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Le blog de Susanna Huygens
Articles récents

Bonne année 2013

31 Décembre 2012 , Rédigé par Parmentier Monique Publié dans #Divers

fuiteenegypteChères lectrices, chers lecteurs,

 

Le temps des voeux est venu. Si autour de moi, l'année 2012 fut riche en découvertes, tant musicales qu'humaines, elle fut aussi, parfois, aussi bien dans mon entourage que pour moi, la rencontre du chagrin, celui qui tourmente et nous laisse en plein désarroi. C'est ainsi, comme l'écrivait La Rochefoucault "on n'est jamais aussi malheureux qu'on le croit, ni aussi heureux qu'on l'avait espéré".

 

Mais j'ai la chance de manger à ma faim, d'avoir un toit, un travail et de pouvoir assister à de magnifiques concerts.

Je suis en train de travailler sur le Livre CD Pro Pacem de Jordi Savall chez Alia Vox.

 

Des textes magnifiques l'accompagnent appelant à la Paix. Alors qu'en Syrie, au Moyen-Orient, et dans bien d'autres endroits du globe, parfois jusque sous nos fenêtres des hommes, des femmes cris leur désespoir, appel à l'aide, sans qu'on les entende, la paix peut sembler si loin. D'autant plus qu'en lisant ces textes et au vu de mon expérience, je n'ai pu m'empêcher de me demander : " la paix est-elle vraiment possible alors que les manipulateurs pervers détiennent le pouvoir d'anéantir les relations humaines normales et l'estime de soi de leurs victimes ?"

 

Je ne connais pas la réponse, mais je n'ai pu m'empêcher de piocher dans le texte d'Edgar Morin cette citation :

 

propacem"Ramener la connaissance d'un complexe à celle d'un de ses éléments, jugé seul significatif, à des conséquences pires en éthique qu'en connaissance physique. Or c'est aussi bien le mode de penser dominant, réducteur et simplificateur, allié aux mécanismes d'incompréhension, qui détermine la réduction d'une personnalité, multiple par nature, à l'un seul de ses traits. Si le trait est favorable, il y aura méconnaissance des traits négatifs de cette personnalité. S'il est défavorable, il y aura méconnaissance de ses traits positifs. Dans l'un et l'autre cas, il y aura incompréhension. La compréhension nous demande, par exemple, de ne pas enfermer, de ne pas réduire un être humain à son crime, ni même s'il a commis plusieurs crimes à sa criminalité"...

 

Alors je souhaite que la musique, l'art, la beauté parviennent à créer ce dialogue a priori impossible et que cette année 2013 permette à la culture de servir de passerelle entre ces mondes que tout oppose, où chaque jour meurt de faim ou sous les bombes des milliers de personnes. Je souhaite enfin que tous les manipulateurs pervers qui conduisent les autres à s'entretuer entendent une autre voix que celles qui les conduisent à détruire. Ne me dites pas que c'est impossible.

 

Si ma chronique me demandera encore un peu de temps, je vous recommande l'écoute et la lecture de Pro Pacem. Le travail pour la paix et le dialogue que poursuit Jordi Savall et qu'il a mené pendant tant d'années aux côtés de sa muse Montserrat Figuerras est un pont dressé entre les âmes.

 

Je tiens ici à remercier tous ceux, lectrices et lecteurs, artistes, festivals, attachés de presse qui m'ont apportés leur soutien tout au long de l'année.

 

A tous je souhaite une très belle nouvelle année, en espérant que la musique y tiendra une place importante et sera une main tendue pour la paix dans le monde, la paix entre chacun de nous et la paix intérieure de chacun.

 

Monique Parmentier

 

Le repos pendant la fuite en Egypte : Copyright Galerie Pamphili/Rome

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La découverte du ballet du XVIIIe siècle : la naissance du ballet moderne

17 Décembre 2012 , Rédigé par Parmentier Monique Publié dans #Chroniques Concerts

R-A02.jpgJ'ai eu la chance d'aller pour Classique News, voir le 15 décembre 2012 à l'Opéra Royal à Versailles la création de deux ballets de Jean-Georges Noverre : Médée et Jason et Renaud et Armide.  Fruit d'une coproduction entre trois grandes institutions audacieuses... Mais si c'est possible... des artistes ont pu bénéficier d'une véritable aide à la création pour nous proposer de découvrir des oeuvres qui nous permettent d'assister à la naissance du ballet moderne. Ces trois institutions sont le Centre de Musique Baroque de Versailles (Cmbv) qui avait inclus cette création dans la programmation de sa saison d'automne, le Palazetto Bru Zane de Venise et l'Opéra Comique de Paris.

 

C'est Philippe Beaussant qui écrit dans Le Chant d'Orphée, que l'on devrait pouvoir voir et entendre une oeuvre telle que l'entendirent ses contemporains. Nous savons que cela est impossible, car malheureusement les machines à remonter le temps n'existent pas. En revanche, ces trois institutions non seulement apportent une aide à la création, mais bien en amont effectuent pour au moins deux d'entre elles un travail de recherches d'une grande qualité.

