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Le blog de Susanna Huygens
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Venezia Millenaria : voyage de l’âme

21 Février 2018 , Rédigé par Parmentier Monique Publié dans #Chroniques CD

@ Alia Vox

Voici donc la nouvelle fresque musicale conçue et réalisée par Jordi Savall et éditée par Alia Vox. Arrivée chez les disquaires en décembre, elle se présente comme à chaque fois comme un livre précieux, -dont les textes et les illustrations sont de toute beauté,- que l’on ouvre comme un écrin, en retrouvant nos yeux d’enfants enchantés. Enregistrée à l’occasion du festival Musique & Histoire à Fontfroide en 2016 et complétée lors de deux autres concerts donnés la même année à Salzbourg et Utrecht, cette nouvelle publication est tout à la fois une invitation aux voyages dans le temps et l’espace, une méditation sur la paix et la guerre, sur la diversité des cultures et la beauté du dialogue interculturel si cher au maestro catalan.

Pour évoquer la splendeur, la gloire comme l’effondrement économique et culturel d’une cité née des marais, Jordi Savall compose ici un programme d’une extrême fluidité, qui nous raconte, nous dévoile les différentes étapes de son histoire et ses nuances diaprées, torturée ou apaisée, violente ou onirique, comme toutes les aventures humaines. L’immense empire créé par ses voyageurs commerçants s’offre à nous, dans toute sa splendeur musicale. Des madrigaux guerriers italiens aux chants du rite byzantin psalmodiés en choeur, de la luxuriance instrumentale orientale aux messes et psaumes des rites catholiques, des chansons françaises évoquant l’amour ou la guerre (comme la Bataille de Marignan de Clément Janequin, interprétée ici avec une éloquente virtuosité par La Capella Reial de Catalunya) ou des chants révolutionnaires (« Nous sommes tous égaux », ou la cantate du napolitain Luigi Bordese, « La Sainte Ligue-la nuit est sombre »), de Monteverdi à Mozart, tout dans ce programme intitulé Venezia Millenaria, nous envoûte, offrant à notre imagination un univers vivant, vibrant, exaltant et jubilatoire.

Du concert à Fontfroide, je conservais le souvenir d’un voyage aux confins d’un horizon aux confins du rêve, mystique et sensuel, aux limites de la conscience.

Ce qu’il y a de merveilleux, c’est de retrouver au disque ce sentiment d’infinie plénitude qui m’avait habitée durant le concert.

La construction du programme ne souffre pas, bien contraire, du montage des enregistrements réalisés à trois occasions. Il n’est que d’entendre, le chant issu du Cantique des cantiques, Quanti be-Ishon Layla, interprété avec suavité et une tendre nostalgie, par le ténor israélien Lior Elmaleh, qui prête sa voix au texte hébraïque, qui ne figurait pas à Fontfroide, pour comprendre combien les programmes construits par le maestro catalan sont construits avec une réelle harmonie et une grande ouverture d’esprit. Ainsi, si en concert, chaque programme s’adapte aux circonstances et aux moyens de l’événement, au disque l’équilibre est celui de la « version idéale », celle qui permet aux voyages, de nous révéler l’essentiel, alors même que ce sentiment était pourtant déjà celui que nous avions ressenti en concert.

Ici nous est conté bien plus que l’histoire « linéaire » de la Cité des Doges, même si elle est le fil conducteur du programme. On nous donne à voir, à entendre, à percevoir, une âme, un coeur qui bat. C’est Venise qui palpite, une cité unique aux mille et une vies, celle des voyageurs, des marchands et du carnaval, une ville d’échanges offrant une liberté religieuse et culturelle rare, refuge des communautés en quête d’une oasis offrant cette improbable immunité, dans un monde où entreprendre ou créer demande de risquer sa vie. De l’édition à l’opéra public, tout devient possible à Venise. Née sur un marais, d’un peuple fuyant la violence des invasions signant la fin de la puissance romaine, Venise va vivre et se nourrir de la mer et de la diversité.

