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Le blog de Susanna Huygens

Evocation

24 Janvier 2026 , Rédigé par Parmentier Monique Publié dans #Chroniques Concerts

@Monique Parmentier

Lorsque j'écoute de la musique, cela même lorsque j'écrivais des chroniques, n'a jamais été vraiment une écoute technique. Je me laisse porter par son pouvoir évocateur. J'écoute et je pars. Je vois, je ressens, j'entends. J'entends non seulement de la musique, mais de la poésie. Je vois non seulement des musiciens, mais des paysages. Il me semble percevoir des vibrations qui ne sont pas celles des sons, des notes, des instruments, mais celles des étoiles. Je me laisse porter par le pouvoir évocateur de la musique et au fond, hélas, c'est lorsque que la froideur technique des instrumentistes, se contente de me restituer une partition, que pour moi un concert est raté.

 

Cela m'est il arrivé ? Certainement... Mais au plus loin que je me souviens dans mon écoute de la musique, l'émotion, qui m'ouvre les chemins vers cet indéfinissable ailleurs, ce refuge loin des désillusions, des trahisons, du quotidien, de la méchanceté chronique a accompagné mon amour des belles interprétations. 

 

@Monique Parmentier

Alors pour cette version de Nimrod par Léonard Berstein, j'ai tenté de mettre en mot cette émotion. Un poème de Mallarmé m'est venu. Est il celui qui convient le mieux, je n'en suis pas certaine, mais pourquoi pas. Il m'aurait probablement été honnêtement impossible d'écrire une chronique sur cette version, d'une oeuvre dont je savais si peu, il y a encore 5 ans. N'oubliez pas, j'ai été un temps, classifiée un peu trop exclusivement baroqueuse, ce qu'en fait, je n'ai jamais été... exclusivement. Jeune j'adorais Malher et Wagner. Et le premier me reste toujours si présent. Le hasard m'a fait croisé Egnima Variations d'Edward Elgar, un soir de retour de l'exposition Tolkien, présenté dans cette version par le conservateur de la BNF co commissaire de l'exposition sur son profil Twitter à l'époque.

 

Comme tous les visiteurs de l'exposition, j'étais revenue en larmes de ma troisième visite et que je savais être ma dernière visite à cette exposition si exceptionnelle. J'étais submergée par l'émotion, d'autant plus que le lendemain, il allait encore me falloir retrouver les transports en commun et mon travail. Il allait falloir retrouver la peur au quotidien et une immense solitude dans ce monde professionnel, alors que j'avais fait de si belles rencontres sur l'exposition.

 

@ Monique Parmentier

Alors Nimrod, extrait d'Enigma variations, d'une beauté incommensurable m'a permis de revenir à mon quotidien en le laissant m'accompagner pendant plusieurs jours. Si je devais mettre des images sur cette musique ce sont celles de l'exposition, des paysages de Tolkien, des paysages s'ouvrant à l'infini. Si je devais mettre des mots, ce seraient ceux de ma tristesse et cette poignante douleur de l'adieu à cet univers refuge, cet univers bienveillant où le rêve d'un monde idéalisé, devient la vraie réalité.

 

Si vous souhaitez écoutez l'intégralité du concert et ses répétitions tout est en ligne sur YouTube. Le monde de la musique n'aura pas été plus bienveillant dans sa réalité que le milieu professionnel dans lequel j'ai évolué. Mais du moins, si vous n'approchez pas trop près de la flamme, juste assez pour vous laissez porter par son souffle, le papillon qui sommeil en vous, peut virevolter, heureux, à l'infini. A chaque fois, que j'écoute que ce soit le concert où les répétitions, je ressens ce sentiment... Mais si j'avais du écrire une chronique, qu'aurais-je pu écrire, si ce n'est "Mon dieu que c'est beau ».

 

 

 

 

 

 

 

 

@ Monique Parmentier

Las de l’amer repos où ma paresse offense

Une gloire pour qui jadis j’ai fui l’enfance

Adorable des bois de roses sous l’azur

Naturel, et plus las sept fois du pacte dur

De creuser par veillée une fosse nouvelle

Dans le terrain avare et froid de ma cervelle,

Fossoyeur sans pitié pour la stérilité,

- Que dire à cette Aurore, ô Rêves, visité

Par les roses, quand, peur de ses roses livides,

Le vaste cimetière unira les trous vides ? -

Je veux délaisser l’Art vorace d’un pays

Cruel, et, souriant aux reproches vieillis

Que me font mes amis, le passé, le génie,

Et ma lampe qui sait pourtant mon agonie,

Imiter le Chinois au coeur limpide et fin

De qui l’extase pure est de peindre la fin

Sur ses tasses de neige à la lune ravie

D’une bizarre fleur qui parfume sa vie

Transparente, la fleur qu’il a sentie, enfant,

Au filigrane bleu de l’âme se greffant.

Et, la mort telle avec le seul rêve du sage,

Serein, je vais choisir un jeune paysage

Que je peindrais encor sur les tasses, distrait.

Une ligne d’azur mince et pâle serait

Un lac, parmi le ciel de porcelaine nue,

Un clair croissant perdu par une blanche nue

Trempe sa corne calme en la glace des eaux,

Non loin de trois grands cils d’émeraude, roseaux.

 

Stéphane Mallarmé

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