 

M-J01.jpgMarie - Geneviève Massé, Vincent Tavernier et Hervé Niquet ont pu certes s'appuyer sur ce travail de recherche, d'autant plus important que l'objectif est bien de retrouver la féérie "baroque", mais en véritables artistes, ils ont ensuite dépassé ces sources, pour nous offrir un spectacle, où se mêle l'imaginaire du siècle des Lumières et celui de notre époque. Le résultat en est tout simplement merveilleux. Je vous invite à lire ma chronique et plus encore à vous rendre à l'Opéra Comique les 21, 22 et 23 décembre 2012 où ils seront redonnés. Leur magie vous permettront de mieux savourer les fêtes de fin d'année.

 


Crédit photographique : Pierre Grosbois.

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Ostinato : Un Poème envoûtant

3 Décembre 2012 , Rédigé par Parmentier Monique Publié dans #Chroniques CD

3760014198175Après 14 années d'existence, le Poème Harmonique ne sortira pas de nouveautés cette année. Enfin pas tout à fait. Car Vincent Dumestre qui sait combien son public attend ce cadeau, a décidé de lui proposer quelques-unes de ses plus belles perles baroques, précédemment enregistrées dans d'autres albums.
Rien de neuf dans ce CD diront dès-lors certains. En particulier tous ceux qui préféreront ne voir qu'un Best of, là où Vincent Dumestre, nous dit nous offrir un "florilège". Et c'est bien ainsi qu'on l'entend, car pour respecter la thématique qu'il a retenu, l'Ostinato, il a sélectionné, parmi les pièces les plus belles qui puissent l'illustrer, provenant de 4 albums phares du Poème Harmonique : Il fasolo, Love is Strange, Monteverdi & Marazzoli et Luis de Briceño.
L'ostinato est un procédé musical essentiel à la musique baroque. Jean-François Lattarico, le rappelle fort bien dans le livret qui accompagne ce disque. Il utilise la répétition obstinée d'une séquence musicale jusqu'à l'hypnose. Et durant tout le XVIIe siècle, les compositeurs vont l'utiliser jusqu'à l'ivresse.
C'est une des qualités essentielles du Poème Harmonique que de nous emporter depuis sa création dans cet univers au mouvement envoûtant de la basse obstinée. Il est devenu un ensemble reconnaissable entre tous par ce son unique, au velours soyeux et chatoyant, cette mélancolie qu'il fait naître entre pleurs et rires, déroulant à l'infini tel un fractal, dans une spirale ensorcelée, nos émotions. Ce qui est le cœur même de cet ensemble, est lié à ce procédé fondamental du mouvement musical baroque. Pour le renouveler sans cesse et nous en dévoiler toutes les richesses, Vincent Dumestre s'est entouré depuis 14 ans des musiciens et chanteurs les plus sensibles et les plus rares. Leur palette des couleurs et nuances instrumentales et vocales est au-delà des qualificatifs.
Ils nous entraînent de l'Italie à l'Espagne, sur les routes que les musiciens empruntaient au XVIIe siècle. musiciens.jpgCes derniers partageaient entre eux des thèmes et des formules, des sources et des textes. Et  des plus connus comme Monteverdi, à ceux qui doivent à Vincent Dumestre d'être sorti de l'oubli comme Manelli ou Luis de Briceño, tous ont en commun cette étrange mélancolie musicale qui sait se rire d'elle même et qui est bien celle de ses routes nouvelles étranges et mystérieuses qui appellent vers de nouveaux horizons, les voyageurs fascinés par la quête de cette lumière qui en irise les contours.
Chacun ici reconnaîtra un air, une chaconne, une passacaille qui durant ces 14 ans, l'ont sensiblement atteint, au plus profond de lui – même. Si le Lamento de la Ninfa de Monteverdi, est certainement LE chef-d'œuvre absolu, son interprétation par Claire Lefilliâtre en est tout simplement bouleversante. Cette plainte si déchirante qui semble provenir du fond de l'âme, est une larme déchirante. Peut – être parce qu'elle s'adresse à chacun d'entre – nous. Cette voix unique, aux clairs-obscurs si dramatiques, dont la technique rend si vibrante les émotions, est en elle-même, la plus belle des incarnations de l'Ostinato.
Mais évidemment, le CD ne s'arrête pas là et bien au contraire. Chaque compositeur ici nous parle, nous touche, nous bouleverse, par le talent des musiciens. Les doigts déliés des guitaristes/théorbistes, dont Vincent Dumestre ou la voix d'Isabelle Druet dans les extraits du Luis de Briceño sont autant de flammes qui se et nous consument dans le Luis de Briceño. Tandis que l'ensemble des pièces instrumentales issues de Love is strange, nous enchantent par la fusion de ses timbres dont la folie nous surprend toujours autant.
slide-lepoeme2.jpgEt puis quel bonheur que de retrouver tous ces chanteurs et musiciens dont s'est entouré Vincent Dumestre et qui l'ont suivi depuis le début, ou, ont depuis suivi d'autres chemins. C'est ainsi que nous retrouvons grâce aux extraits de l'album Il fasolo une très fine musicienne que nul n'a oublié depuis sa disparition, la violiste à la sensibilité si poétique Sophie Watillon. Chacun ici trouvera forcément une des pièces musicales qui depuis 14 ans fait que le Poème Harmonique est un ensemble unique, qui est si cher au cœur de beaucoup d'entre nous. En dehors du Lamento de la Ninfa, je ne peux m'empêcher de détacher la Chaconne de Manelli : Acesso Mio Core. La musique ici semble s'enivrer d'elle-même, elle est comme un funambule sur un fil et nous porte jusqu'au vertige vers cet infini où l'esprit se perd et s'apaise.
Ce CD, est non seulement un cadeau idéal à faire à tous ceux que vous aimez et à qui vous souhaitez faire découvrir le Poème Harmonique, mais il est aussi le don de cette magie fascinante du Poème Harmonique. Vincent Dumestre est un poète qui aime à nous faire voyager avec sa troupe et nous fait découvrir ces mondes qui sont nos ailleurs, des ciels étoilés et inconnus dont la beauté,  transcende nos quotidiens.