L’Ensemble vocal Orthodoxe/Byzantin Panagiotis Neohoritis est la signature musicale de ce nouvel album, mettant en lumière les relations complexes qu’a entretenues Venise avec Constantinople, son idéal inavoué. A la luxuriance de cet empire et de ses rites, répond celle pourtant en apparence si grave et épurée de la mélopée de ces textes psalmodiés interprétés avec ferveur par le choeur grec invité. Il nous donne le sentiment de faire vibrer tant l’infini que les âmes des voyageurs qui ont fait cette histoire comme celle de chaque auditeur.

Les couleurs de l’orchestre d’Hespèrion XXI et des musiciens orientaux d’une exubérance digne des Portes de l’Orient sont pur bonheur. La complicité totale, entre musiciens et chanteurs, participe à la plénitude que l’on ressent tout au long de l’écoute. Violes, violons, sacqueboutes, flûtes, chalémie, psaltérion, harpe, luth, mais aussi kanun, santur, oud et le souffle profond et chaleureux du duduk sont autant d'appels au partage et à la générosité. L’émotion à fleur de peau nous saisit lorsque l’oud de Driss El Maloumi laisse filer les notes de la Danse de l’âme ou lorsque le Duduk de Haïg Sarikouyoumdjian ouvre les portes de l’infini par ce souffle léger des notes qui crée un mirage, un jeu de l’air et de la lumière dont émanent tous les rêves, toutes les merveilles des mondes nouveaux et inconnus.

La version du Combattimento di Tancredi e Clorinda de Monteverdi que nous offre ici Jordi Savall fait certainement partie des plus belles jamais enregistrées, tant les affects y sont peints avec des nuances d’une subtilité et d’une richesse d’une extrême finesse, tant dans l’expression de la douleur que de la violence, de la passion que de l’abandon. La poésie musicale de Monteverdi nous devient par le miracle d’une interprétation profondément humaine, intime. Chaque phrasé des violons, chaque frémissement du théorbe, viennent souligner la bouleversante fatalité qui accompagne ce combat.

Furio Zanasi murmure, flagelle les mots, jusqu’au déchirement ultime. La douce et sensible Clorinde d’Hanna Bayodi-Hirt répond avec ardeur, à l’embrassement déchirant d’un Tancrède au timbre moelleux et à la rhétorique aiguisée.

L’histoire qui nous est comptée ici, laisse s’écouler les siècles et les tragédies humaines, tout en devenant une part de nous-mêmes par des choix musicaux qui nous touchent profondément.

 

De l’exotisme instrumental de la Marche ottomane qui illustre le siège et la prise de Constantinople en 1452 par les turcs, au makäm (Der makäm-i Uzzäl Sakil) qui illustre la saisie des navires vénitiens par Selim II en 1570, de l’opulence des danses orientales à la sérénité des psaumes byzantins et catholiques, de la mélancolie de la pièce issue du Cantique des Cantiques chantée par Lior Elmaleh à la voix humaine de la Sinfonia Seconda de Johann Rosenmüller à la si poétique interprétation de Jordi Savall, jamais la grande histoire, ne vient effacer l’humaine fragilité, la vulnérabilité, mais bien au contraire en dessiner l’essence de verre, jusqu’à celle de leurs empires.

 

Le programme s’achève sur un feu d’artifice musical, alors que la République de Venise s’effondre, la musique romantique s’empare dans toute sa vigueur des colères des peuples, des soubresauts d’un XVIIIe siècle qui voit s’effondrer des états millénaires dans un flamboiement d’idées et d’espérances. Il émane ainsi de toutes ces pièces et en particulier la Marche turc, Alla turca de Mozart à la Sainte Ligue de Luigi Bordèse, sur la musique de Ludwig van Beethoven de l’Allegreto de la 7e symphonie et de l’Allegro final de la 5e symphonie, dont Jordi Savall restitue l’instrumentation originelle, une puissance douloureuse et fervente qui ne parvient pourtant pas à effacer la souffrance des peuples emportée par les ambitions de ceux qui les gouvernent. Tout comme pour les Routes de l’esclavage, Venezia Millenaria souligne la fragilité des civilisations et des hommes, de leurs motivations, de leurs doutes, de leurs souffrances et de leurs joies… Joies dont la musique est l’âme.

