Laissez, laissez brûler pour vous, ô vous que j’aime, Mes chants dans mon âme allumés !
L'adagio pour cordes de Samuel Barber est pour chacun de nous souvent marqué par des images issus de films, pour lesquels il a souvent été utilisé. Pourtant comme pour toute musique, en l’écoutant, je me refuse à toute forme d'influence qu'elle soit faite de mots ou d'images. Elle est trop belle pour être enfermée par ce besoin d’enfermer la beauté dans une cage.
Si je ne peux parfois m'empêcher de penser au poème de Charles Cros, Lassitude, en écoutant cet adagio, probablement à cause de l’abus qui en est fait par nos médias actuel, très vite ce sont des poèmes de Victor Hugo qui me viennent à l'esprit... Non ce n'est pas la Lassitude que ce cette musique évoque en moi, mais plutôt l'infini, le mystère et la beauté de la vie sur terre, où un être humain, aussi géniale serait il, ne serait plus qu'une "ombre de lumière », une ombre qui brûle son âme et son coeur en quête d’un idéal, dont la passion n’effacerai jamais la bienveillance.
Je peux voir l'Océan, le bleu infini, mais aussi celui des vagues gigantesques qui se brisent sur un phare breton. Je peux aussi apercevoir le vert des paysages vallonés du Yorkshire ou des montagnes du Lake district ou d'Ecosse, et me revient le souvenir des côtes tourmentées d'Irlande. La musique est un rêve et l’interprétation de Léonard Bernstein de cet adagio où la musique se tient et nous maintient en équilibre au-dessus du vide nous mène sur des chemins qui irradient la douleur de l’impossible et la beauté d’aimer. A aucun moment, je ne vois des images de films, parce qu’étrangement le cinéma prendrais trop de place, avec ses images, alors que Samuel Barber et Leonard Bernstein, nous invitent à nous échapper, pour devenir à notre tour des funambules, conscient de l’appel du vide, en s’y refusant, et en choisissant de suivre cette lueur qui anime toujours et encore nos âmes aussi perdues soient-elles.
Je sais, je n'écoute pas de la musique ancienne pour le moment. En fait, je suis les chemins du hasard dans mes choix. Ceux-ci, me ramènent à ces musiques que j'écoutais adolescente, car j'ai le sentiment qu'elles sont comme le vent qui se joue de la lumière dans les nuages et les feuillages, ... libres.
Oui, je suis le rêveur ; je suis le camarade
Des petites fleurs d’or du mur qui se dégrade,
Et l’interlocuteur des arbres et du vent.
Tout cela me connaît, voyez-vous. J’ai souvent,
En mai, quand de parfums les branches sont gonflées,
Des conversations avec les giroflées ;
Je reçois des conseils du lierre et du bleuet.
L’être mystérieux que vous croyez muet,
Sur moi se penche, et vient avec ma plume écrire.
Victor Hugo - Les contemplations
Ô mon enfant, tu vois, je me soumets.
Fais comme moi : vis du monde éloignée ;
Heureuse ? non ; triomphante ? jamais.
— Résignée ! —
Sois bonne et douce, et lève un front pieux.
Comme le jour dans les cieux met sa flamme,
Toi, mon enfant, dans l’azur de tes yeux
Mets ton âme !
Victor Hugo - A ma fille - Les contemplations
Laissez, laissez brûler pour vous, ô vous que j’aime,
Mes chants dans mon âme allumés !
Vivez pour la nature, et le ciel, et moi-même !
Après avoir souffert, aimez !
Laissez entrer en vous, après nos deuils funèbres,
L’aube, fille des nuits, l’amour, fils des douleurs,
Tout ce qui luit dans les ténèbres,
Tout ce qui sourit dans les pleurs !
Victor Hugo - Que le sort quel qu'il soit... Les contemplations
Par Monique Parmentier
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