 

Par Monique Parmentier

1 CD Alpha/Outher. Compilation de : Il Fasolo ; Love is strange ; Monteverdi & Marazzoli ; Luis de Briceno, El Fenix de Paris. Réf : Alpha 817 - Code barre 3 760014 1981175 

 

Crédits phothographiques : Le Poème Harmonique © Guy Vivien / Les musiciens par Claude Gellée dit le Lorrain © Musée du Louvre

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Jean-Denis Malclès : un poète au pays des contes de fées

1 Décembre 2012 , Rédigé par Parmentier Monique Publié dans #Dossiers Musique

JDM001350.JPGCertains peut-être s'étonneront de mon dossier... Jean-Denis Malclès n'a jamais été "classifié" comme un metteur en scène baroque et pour cause puisqu'il quitta le monde de la scène bien avant la Renaissance scénique et musicale de la musique ancienne... il n'en reste pas moins que les décors et costumes qu'il a réalisés pour la scène lyrique de 1952 à la fin des années 1960, sont une invitation onirique au voyage, à la rêverie, au songe. Alors que 2012 a été l'occasion de célébrer le centenaire de sa naissance, j'ai eu envie en cette fin d'année et suite à une conférence à laquelle j'ai assisté le 20 novembre à la Bibliothèque Nationale de France, de l'évoquer ici, tant son univers me semble merveilleux et doux. Son influence sur de nombreux artistes vous semblera peut - être aussi évidente qu'elle m'est apparue.

Je tiens tout d'abord à très vivement remercier Madame Janine Malclès et Monsieur André Boulze qui m'ont autorisé à reproduire ici les photos destinées à illustrer cet article. Je remercie également Cécile Coutin, conservatrice en chef à la BNF, qui m'avait convié à cette conférence me permettant ainsi de découvrir un artiste d'une grande sensibilité et dont les notes m'ont beaucoup aidé à rédiger cet article. A toutes celles et ceux qui aimeraient reproduire les photographies merci de contacter M. Boulze afin de respecter les droits liés à leur reproduction. 

ean_denis_malcles-1024x716.jpg"Jean - Denis Malclès est capable de voyager au pays de mes propres rêves et de me les restituer. Il rend les rêves solides. Il tire de son carton à dessins les plus ravissantes merveilles que vous aviez pu rêver... et chaque fois que le monde peut croire un poète, il évite une énorme bêtise". C'est Jean Anouilh, pour lequel Jean - Denis Malclès a réaliser de nombreux décors qui parlait ainsi de celui qui fut aussi son ami.

Ses origines semble le prédestiner à devenir cet artiste décorateur, peintre et "créateur aux multiples facettes".

Né  à Paris le 15 janvier 1912, Jean-Denis Malclès était d'origine provençale. Petit-fils d'un poète ami de Frédéric Mistral, il vécut toute son enfance dans un milieu artistique. Son père est sculpteur et décorateur. A 15 ans, il entre à l'école Boulle où il obtient un diplôme dans la section sculpture sur bois (ébénisterie, menuiserie, sièges, tapisserie). Il peint pendant ses loisirs et expose une première fois en 1939. Il commence une carrière de décorateur et pendant l'occupation il rencontre Pierre Frey pour lequel il dessine ses premières collections de tissus. Mais c'est en 1941, retrouvant Jean-Louis Vaudoyer qu'il avait rencontré trois ans plus tôt alors qu'il était conservateur au Musée Carnavalet et devenu entre temps administrateur à la Comédie Française, qu'il entre dans le monde du théâtre pour ne plus le quitter. C'est pour Fantasio d'Alfred de Musset qu'il crée ses premiers costumes. Il va apporter à la scène son imaginaire "lumineux et ouaté, peuplé d'arlequins, de poupées de chiffon, de poussière de lune et de robe d'aurore". Ces mots de son amie Renée Auphan, comme ceux de Jean Anouilh, nous montrent à quel point Jean-Denis Malclès savait par sa personnalité toucher au cœur tout ceux qui l'approchait.

Ce touche à tout, élabore des décors et des costumes tout aussi bien donc pour le théâtre, que pour l'opéra, les ballets et le Music-Hall. C'est lui qui entre autre à conçu les costumes d'un quatuor vocal dont le nom est encore aujourd'hui bien connu, les Frères Jacques. Il réalisa également des affiches, dont celle de la Belle et la Bête en 1946.oberon.jpg

Il a travaillé pour ceux dont les noms sont devenus légendaires: Jean Cocteau, George Feydeau, Marcel Aymé, Marcel Achard, la compagnie Renaud - Barault, Jean-Paul Sartre, sans compter Jean Anouilh.