Musiciens orientaux : Driss El Maloumi (Maroc), oud. Dimitri Psonis (Grèce), santur & morisca, Hakan Güngör (Turquie), qanun, Haïg Sarikouyoumdjian (Arménie), duduk & belul

Ensemble vocal orthodoxe/Byzantin : Cantor soliste & direction : Pangiotis Niochoritis. Premier Chantre du Patriarcat Oecuminique de Constantinople. Choeur : Demos Papatzalakis, Charalambos Neochoritis : Cantor. Raphael Zoumis, Chrysostomos Vletsis, Basilios Vletsis, Georgios Kounatides : Isokratis

Solistes de La Capella Reial de Catalunya : Hanna Bayodi-Hirt, soprano. Viva Biancaluna Biffi, mezzosoprano. Lior Elmaleh, ténor. David Sagastume, contre-ténor. Lluis Vilamajó, ténor. Furio Zanasi, Baryton. Daniele Carnovitch, basse.

Musiciens d’Hespérion XXI et du Concert des Nations. Direction, Jordi Savall

2 CD ALIA VOX Durée du CD1 76’17 et du CD2 : 78’44. Livret : Français/Anglais/Castillan/Catalan/Allemand/Italien. Enregistrement réalisé à l’Abbaye de Fontfroide, Narbonne, le 16 juillet 2016, ainsi qu’à la Kollegienkïrche de Salzbourg le 26 juillet 2016 et au TivoliVredenbourg à Utrecht, le 2 octobre 2016.

Enregistrement, Montage et Masterisation SACD : Manuel Mohino (Arsaltis)

 

Par Monique Parmentier

 

 

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L’Ecolier

15 Janvier 2018 , Rédigé par Parmentier Monique Publié dans #Poésie et Littérature

Ce poème de Raymond Queneau en signe de retour. J’ai du subir une intervention chirurgicale et rentre de la Clinique. Je vais revenir très vite avec des chroniques que je vais écrire pendant ma convalescence.

J’écrirai le jeudi j'écrirai le dimanche

quand je n'irai pas à l'école 

j'écrirai des nouvelles j'écrirai des romans

et même des paraboles

je parlerai de mon village je parlerai de mes parents 

de mes aïeux de mes aïeules

je décrirai les prés je décrirai les champs 

les broutilles et les bestioles

puis je voyagerai j'irai jusqu'en Iran 

au Tibet ou bien au Népal

et ce qui est beaucoup plus intéressant 

du côté de Sirius ou d'Algol

où tout me paraîtra tellement étonnant 

que revenu dans mon école

je mettrai l'orthographe mélancoliquement

Raymond Queneau

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Très belle année 2018

31 Décembre 2017 , Rédigé par Parmentier Monique Publié dans #Divers

@Arthur Rackham @ DR

À mes lectrices et lecteurs,

j’aimerais d’abord dire merci. L’année 2017 se termine avec de beaux souvenirs, comme Fontfroide et les deux concerts parisiens de Jordi Savall et plein de beaux moments partagés avec des amis. Une nouvelle année s’annonce qui je l´espere vous sera douce et belle.

Je veux espérer que nous trouverons en chacun la source d’harmonie qui saura nous conduire vers la paix et le bonheur pour une humanité en souffrance et en quête.

Je vous souhaite, ainsi qu’à toutes celles et ceux qui vous sont cher(e)s, une très belle année 2018.

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Un heureux et doux Noël

24 Décembre 2017 , Rédigé par Parmentier Monique

@ DR par la Ferme aux lavandes sur Face Book

 

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La courbe de tes yeux... Paul Eluard

23 Décembre 2017 , Rédigé par Parmentier Monique

 

@Maison des Racont’Arts Horizon

La courbe de tes yeux fait le tour de mon coeur,
Un rond de danse et de douceur,
Auréole du temps, berceau nocturne et sûr,
Et si je ne sais plus tout ce que j'ai vécu,
C'est que tes yeux ne m'ont pas toujours vu.

Feuilles de jour et mousse de rosée,
Roseau du vent, sourires parfumés,
Ailes couvrant le monde de lumière,
Bateaux chargés du ciel et de la mer,
Chasseurs des bruits et sources des couleurs,

Parfums éclos d'une couvée d'aurores
Qui gît toujours sur la paille des astres,
Comme le jour dépend de l'innocence
Le monde entier dépend de tes yeux purs
Et tout mon sang coule dans leurs regards.

