle. J'étais submergée par l'émotion, d'autant plus que le lendemain, il allait encore me falloir retrouver les transports en commun et mon travail. Il allait falloir retrouver la peur au quotidien et une immense solitude dans ce monde professionnel, alors que j'avais fait de si belles rencontres sur l'exposition.
Alors Nimrod, extrait d'Enigma variations, d'une beauté incommensurable m'a permis de revenir à mon quotidien en le laissant m'accompagner pendant plusieurs jours. Si je devais mettre des images sur cette musique ce sont celles de l'exposition, des paysages de Tolkien, des paysages s'ouvrant à l'infini. Si je devais mettre des mots, ce seraient ceux de ma tristesse et cette poignante douleur de l'adieu à cet univers refuge, cet univers bienveillant où le rêve d'un monde idéalisé, devient la vraie réalité.
Si vous souhaitez écoutez l'intégralité du concert et ses répétitions tout est en ligne sur YouTube. Le monde de la musique n'aura pas été plus bienveillant dans sa réalité que le milieu professionnel dans lequel j'ai évolué. Mais du moins, si vous n'approchez pas trop près de la flamme, juste assez pour vous laissez porter par son souffle, le papillon qui sommeil en vous, peut virevolter, heureux, à l'infini. A chaque fois, que j'écoute que ce soit le concert où les répétitions, je ressens ce sentiment... Mais si j'avais du écrire une chronique, qu'aurais-je pu écrire, si ce n'est "Mon dieu que c'est beau ».
Las de l’amer repos où ma paresse offense
Une gloire pour qui jadis j’ai fui l’enfance
Adorable des bois de roses sous l’azur
Naturel, et plus las sept fois du pacte dur
De creuser par veillée une fosse nouvelle
Dans le terrain avare et froid de ma cervelle,
Fossoyeur sans pitié pour la stérilité,
- Que dire à cette Aurore, ô Rêves, visité
Par les roses, quand, peur de ses roses livides,
Le vaste cimetière unira les trous vides ? -
Je veux délaisser l’Art vorace d’un pays
Cruel, et, souriant aux reproches vieillis
Que me font mes amis, le passé, le génie,
Et ma lampe qui sait pourtant mon agonie,
Imiter le Chinois au coeur limpide et fin
De qui l’extase pure est de peindre la fin
Sur ses tasses de neige à la lune ravie
D’une bizarre fleur qui parfume sa vie
Transparente, la fleur qu’il a sentie, enfant,
Au filigrane bleu de l’âme se greffant.
Et, la mort telle avec le seul rêve du sage,
Serein, je vais choisir un jeune paysage
Que je peindrais encor sur les tasses, distrait.
Une ligne d’azur mince et pâle serait
Un lac, parmi le ciel de porcelaine nue,
Un clair croissant perdu par une blanche nue
Trempe sa corne calme en la glace des eaux,
Non loin de trois grands cils d’émeraude, roseaux.
Stéphane Mallarmé
Bonne année
Et dans vos murmures étranges …
Mes poèmes ! soyez des fleuves !
Allez en vous élargissant !
Désaltérez dans les épreuves
Les coeurs saignants, les âmes veuves,
Celui qui monte ou qui descend.
Que l'aigle plonge, loin des fanges,
Son bec de lumière en vos eaux !
Et dans vos murmures étranges
Mêlez l'hymne de tous les anges
Aux chansons de tous les oiseaux !
Victor Hugo - Les chants du Crépuscule
Ne voyez en cet ange, ou peut être cette victoire, aucune volonté de connotation religieuse ou laïque. J’ai tendance à pencher pour une victoire, cela dit, car la transparence du tissu, et le geste et le corps sont un tout peu trop sensuel. Ce très beau chromo du XIXe, me semble parfait pour accompagner ce magnifique poème du grand Victor. Je ne l’avais encore jamais cité sur mon blog… au fond conclure l’année sur ce poème et cette image, m’a semblé approprié. Que les murmures des voix du vent, soient porteurs de rêves et d’espoir pour 2026.
Please don't see any religious or secular connotation in this angel, or perhaps this victory, regarding my wishes. I tend to lean towards a victory, though, because the transparency of the fabric, and the gesture and the body are a little too sensual. This very beautiful 19th-century chromolithograph seems perfect to accompany this magnificent poem by the great Victor Hugo. I've never quoted it on my blog before… in the end, concluding the year with this poem and this image seemed appropriate. May the whispers of the wind's voices carry dreams and hope for 2026.
Par Monique Parmentier
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