C'est en 1952 qu'il aborde le théâtre lyrique avec Adrienne Lecouvreur à la Scala de Milan. Ses décors pour Obéron de Weber à l'Opéra de Paris, sont tout simplement une merveille. On y perçoit toute la fantasmagorie du songe.

 

Platee.jpgIl aborde son premier opéra baroque en 1956, au festival d'Aix, il s'agit de Platée. Et alors qu'on est encore très loin d'avoir envisagé la renaissance du baroque, on découvre dans ses costumes et dans ses décors, cette grâce presque naïve d'une imagination au service de l'œuvre. Si à l'époque, l'orchestre n'a rien de baroque, il s'agit de l'orchestre de la Société des concerts du Conservatoire, placé sous la direction de Hans Rosbaud, ni les voix d'ailleurs on trouve dans la distribution un Nicolaï Gedda dans le rôle de Thespis et c'est Michel Sénéchal qui tient le rôle de Platée, il n'empêche que les décors et costumes célébre avec magnificence et magie, le bicentenaire de la recréation du chef d' œuvre de Rameau. Et en dehors d'un Orphée de Glück en 1967 à l'Opéra Comique, Jean-Denis Malclès n'abordera plus le répertoire baroque. Cela tient malheureusement à son époque et l'on ne peut que le regretter. Toutefois, que ce soit dans la Flûte Enchantée au Festival d'Aix toujours en 1958 ou dans Ampithryon 38 de Giraudoux on retrouve toujours chez lui, des qualités que l'on aimerait tant retrouver sur scène aujourd'hui.

La modestie du créateur poète qu'il est et qui met au service des auteurs son talent, « s'effaçant » devant les mots et la musique, ou plus exactement nous les révèlant en dépassant la simple écoute, en les métémorphosant avec humilité par une formule magique dont il avait le secret.

 

Oberon2.jpgLors de la conférence Renée Auphan, nous a raconté une anecdote qui en dit long, sur son attention aux comédiens et aux chanteurs, révélant à quel point c'était un véritable plaisir pour les artistes de savoir que celui qui les habillait tiendrait compte de la nécessité pour eux de disposer d'un costume qui leur permette de se mouvoir sans difficulté et de chanter sans se sentir gêné. A sa demande, il modifia un de ses costumes, révélant un véritable savoir-faire et une écoute attentionnée.

Une exposition qui se termine le 15 décembre lui est consacré dans les locaux de la boutique Pierre Frey à Paris et un catalogue préfacé par une autre grand créateur de costumes, Christian Lacroix, est sorti à cette occasion. Alors que Jean-Denis Malclès a connu une gloire certaine durant sa carrière, il est important de ne pas l'oublier. Et s'il est évident qu'on ne doit pas idéaliser des créateurs du passé au dépens de ceux d'aujourd'hui, Jean-Denis Malclès fait partie de ceux qui font que le Spectacle Vivant est intemporel. Il a ouvert la voie à cette idée qu'il est important que lorsqu'on nous poussons la porte d'un théâtre, nous puissions oublier le monde extérieur, pour nous laisser emporter dans les milles et un monde du rêve des auteurs et compositeurs. Loin de nous enfermer dans des fantasmes personnels, il a su libérer l'imagination des spectateurs. 

La plus belle des conclusions est aussi l'hommage d'un homme de théâtre, Jean-Louis Barrault, qui disait de lui « Jean-Denis Malclès est plus qu'un illustrateur; beaucoup plus aussi qu'un peintre : il s'intègre à la pièce, en conçoit le mouvement et l'esprit, en un mot s'oublie lui-même. Il est en premier lieu, un metteur en scène .»...

 

Crédit photographique pour les costumes : © André Boulze © DR/ Pierre Frey pour la photographie de Jean-Denis Malclès

N'hésitez pas à visiter le site internet qui lui est consacré, afin de prolonger cette tendre rêverie


Monique Parmentier

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Jeanne d'Arc, ni une sainte ni une sorcière, juste une jeune fille prise au piège de l'histoire

1 Décembre 2012 , Rédigé par Parmentier Monique Publié dans #Chroniques CD

visuel-copie-9.jpgJeanne d'Arc

Batailles & Prisons

Voici un personnage historique hors du commun ! Un personnage dont le mystère humain est tel, que sa mémoire a traversé les siècles, parfois récupérée par des extrémistes ou des illuminés de tout bord. Il faut dire que ce personnage est une jeune femme si extraordinaire par son destin et sa personnalité qu'elle ne peut qu'interpeller. Par son charisme, elle a permis au Royaume de France de prendre conscience de son identité au point de parvenir à retourner une situation politique qui semblait désespérée. 

Tout a été dit et écrit de Jeanne d'Arc et pourtant la connaissons nous vraiment ?

A l'occasion du 600ième anniversaire de sa naissance, Jordi Savall nous propose ici à travers un magnifique livre/CD sorti chez Alia Vox, l'été dernier de la redécouvrir. Loin de l'image d'Epinal, grâce aux talents des artistes réunis ici autour du maestro et à un livret d'une richesse exceptionnelle, elle nous apparaît telle qu'elle fût probablement : une jeune fille solitaire, idéaliste, sensible, dont la présence lumineuse pouvait l'impossible. Mais loin d'être une jeune fille douce, elle était une combattante, une guerrière qui voulait en découdre avec les anglais et les bourguignons.