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Orpheus XXI, un songe fraternel

2 Décembre 2017 , Rédigé par Parmentier Monique Publié dans #Chroniques Concerts

@LP/Philippe de Poulpiquet Le Parisien

Certains voyages, laissent un souvenir unique et onirique, celui auquel nous a invité Jordi Savall, en ce vendredi 24 novembre, a été le plus beau des songes, entre gravité, virtuosité et humanisme.

C’est au Palais de la Porte Dorée qui accueille le Musée de l’immigration que se déroulait, le tout premier concert en grand effectif de l’ensemble Orpheus XXI, accompagné par des musiciens d’Hespérion XXI et dirigé par le maestro catalan. L’évidence du lieu, pour accueillir cette programmation tient bien plus que du simple symbole, sous la magnifique fresque de Pierre – Henri Ducos de la Haille, peinte en 1931. Son exotisme chamarré voulait décrire les bienfaits de la colonisation. On se prend à penser à toute la souffrance et aux guerres engendrées par ce fléau « civilisateur » et à la nécessité pour les générations actuelles et futures d’en assumer la charge. L’hospitalité du Musée de l’Immigration marque mieux que tout cette réconciliation entre les peuples et ce respect si nécessaire de la différence dont chacun peut s’enrichir. Ainsi la démarche du projet Orpheus XXI a trouvé son écrin.

@Monique Parmentier

Cet ensemble dont la création officielle remonte à mars dernier, a été voulu par Jordi Savall suite à ses visites dans des camps de réfugiés à Calais et en Grèce. Ce projet est destiné à permettre aux musiciens réfugiés ou immigrés de faire connaître et transmettre leur patrimoine musical. Ils sont actuellement 21 au total. Grâce à de très nombreux partenaires dont la Saline Royale d’Arc-et-Senans, devenu leur lieu de résidence, ils ont enchaîné les séances de travail, les premiers concerts en petit effectif, cet été à Arles et à l’Abbaye de Fontfroide, et les actions de transmission dans les écoles. Ce soir, 6 d’entre eux, Rusan Filiztek (Kurdistan), Nezet Kutas (Kurdistan/Turquie), Azmari Nirjhar (Bangladesh), Rebal Alkhodari (Syrie), Anastasia Louniova (Biolorussie), Imad Eddine Amrah (Maroc), se sont présentés au public parisien accompagnés par trois de leurs maîtres issus d’Hesperion XXI, Waed Bouhassoun (Syrie), Moslem Rahal (Syrie), Hakan Güngör (Turquie). Si dans les précédents concerts, Jordi Savall ne se joignait qu’au bis, ici il a accompagné et dirigé un programme dont l’éventail du répertoire proposé, a permis a chacun de se découvrir et d’ouvrir les horizons de la richesse infinie de la pluralité des civilisations. Le programme de ce soir aurait pu paraître à certains d’autant plus improbables, que tous ces musiciens professionnels, sont issus de traditions et de techniques parfois très éloignées. Et pourtant, tout au long de la soirée, il a semblé couler de source. Les enchaînements entre chaque pièce étaient d’une extrême fluidité.

Dans le programme proposé ce soir, on retrouvait aussi bien des pièces traditionnelles chez Jordi Savall comme la Rosa enflorece ou la Quarte Estampie royale mais également Üsküdara. Cette mélodie qui a traversé les siècles, les continents, les civilisations, a, tour à tour, été un chant de fraternité, d’amour, de mélancolie ou de prière, que le maestro reprend régulièrement dans ses fresques musicales, tant elle exprime si bien à elle seule l’universalité des émotions. Mais, nous avons pu entendre également des pièces issues des répertoires des musiciens d’Orpheus XXI (des chants de récolte du Kurdistan, des chants et mélodie d’Arabie, de Syrie et de Biolorussie).

