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Le blog de Susanna Huygens
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Narbonne, La ville, ses Halles ... des Corbières au Minervois... Que du bonheur

16 Août 2018 , Rédigé par Parmentier Monique Publié dans #Divers

@ Monique Parmentier

Longtemps, je n'ai guère pris le temps de savourer les gourmandises que je croisais sur mon chemin, mais allez savoir pourquoi, lorsque j'ai pris le temps de prendre ce temps dans ce sud que j'aime tant, j'ai découvert combien l'instant pouvait receler de petits bonheurs sans pareil. Cet article j’y ai longtemps pensé ayant peur que certains y voient un publireportage pour la ville de Narbonne et sa région, mais ce n’en est pas un. Les commerçants et artisans que je cite ici méritent réellement que vous veniez les découvrir. Il est à mes yeux impossible de repartir de l’Aude ou de l’Herault déçu si l’on se donne la peine de regarder, observer, goûter. Car c’est ici que j’ai vraiment découvert le sens du Carpe diem à la mode baroque, du plaisir de vivre chaque instant, tel que l'évoquais Philippe Beaussant, dans "Mangez baroque et restez mince".

 

@ Monique Parmentier

"Mon" Sud ...  ce n'est pas seulement les concerts du Festival Musique & Histoire pour un Dialogue interculturel à Fontfroide, c’est aussi la « lumière  bleue » ou les cigales l'été, des paysages et des sites de toute beauté. C’est une région où la culture, toutes les cultures ont leur place et permettent à tous de vivre des petits bonheurs et des instants d’émerveillements qui donnent du sel à la vie. Les Sites patrimoniaux et naturels et les musées dont les collections sont d’extraordinaires cavernes d’Ali Baba, j’en veux pour preuve le Musée des Beaux-Arts et le Musée archéologique de Narbonne, - mais je rêve de visiter celui des Elysiques à Sigean- sont de toute beauté et autant de sources d’émerveillements. Toutes les musiques sont représentées dans ce sud (classiques avec plusieurs festivals et concerts), le jazz à l’Hospitalet, le rock, la variété et le concert du 14 juillet par l’Harmonie de Narbonne me laisse à chaque fois le sentiment de vivre hors du temps, de remonter le temps et de voir autour de moi tant de gens simplement heureux que de tels souvenirs vous accompagnent longtemps. Le théâtre, le café-théâtre, mais aussi la gourmandise et la convivialité donnent à la vie toute ses couleurs et ses nuances à l’hédonisme. J’ai cette année eu l’occasion d’assister à une fête de confrérie à l’occasion de la Saint-Jacques, dans l’Hérault, se furent des instants à l’indicible beauté au cœur de la garrigue et je n’oublierais jamais ces moments.

 

@ Monique Parmentier

Mais avant que de parler de gourmandises, il m'a d'abord fallu trouver un endroit idéal pour me loger le temps des vacances. Car si à la retraite je compte bien m'y installer, pour l’instant je ne suis qu’une touriste. La formule chambre d'hôtes ne m'a pas réussi. J'ai testé la formule Airbnb, j'en garde le souvenir d'une belle rencontre, Marie-Josée et son petit appartement à côté de la Cathédrale est plein de charme. Je peux le recommander sans soucis, vous y serez chaleureusement reçu. Mais j'ai découvert, ce qui s'appelait d'abord Appart'city et désormais est devenu le Zénitude à l’occasion du festival Musique & Histoire, car c’est dans cette résidence hôtelière que loge une grande partie des artistes du festival. Tout me convient ici parfaitement et tout d'abord la gentillesse du personnel qui nous reçoit, tout comme le confort, un studio avec une mini cuisine parfaitement adaptée pour profiter des gourmandises de la ville et plus que tout, sa vue... une vue dont je ne me lasse pas, elle m'apaise tant… enfin le rapport qualité/prix et le fait que les chèques vacances y sont acceptés. 

 

@ Monique Parmentier

Côté gourmandise, Narbonne, ce sont d'abord ses Halles qui me semblent le mieux représenter ce délicieux péché capital. On ne peut pas trouver, un endroit plus chaleureux, plus savoureux, plus gouleyant, plus gourmand, plus généreux. Et grâce aux commerçants de cet endroit fabuleux, mes petits-déjeuners, sont enfin devenus un songe infiniment doux qui au sortir du sommeil, sont le prolongement des excellentes nuits réparatrices que je connais au Zénitude Hôtel.