Elle fut sacrifiée par les hommes parce qu'elle avait osé défier leurs lois, celle d'une société où les femmes ne portent que des robes et font des enfants, tandis que les hommes guerroient. Elle avait osé par sa ferveur secouer la peur et redonner à Charles VII "le roi de Bourges" comme l'appelaient les anglais, ville où il s'était réfugié, la couronne du Royaume de France. C'est elle qui a amorcé le mouvement non seulement de la reconquête, faisant basculer la guerre de 100 ans, mais a effectivement donné aux français l'envie de se reconnaître comme tel, d'affirmer leur identité, loin des querelles féodales, se découvrant une unité.

louise_moaty.jpgJe ne peux que vous recommander ce livre album.  L'histoire qu'il nous raconte si elle semble tenir de la légende, par sa réalité historique, se révèle bouleversante, dévoilant la tragédie de cette jeune fille brûlée vive à 19 ans.

Le récit abordé de manière linéaire entre le départ de son village de Domrémy au début de 1629, en passant par Bourges, Orléans puis Reims pour le sacre en juillet 1629, pour enfin arriver à la captivité et à sa mort à Rouen le 30 mai 1431, dépasse l'anecdote, tant en fait ce sont ces derniers mois qui tiennent une place essentielle ici. Ceux où Jeanne seule, fait face à ses juges, à ces hommes de guerre et de loi, vaniteux et haineux, avec un courage extraordinaire.

Les textes sont d'une beauté confondante. Ils sont parfois directement issus des annales de l'époque et en particulier des transcriptions du procès qui loin de desservir Jeanne montrent combien, elle n'était décidément pas une jeune fille comme une autre. Louise Moaty, qui tient son rôle, nous touche par la candeur et la fermeté avec laquelle elle l'interprète. Tandis que René Zosso est un glacial inquisiteur, on a presque envie d'écrire manipulateur. Mais un manipulateur mis en échec par une Jeanne qui en mourant le renvoie lui et tous les inquisiteurs à la plus grande des faiblesses humaines, la peur.

figuerasLa musique vient souligner la force dramatique de cette histoire. Elle nous la fait apparaître dans toute sa violence tant elle caractérise les personnages en leur donnant les couleurs de la vie et la noirceur de certaines intentions. Elle peint les situations avec une rare intelligence. Entre musique populaire, de cour ou musique fonctionnelle, elle est d'une force telle, qu'elle est elle - même un acteur à part entière. Elle nous emporte dans son flot, dans son étau, dans ses moments de grâce, du ciel à l'enfer, des champs de blé aux champs de guerre. Jamais elle ne relâche vraiment sa terrifiante fatalité, soulignant le récit, le prolongeant. Elle participe à une mise en scène d'une histoire, où l'on entend des cœurs qui battent, des âmes tourmentées, des batailles, le fracas du combat, les chevaux, les coups d'épée, les larmes qui s'écoulent, les flammes qui dévorent. Les marches militaires font de la musique une arme de destruction massive qui portent bien au-delà des fastes de la gloire, les plus douloureuses défaites... Celles des serments bafoués. Mais Jeanne au milieu de tout cela semble toujours rayonner, suivant son chemin.

Le voyage qu'elle accomplie est tout autant humain que spirituel. Et la musique porte des émotions plus intimes, des souvenirs fulgurants. On en veut pour exemple ces voix de Jeanne interprétées par Montserrat Figueras, Marie Cristina Kiehr et Kai Wessel. Elles sont la Grâce même, celle d'un univers où l'âme se perd dans les étoiles et dont on ne peut que se plaire à imaginer qu'elles ont accueillies Montserat, dont Jeanne d'Arc fut le dernier projet. Quant à la Ballade de la Pucelle, adaptation par Jordi Savall, d'une mélodie anonyme du XVe siècle, "l'Homme armée", répétée plusieurs fois tout au long du récit, elle porte la jeune héroïne vers son irrévocable destin.

Jordi Savall parvient à recréer "cette dimension magique entre la réalité et le mythe". Il écrit en guise d'introduction que "Le mal absolu c'est toujours celui que l'homme fait subir à l'homme". L'inquisition n'est jamais que le reflet des milles et une version de la perversité humaine.

Vous découvrirez ici que le mystère de Jeanne, est avant tout le mystère d'une jeune fille qui a su saisir l'importance des enjeux, les défendre au prix de sa vie. Elle était une bien jeune visionnaire dont nul ne saura jamais la nature de "ses voix" qui lui permirent de faire face à des docteurs de l'Eglise, à des soldats, à la peur, à la mort avec un courage et une humanité dont peu d'entre nous seraient capables. Ce n'est peut-être au fond pas cela le plus important, mais cette capacité qu'elle nous révèle, à accepter la différence sans chercher à l'expliquer rationnellement.

Dans la dernière partie du CD vient l'hommage tardif de ce Roi qui lui devait tant. En réhabilitant Jeanne il retrouve son honneur et lui offre un souffle de vie pour l'éternité. N'hésitez pas à redécouvrir Jeanne d'Arc, en compagnie d'artistes dont l'humanisme est le plus grand de tous leurs talents et dieu sait s'ils en ont et à donner à Jeanne comme à chacun le droit à la différence.