@ Monique Parmentier

Malgré leurs univers musicaux apparemment éloignés, la capacité d’écoute et de dialogue des interprètes réunis pour l’occasion, a donné des ailes à ces derniers. Nous révélant une virtuosité commune et si profondément intime. Le fruit de ces rencontres de l’âme et du coeur est d’une saveur incomparable. Chaque musicien et chanteur d’Orpheus XXI et d'Hespérion XXI, a durant la soirée eu l’occasion de nous émerveiller tant par des instants en soliste d’une grâce infinie, qu’en ensemble.

Le kanun d’Hakan Güngör qui introduit le premier chant, nous emporte dans un monde rêvé et raffiné, où telle la rosée du matin, les notes de musique nous éveillent en un jardin de sérénité et d’harmonie. Rejoint par le chant si fascinant de la chanteuse bangladaise Azmari Nirjhar, ils ouvrent l’horizon du songe et de l’apaisement. Rusan Filistek, nous avait ébloui l’été dernier par un chant des moissons envoûtant, à la limite de la transe, sentiment que l’on a retrouvé ce soir. Accompagné par le percussionniste kurde Neset Kutas, il transmet ce sentiment du sacré et du mystère lié à ce moment essentiel à toute civilisation : la moisson, temps du labeur et temps de joie. Dans des chants traditionnels syriens et séfarades l’oudiste/chanteur syrien Reball Alhodari et le chanteur marocain Imad Eddine Amrah, nous ont fait partagé l’émotion intense et ardente d’une vocalité qui transcende des chants aux thèmes universels. Il en est de même de la musicienne biolorusse Anastasia Louniova dont les accompagnements au cymbalum dans certaines pièces sont d’une extrême finesse et qui nous a charmé dans un chant intitulé Tsarkouka. Chaque pièce musical nous transporte ainsi dans des univers particuliers et enchanteurs, parfois mélancoliques, mais toujours si humains.

Et que dire de Waed Bouhassoun dont le chant et les talents d’oudiste nous subjuguent à chaque fois, tout comme le souffle incandescent du ney de Moslem Rahal et l’élégance infiniment délicate du Kanun de Hakan Güngör.

La direction de Jordi Savall crée un lien sensible, amical et bienveillant entre tous les artistes. Dans la très belle acoustique de la salle du Forum, la vièle à archet chante la beauté de l’âme humaine lorsque celle-ci s’accorde et partage la différence.

Orpheus XXI Les Chemins de l’exil et de l’espoir – Le 24 novembre 2017 – Palais de la Porte Dorée Musée National de l’histoire et de L’immigration – Orpheus XXI : Rusan Filiztek (Kurdistan), Saz & chant ; Nezet Kutas (Kurdistan/Turquie), Percussions ; Azmari Nirjhar (Bangladesh), Chant ; Rebal Alkhodari (Syrie), Oud et chant ; Anastasia Louniova (Biolorussie), Cymbalum & chant ; Imad Eddine Amrah (Maroc), chant. Hesperion XXI  : Waed Bouhassoun (Syrie), Oud & chant ; Moslem Rahal (Syrie), Ney & chant ; Hakan Güngör (Turquie), Kanun.

Jordi Savall, Vièle à archet, Lyra & Direction.

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L'éternité du feu Yves Bonnefoy

1 Décembre 2017 , Rédigé par Parmentier Monique

Edmond Dulac Copyright : DR

Phénix parlant au feu, qui est destin
Et paysage clair jetant ses ombres.
Je suis celui que tu attends, dit-il....
Je viens me perdre en ton grave pays.

Il regarde le feu.
Comment il vient.
Comment il s'établit dans l'âme obscure
Et quand l'aube parait à des vitres, comment
Le feu se tait, et va dormir plus bas que feu

Il le nourrit de silence.
Il espère
Que chaque pli d'un silence éternel.
En se posant sur lui comme le sable.
Aggravera son immortalité.

Tu sauras qu'un oiseau a parlé, plus haut
Que tout arbre réel, plus simplement
Que toute voix d'ici dans nos ramures,
Et tu t'efforceras de quitter le port
De ces arbres, tes cris anciens, de pierre ou cendre.

Tu marcheras,
Tes pas seront longtemps la nuit, la terre nue,
Et lui s'éloignera chantant de rive en rive.