  Par Monique Parmentier

Jeanne d'Arc: Batailles & Prisons. Montserrat Figueras, soprano ; Maria Cristina Kiehr, soprano ;  Kai Wessel, contre-ténor... Jeanne d'Arc, Louise Moaty ; Narrateur 2, Guillaume Cousinat, Jean Beaupère, le Roi, Jeant d'Estivet, Pierre Cauchon, Jean II Jouvenel des Ursins, René Zosso ; Le Narrateur I, Jean de Nouillonpont, Jean de la Fontaine Manuel Weber. la Capella Reial de Catalunya, Hespèrion XXI. Jordi Savall, viole de gambe et direction. Choix et sélection des textes historiques : Sergi Grau et Jordi Savall. Livre 2 cd Alia Vox. Durée CD 1 : 67'36 Durée CD 2 : ....Enregistré en 1993 et 2012 Code Barre 7 619986 398914. Juin 2012.

 

Droits photographiques : DR

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Hopkinson Smith : comme dans un rêve

26 Novembre 2012 , Rédigé par Parmentier Monique Publié dans #Chroniques Concerts

Reyne-Hugo-06.jpgJ'ai assisté ce week end à deux concerts magnifiques, tous deux donnés dans le cadre d'un tout nouveau festival : le festival baroque de Paris.

 

Ce fut d'abord, celui qui inaugurant cette nouvelle "fête de la musique baroque" était consacré à la musique sacrée française du Grand Siècle. Il a été pour moi celui de l'enthousiasme et de la passion des artistes, dans un lieu, l'église Saint Sulpice peu adapté à la musique de cette époque là. L'acoustisque extrèmement difficile qui aurait pu les mettre en difficulté, fut au contraire un défi qu'ils ont relevé. Il nous ont offert une interprétation proche du sublime. La Symphonie du Marais, naissait dans ce quartier de Paris qui lui a donné son nom, il y a 25 ans. Et depuis, ils défendent ce répertoire avec beaucoup de sincérité. Ce soir du 23 novembre, Hugo Reyne nous a prouvé combien après tant d'années, il aime toujours autant Lully, Charpentier, Delalande et Bouzignac. Sa reconnaissance sincère envers eux est source d'émotion. Ma chronique sur Classique News, vous en dira un peu plus.

 

Hopkinson_Smith1.jpgLe second concert, (voir ma chronique sur Classique News) samedi 24, lui m'a apporté l'apaisement. Il s'est déroulé comme dans un rêve. Et les songes doux et tendres, qu'a évoqué au Luth Hopkinson Smith, m'ont permis de me souvenir de tout ce qui fait que la musique est source de paix. Une paix intérieure qu'il faut sans cesse rechercher pour ne pas céder à la violence d'un quotidien qui nous sollicite parfois trop, nous égarant loin de cette source. Merci à Hoppy, comme l'appel tous ceux qui savent combien ses concerts trop rares, et ces CD sont des trésors précieux à partager en toute amitié.

 

Droits photographiques : DR pour Hugo Reyne et Naoya Ikegami pour Hopkinson Smith 

 

 

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Au Louvre : un regard...

21 Novembre 2012 , Rédigé par Parmentier Monique Publié dans #Divers

bronze-copie-1.jpgIl dormait depuis plusieurs siècles au fond de la Mer Adriatique au large de l’île croate de Lošinj. En 1996, un plongeur amateur le trouva par 45 mètres de fond. Il fut remonté à la surface en 1999 par les archéologues croates.

 

Exceptionnellement prêté au Louvre du 23 novembre 2012 au 25 février 2013, l'Apoxyomène de Croatie est une pure merveille. Un des rares bronzes de l'antiquité parvenu jusqu'à nous.

 

Cette photo unique d'un amie me bouleverse... Merci à elle de m'avoir apporté ce regard unique et mystérieux. Je ne peux le regarder sans me sentir étrangement touchée. Je partage avec chacun d'entre vous cette photo en espérant que si vous l'empruntez vous indiquerez en copyright Le Louvre.


 

    Apoxyomène de Croatie © Musée du Louvre 2012 / Cécile Vaullerin  

 
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Artaserse : une redécouverte enthousiasmante

19 Novembre 2012 , Rédigé par Parmentier Monique Publié dans #Chroniques CD

visuel-copie-8.jpgArtaserse

Dramma per musica de Leonardo Vinci (1696-1730)

Livret de Pietro Metastasio (1698 - 1782)

 

Après le succès de Faramondo, Max Emmanuel Cencic souhaitait renouveler le plaisir de retrouver ses amis contre-ténors autour d'un opéra injustement oublié, Artaserse de Leonardo Vinci. Il nous en avait parlé lors d'une interview qu'il nous avait accordée il y a plus d'un an. Grâce au soutien de Virgin Classics et à sa ténacité c'est désormais chose faite, au disque comme à la scène (voir ma chronique sur Classique News).

La distribution audacieuse, uniquement masculine, qu'il réunit dans ce projet, se justifie artistiquement par le fait qu'à sa création, dans la Rome papale de la première moitié du XVIIe siècle, aucune femme n'était autorisée à se produire sur scène. Il remplace ici, les castrats qui à l'époque interprétaient l'ensemble des personnages par 5 contre-ténors dont deux tiennent des rôles féminins et un ténor.

On ne peut que louer la ténacité de Max Emmanuel Cencic, tant le résultat, au disque comme à la scène se révèle enthousiasmant.    

Dernier opéra de Leonardo Vinci, il est le fruit d'une collaboration avec le Poeta cesareo, Pietro Mestatasio. Créé à Rome en 1730, il ne connut le succès que lors de sa reprise peu de temps après la mort mystérieuse du compositeur, la première série de représentations ayant été interrompue par le décès du Pape Benoit XIII. Les plus célèbres castrats de l'époque faisaient partie de la distribution dont Caffarreli qui tenait le rôle d'Artaserse.

 

Artaserse, le fils de Xerxès succède à son père sur le trône de Perse suite à l'assassinat de ce dernier par le préfet du palais Artabane. Ce dernier commence par accuser le frère d'Artaserse du meurtre, Darius (que l'on ne verra ni n'entendra), poussant le jeune empereur au fratricide. Mais très vite Darius est innocenté et tandis qu'Artaserse déjà tourmenté par la mort de son père sombre dans la mélancolie, le fils d'Artabane, Arbace est arrêté avec le glaive qui a tué Xerxès et que lui avait confié son père Artabane. Arbace cherche désespérément, sans accuser son père dont il sait la culpabilité à persuader son ami Artarserse et sa jeune amante Mandane, fille et sœur des empereurs de son innocence. Rien n'y fait pas même l'intervention de sa sœur Sémira, elle-même un temps promise au jeune empereur et dont le père Artabane décide de la fiancer à Mégabise, un général félon qui monte les différents protagonistes les uns contre les autres pour obtenir la main de Sémira.

 

Ainsi on le comprend bien, tous les personnages sont déchirés entre leur devoir et leur amour, entre leur goût du pouvoir et la vertu. Cette dernière se retrouve dans la place essentielle que tient l'amitié dans le livret de Metastasio.

 

cencic420c.jpgL'ensemble des interprètes chanteurs et musiciens nous révèlent avec brio les multiples facettes de ce diamant qu'est Artaserse, toute la puissance dramaturgique d'une musique où la virtuosité vocale est un enchantement. La cohésion entre chanteurs et musiciens est exceptionnelle. Le continuo est extrêmement raffiné et l'orchestre développe des couleurs somptueuses et subtiles. La caresse du théorbe et le brillant des cuivres sont à souligner tant à la scène le premier en particulier a su nous ravir comme ici.

La distribution idéale qu'a réunie Max Emmanuel Cencic qui ne s'attribue pas le rôle principal, brille de toute part. Il faut dire que le Concerto Köln dirigé par un Diego Fasolis survolté offre aux chanteurs un écrin somptueux, où nuances et couleurs sont d'une beauté à couper le souffle.
 

Dans cette distribution, on retiendra en tout premier lieu, une superbe découverte en la personne de Franco Fagioli dans le rôle d'Arbace. Ce contre-ténor argentin se révèle véritablement dans ce projet. Dans l'air virtuose de la fin de l'Acte I, il réalise bien plus qu'une simple performance, n'oublions pas que cet air dure plus de 7 minutes, "Vo solcando un mar crudel", il y montre une aisance confondante. Il y est un prince ardent, pris au piège entre son devoir filial et son amitié. Ses aigus rayonnants, ses graves de mezzo, cette technique qui fait tant penser à Cécilia Bartoli dans les vocalises sont purs bonheurs.

 

Dans le rôle-titre d'Artaserse, la voix d'ange mélancolique de Philippe Jarrousky et sa musicalité sont idéale pour le rôle. Quant à Max-Emmanuel Cencic il tout simplement parfait en Mandane. Sa voix d'une sensualité troublante est un vrai bonheur et ses vocalises sont magnifiques d'autorité. Yuriy Mynenko au timbre sopranisant dans le rôle du général félon se révèle réellement inspiré, pervers à souhait. Le timbre enchanteur et lunaire de Valer Barna-Sabadus donne à sa Sémira une image fascinante faite de courage et de fragilité.    

Enfin le ténor Daniel Behle est un remarquable Artabano le père assassin.  Ses graves superbes, son art des nuances et un souffle long lui permet d'être bien plus qu'un méchant tourmenté, un héros qui a a mal tourné, mais que la vertu d'un fils sauvera.

Charles de Brosses à l'époque de sa création écrivait qu'Artaserse était "le plus fameux opéra italien". Sans aller jusque-là, nous dirons qu'il fait partie des œuvres qui méritent réellement d'être découvertes.   

Voici un album à vous recommander pour les fêtes.

 

Par Monique Parmentier

 

Distribution : Artaserse, Philippe Jarrousky. Mandane, Max Emanuel Cencic. Artabano, Daniel Behle. Arbace, Franco Fagioli. Semira, Valer Barna-Sabadus. Megabise, Yuriy Mynenko.