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La liberté - René Char

3 Novembre 2017 , Rédigé par Parmentier Monique Publié dans #Poésie et Littérature

@Monique Parmentier

Elle est venue par cette ligne blanche pouvant tout aussi bien signifier l’issue de l’aube que le bougeoir du crépuscule.


Elle passa les grèves machinales;


Elle passa les cimes éventrées.


Prenaient fin la renonciation à visage de lâche , la sainteté du mensonge, l’alcool du bourreau.


Son verbe ne fut pas un aveugle bélier mais la toile où s’inscrivit mon souffle.


D’un pas à ne se mal guider que derrière l’absence, elle est venue. cygne sur la blessure par cette ligne blanche.

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Henricus Isaac, une rencontre poétique et humaniste

18 Octobre 2017 , Rédigé par Parmentier Monique Publié dans #Chroniques CD

@ Alia vox

J’ai longtemps écouté ce nouveau CD sorti en mai 2017, de Jordi Savall. Eblouie par sa beauté et l’harmonie qui en émane, il m’a fallu du temps pour que les mots qui vous en parleraient le mieux me viennent. Et puis, comme une évidence, les tableaux de Botticelli, se sont imposés à mon esprit. Certains y verront certainement une incongruité. Henricus Isaac leur évoquant plus certainement une musique destinée aux Habsbourg pour lesquels il composa nombre de ses œuvres, mais avant cela, c’est chez Laurent de Médicis, à Florence qu’il débuta sa carrière. Et tout ici, dans les pièces retenues par le maestro Catalan, qui suit le fil de la vie du compositeur franco-flamand, nous évoque les couleurs et les lumières de la Cité qui vu naître en son sein la Renaissance et abrita les plus grands artistes, dont ce peintre si unique dont Henricus Isaac a certainement croisé et admiré les tableaux si délicats.

Jordi Savall nous revient donc au disque avec un tout nouveau programme qu’il consacre à un compositeur relativement méconnu du grand public mais qu’il a déjà rencontré tout au long de sa carrière dans des programmes thématiques comme Lucrèce Borgia, ou Carlos V (Charles Quint).

Henricus Isaac a été redécouvert par un compositeur contemporain, qui n’était alors qu’un jeune étudiant, Anton Webern. Durant les dernières décennies se sont surtout les ensembles de musique médiévale, qui nous en ont donné quelques enregistrements (Capilla Flamenca, Tallis Scholars, l’ensemble Gilles Binchois, …). L’on ne peut qu’être ravi que le maestro catalan, ai décidé de graver un programme qui sous une apparence chronologique, nous raconte et nous fait entendre plus qu’une œuvre musicale, ou une vie de compositeur des princes, un destin et son époque en quête d’harmonie. Jamais l’art n’aura en une époque rassemblé autant de talents autour des souverains qui voyaient dans l’art la plus belle des gloires. De Laurent de Médicis à Maximilien 1er qu’Henricus Isaac a servi, ou de Charles Quint à François Ier, tous ont rassemblé autour d’eux des artistes, des penseurs, des humanistes dont les noms scintillent comme autant d’étoiles au firmament. De Botticelli à Josquin des Près, de Pic de la Mirandole à Politien, de Du Bellay à Pierre de la Rue, - et que d’autres noms il faudrait citer-, musique, poésie, peinture, sculpture, parcourent l’Europe et ses cours fastueuses.

C’est donc bien la luxuriance des polyphonies et la tendresse de ces premières chansons, prémices de la rencontre des textes et de la musique, qui ici se donnent à entendre. Ce compositeur qui passe pour avoir eu un caractère paisible et aimable, connu la gloire de son vivant et au-moins un de ces lied, qui est à la convergence des styles et des époques, Innsbruck, ich muss dich lassen, a traversé les siècles, devenant alors qu’inspiré d’un répertoire populaire, un motet protestant et qui fut adapté par J.S. Bach.

@ Galerie des Offices Florence

Et c’est sur cette pièce que l’on entend dans sa version originale puis dans cette adaptation en motet, avec à chaque fois, le texte correspondant qui devient la clé, de ce charme fascinant qui agit à l’écoute de ce CD. Dans la version originale l’introduction et l’accompagnement au luth, reprise aux violes et voix de dessus, nous donne à vivre un instant de pure poésie, d’une déroutante et fascinante délicatesse. Il nous semble voir virevolter les voiles des muses du Printemps ou la chevelure de Vénus, et miroiter les couleurs si tendres et délicates de cet artiste si merveilleux. Dans la version plus tardive, en motet d’Innsbruck, ich muss dich lassen, qui désormais s’intitule O Welt, ich muss dich lassen, c’est un chant glorieux et flambloyant, qui s’élève, dans lequel les musiciens d’Hesperion XXI et les chanteurs de la Capella Reial de Catalunya resplendissent de couleurs et de nuances.

Jordi Savall, entouré d’un bel effectif tant instrumental que choral, nous livre ici une vision sonore tout à la fois poétique et magnifique de cette Renaissance partagée entre guerres permanentes et quête de la beauté de l’esprit et du corps. Le résultat est tout à la fois fastueux et généreux, grave et sensible. Les couleurs qui émanent des motets et chansons retenus par Jordi Savall donnent à l’ensemble de cet enregistrement un équilibre subtil et captivant.

La prise de son est équilibrée, d’une belle clarté, chaleureuse et limpide.

Le livret somptueusement illustré et documenté, fait partie des plaisirs que nous réserve à chaque fois, toute nouvelle édition d’Alia Vox. De Laurent le Magnifique à son petit-fils, Laurent, duc d’Urbino, dont le magnifique portrait peint par Raphaël illustre cet album, la musique d’Isaac a accompagné une époque et ses princes, en quête d’universalité. Jordi Savall, lui rend ici les couleurs d’une vie au service de la beauté plus que des rois. Redevenant à jamais intemporelle, elle est avant tout une musique des Cœur.

La Capella Reial de Catalunya
Solistes :
Soprano : Maria Ingeborg Dalheim
Mezzo-Soprano : Kristin Mulders
Contre-ténors : Pascal Bertin et David Sagastume
Ténors : Victor Sordo et David Hernández
Baryton : Marco Scavazza
Basse : Christian Imler

Ensemble :
Carmit Natan, soprano ; Maria Chiara Gallo, Mezzo-soprano ; Carlos Monteiro et Andrés Miravete, ténors ; Simón Millán, baryto
n ; Pieter Stas, basse.

Hespèrion XXI, Direction et viole de gambe soprano : Jordi Savall

1 CD Alia Vox. Durée 76’03. Livret : Français/Anglais/Castillan/Catalan/Allemand/Italien. Enregistrement réalisé à la Collégiale de Cardona (Catalogne) du 23 décembre au 19 janvier 2017

 

 

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Dialogues celtiques : Les esprits de la Forêt de Brocéliande à Paris

22 Septembre 2017 , Rédigé par Parmentier Monique Publié dans #Chroniques Concerts

@Monique Parmentier

L’homme et la nature. Dialogues celtiques
Oeuvres traditionnelles irlandaises, de Galice, écossaise et basque

Jordi Savall, dessus de viole, lyra-viol et direction
Carlos Núñez , flûtes et pastoral pipes
Pancho Álvarez, viola caipira & vielle à roue
Xurxo Núñez, percussions, théorbe et guitare
Andrew Lawrence-King, harpe et psaltérion
Frank Mc Guire, Bodhrán

Salle Gaveau, le 19 septembre 2017

Depuis que certains d’entre nous avaient eu la chance de voir et entendre ce programme au Festival Musique & Histoire de Fontfroide en 2016, nous espérions avoir la chance de le retrouver, tant il nous avait émerveillé et restait à jamais inoubliable.

Dans la cour Louis XIV de l’abbaye, par une douce nuit d’été sous les étoiles et un onirique levé de lune, nous avions été transporté loin, très loin, de toute réalité. Nous ramenant au coeur des traditions celtes, honorant la nature par sa poésie, sa musique et ses légendes, ce programme ouvre les horizons d’un monde traversé par une culture qui a essaimé à travers toute l’Europe son univers, rendant fécond le dialogue entre les peuples, abolissant les frontières physiques ou psychologiques.