Concerto Köln, direction : Diego Fasolis

 

 

3 CD Virgins Classics - Durée CD1 : 67'22'' - CD2 : 65'46'' - CD3 : 54'36'' - Code Barre : 5 099960 286925 - Enregistré à Deutschland Kammermusisall, Köln - 21 - 38 septembre 2011

 

Crédit photographique pour Max Emmanuel Cencic : DR 

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L'amitié

19 Novembre 2012 , Rédigé par Parmentier Monique Publié dans #Divers

Il est un mot galvaudé dont on peut parfois regretter qu'il soit mal compris, ou détourné de son sens par ignorance parfois, mais aussi parce que notre monde actuel ne peut anoblir au nom de théories qui voudraient que tout soit ramené aux instincts les plus primaires de l'homme, ce mot qui est bien plus qu'un mot. Il s'agit de l'amitié...

 

L'Ecole normale supérieure avait organisé un colloque sur

 

L’amitié et les sciences, de Descartes à Lévi-Strauss

 

dont les interventions sont en lignes.

 

Je vous les recommande... Parce que sans amitié ce monde devient si gris.

 

Je dédie ce lien à l'amitié...   

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Caminos barrocos : un baroque chaleureux

30 Octobre 2012 , Rédigé par Parmentier Monique Publié dans #Chroniques CD

visuel-copie-7.jpgLe Final des Chemins du Baroque
Caminos barrocos
Réalisation musicale : Gabriel Garrido –
Réalisation : Olivier Simonnet
K617

 

En automne 2011 s'achevait au Paraguay dans une ancienne mission jésuite, une aventure de 25 ans, les Chemins du baroque. Le Dvd que vient de sortir K617, partenaire de cette odyssée, nous permet de découvrir le concert qui fut donné à cette occasion.

Les Chemins du Baroque ont permis à de jeunes musiciens de plusieurs pays d'Amérique du Sud et d'Europe de se rencontrer et de partager non seulement un patrimoine musical méconnu et extrêmement riche, mais également des valeurs humaines faites de tolérance, de curiosité et de découvertes de la diversité qu'a engendré la rencontre des différentes cultures à travers les siècles. Les créateurs de cette épopée leur ont ouvert de nouveaux horizons. Pendant 25 ans, plus de 400 musiciens ont ainsi pu se former à la musique baroque issue des Amériques, dont on a trop longtemps supposé qu'elle devait y être mineure. Ils ont de cette manière pu retrouver le chemin de l'âme indienne qui sommeillait en elle et dont l'exubérance, l'opulence et la tendresse nous éblouit à son écoute.

Dans ce merveilleux DVD que nous offre K617, nous retrouvons le père de cette belle aventure Alain Pacquier sans qui rien n'aurait été possible. Fasciné par ce continent et par ses orgues en ruine, uniques habitants fantomatiques d'églises abandonnées aperçues dans des livres d'art et guidé par l'intuition d'un patrimoine oublié qui devait pouvoir nous raconter une histoire unique, il osa alors que l'Amérique du Sud sortait difficilement de ses dictatures partir à la découverte de mondes perdus. Guidé par un humanisme et une générosité qui émanent ici de chacune ses interventions, il a en 25 ans ouvert des voies multiples aux richesses dont il n'avait peut - être pas lui-même osé imaginer toutes les beautés. Il a ainsi redonné aux populations de ces pays brisés leurs racines les plus profondes leur permettant de se reconstruire un avenir. C'est avec l'un de ses plus fidèles compagnons, le chef argentgroup-photo.jpgin, au tempérament de feu, Gabriel Garrido qu'il a donc monté cette fête destinée à marquer la fin de ce voyage du renouveau... Une fin qui ouvre des perspectives musicales dont on peut tout attendre au vu du résultat qu'offre ce concert hors norme filmé au Paraguay.

La réalisation d'Olivier Simonnet nous livre de ce concert et de ses derniers préparatifs une vision quasi onirique. La lumière et la musique y chantent l'union des hommes et de la nature. Il nous permet de percevoir, par des images d'une somptueuse beauté et une prise de son extrêmement soignée toute la ferveur qui habitent les musiciens et le public de ce concert envoûté. La grâce semble habiter l'ensemble des participants et l'émotion en est si intense qu'elle nous éblouit et nous transporte dans le cœur de ces indiens dont la culture pu en partie survivre grâce à la protection que les jésuites leurs apportèrent.

VISUEL-Garrido-fiesta.jpgLe concert nous permet de découvrir, un opéra sacré du seul compositeur qui a laissé son nom dans l'histoire de la musique baroque sur le continent américain. Il est intimement lié à la sauvegarde des cultures améridiennes. Domenico Zipoli, un missionnaire jésuite d'origine italienne, célèbre le père fondateur de son ordre, dans cette œuvre si particulière, où l'on rencontre aussi bien la lumière de son pays d'origine, l'Italie et ses volutes baroques, que la luxuriance des mélodies amérindiennes. La sensualité qui irradie de sa musique, semble célébrer l'union quasi mystique de deux civilisations que tout semblait opposer. On peut d'ailleurs regretter à cette occasion l'absence d'un livret qui aurait pu nous en dire plus sur ce compositeur.

Je vous invite à découvrir grâce à ce DVD l'enchantement des Chemins du baroque. La parure sonore y est celle d'un oiseau de paradis dont Olivier Simonnet nous donne à voir et à entendre toutes les nuances.

Par Monique Parmentier

 

1 DVD K617 - Code Barre 3 383510 002366 - Réf : K617236 - Durée : 1 H 32'27''

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