@Monique Parmentier

C’est donc grâce à la programmation baroque de Philippe Maillard production -que cette communion entre l’homme et la nature, si caractéristique des traditions celtes-, que ses retrouvailles ont été possibles. Nous avons été nombreux à répondre à l’invitation de Jordi Savall, Carlos Núñez et des quatre musiciens qui les entouraient ce soir.

Le concert aurait pu souffrir d’un cadre citadin, mais il n’en a rien été. La salle Gaveau bénéficie d’une acoustique exceptionnelle et le public parisien, c’est quasi instantanément laissé envoûter par des musiciens dont le talent et la générosité ne peuvent que séduire les plus endurcis.

L’architecture du programme est constituée de différentes parties, au titre aussi divers que les mondes celtiques qu’il nous invite à découvrir. Chacune de ces parties est composée de pièces tant traditionnelles que modernes et permet à chaque musicien de nous faire entendre toute la diversité et la richesse de leurs instruments. Passant de pièces mélancoliques au plus dansantes, de l’Irlande à la Galice, de l’Ecosse à la Bretagne, dans la salle où règne une semi – obscurité, la lumière qui émane de la scène et des musiciens, nous ensorcelle. La mélodie si faussement simple de Ponthus et Sidoine que chante la flûte de Carlos Núñez, et la viole de Jordi Savall, possède un tel pouvoir d’envoûtement que l’on a le sentiment de voir s’ouvrir devant nous les frondaisons de la Forêt de Brocéliande. Les musiciens se transforment en enchanteurs, en bardes, nous faisant passant passer, virevolter de musique lente et nostalgique, comme le lamento Caledonia’s Wait for Niel Grow en danse joyeuse et folle comme Sackow’s Jig. Comment ne pas être touché par ces rythmes endiablés ou lent, presque des complaintes qui s’enchaînent, toujours entêtants parce que répétitifs et si mélancoliques ?

@Monique Parmentier

Les regard admiratifs de Carlos Núñez, véritable virtuose de la flûte et de la gaïta galicia (cornemuse galicienne) pour Jordi Savall, porte les nôtres vers le maestro catalan qui nous éblouit par la passion, l’ardeur, l’engagement de son interprétation des pièces pour viole. Mais ces regards sont réciproques et le chant si sensuel de la flûte nous captive. La ductilité de l’interprète, son jeu fluide, fougueux et fervent, nous fait abandonner toute défense, jusqu’à nous emporter dans la danse.

Et que dire des quatre musiciens qui se sont joint à eux. Andrew Lawrence-King à la harpe et au psaltérion fait preuve tout à la fois de hardiesse et de délicatesse tant dans ses accompagnements que dans les pièces solistes qui lui échoient dans les Carolan’s Harp, accompagné au bodhrán par Frank Mc Guire. Tout au long du concert, ces derniers nous ont donné à entendre le chant de la forêt et de la Dame du Lac. Entre un souffle lointain et l’onde qui s’écoule, ils ont été les messagers d’une nature, ne demandant qu’à faire tomber les murs pour mieux renaître.

@Monique Parmentier

Les deux compagnons de Carlos Núñez, son jeune frère Xurxo Núñez aux percussions et Pancho Álvarez à la viola caipira et à la vielle à roue, ont enrichi des couleurs de leurs instruments et de leur passion, ces mélodies des temps ancestraux et légendaires.

Comme à Fontfroide en 2016, trois bis féériques sont venus conclure cette soirée en terre de jeunesse éternelle. Car c’est bien en Avalon ou Tir Na Nog, que les musiciens nous ont emmené, terre de fraternité, de bonheur et d’amour. Le premier bis une musette de Marin Marais, hommage à la cornemuse, instrument celte par excellence, a été interprété par un Jordi Savall fougueux et précis. Elle a introduit cette danse, An dro, durant laquelle Carlos Núñez a fait se lever le public parisien à l’orchestre. Celui-ci n’a pas pu résister aux sortilèges de sa flûte, puis de sa cornemuse. Tout se passant comme si le souffle des esprits de la nature appelés par les musiciens, prenait possession de chacun de nous, en nous entraînant pour achever la soirée en une chaîne, folle « farandole » (référence si peu celtique mais dont j’espère que les puristes me la pardonneront). Comment ne pas être éternellement reconnaissant aux musiciens pour ces instants de bonheur infini.

 

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