 

Les Halles sont un grand pavillon métallique de style Baltard qui a ouvert ses portes en 1901 et accueillent environ 70 commerçants. On y trouve aussi bien des fruits, des légumes, du fromage, de la viande, du poisson... Et bien évidemment du vin et des restaurants/comptoirs, où la convivialité et la joie de vivre règnent en maître. Il y a toujours du monde dans les allées de ce temple joyeux de la gastronomie du soleil et de la mer. On y entre comme on entrerait en prononçant les mots magiques… parce que je vous assure qu’on redevient un enfant en y entrant… « Sésame ouvre-toi » … et on a tant de mal à les quitter. Les Halles de Narbonne, ressemble à un livre de contes, à moins que ce ne soit un livre de recettes gourmandes que ce soit ceux légendaires d’Escoffier ou celui plus récent de Jean-François Piège.

 

@ Monique Parmentier

Lorsque j’y entre, je m’arrête un instant pour en ressentir le bonheur qui en émane. Puis je file à la Ruche des Halles, voir Carole dont le sourire et la joie de vivre résonnent en moi comme le retour de l'été. Elle vend un miel aux parfums de garrigue, thym, romarin... framboisier... Le miel de Narbonne est un miel dont le goût merveilleux est réputé depuis l’antiquité. Ce miel savoureux et doré, fait le bonheur de mes petits-déjeuners sur place, de mes amis et des musiciens du festival de Fontfroide à qui j'en offre. Car de qu'elle plus belle manière pourrais-je montrer ma gratitude aux personnes que j'aime, si ce n’est en leur offrant ce nectar des dieux. Désormais, avant mon départ, je ne manque pas de m'en envoyer par la poste un colis pour tenir durant les longs hivers parisiens. Vous ne pouvez pas manquer le stand de Carole, elle est sur la même allée que Bébelle (dont je reparlerais un peu plus loin). Carole fait du théâtre ou plus précisément du Café-théâtre, avec ses compagnons du rire : Nathalie et Vincent (ce dernier est un belge qui a oublié un jour de repartir vers le nord… pas franchement étonnant). La Compagnie des têtes plates, le nom de leur petite troupe, fait des tournées dans tout le département. Partout où les comédiens passent les rires fussent, ils apportent dans leurs malles une bonne humeur communicative autour de programmes qui portent si bien dans leur titre les fous rires à venir, comme Starskye et Hutchie que Carole m’a permis de voir le 22 juillet dans un si joli petit village des hauts de Corbières, Feuilla ou l’Emmerdeuse que je compte bien voir un de ces jours et tous les autres parce qu’on ne ri jamais assez.

 

@ Monique Parmentier

A côté de Carole, il y a Fleur, et son stand à Fleur de Thau, ses huitres de Bouzigues, ses moules sont de petits bijoux. Et puis Fleur, elle est comme Carole, elle vous donne l’envie de sourire à la vie. Je n'attends que mon installation définitive pour déguster ses huitres et moules… car je ne connais pas de meilleures huitres au monde que celles de Bouzigues.

 

@ Monique Parmentier

Pour le poisson, dont je me régale tous les étés (d'où le fait que je ne pourrais pas pour l'instant vous dire quel boucher choisir) : je m'arrête surtout à l'Hippocampe. J’y trouve toujours du choix mais en même temps pas trop, pour ne pas me laisser tenter. Ce sont des patrons pêcheurs. Mais tous les étals de poissonniers sont magnifiques. Tous vous réalisent des filets sans arrêtes (je n'ai pas ça chez moi en Ile-de-France, où je passe des heures à repréparer les filets mal coupés et où les arêtes sont retirées à l'arrache). Les prix sont raisonnables et chez tous, la fraîcheur est une évidence. Je dirais que comme pour tous les autres commerçants, il est impossible de tous les tester car je ne mange pas tous les jours à l’hôtel, mais cette année, un peu plus souvent que les autres années, comme si ayant pris la décision ferme et définitive de venir m’installer à la retraite à Narbonne, je commençais à y tester une vie plus « normale ».

 

@ Monique Parmentier

Comme bien souvent, mes petits-déjeuners, sont mes guides car eux quoi qu’il arrive c’est bien à l’hôtel que je me les prépare, c’est donc eux qui conduisent d’abord mes déambulations et mes choix dans les Halles, et des produits de la mer aux petits-déjeuners, c’est durant mon séjour, pour moi la base.

 

Donc les rayons traiteurs m’attirent d’autant plus et en premier la Table de Benoît. Le patron, un nantais qui a trouvé plus de raisons de rester que de repartir, nous offre des salades et produits de la mer, de la Tielle, des couteaux à l’ail (Oh la la ces couteaux), du taboulé de crevettes, si parfait pour le petit-déjeuner. Les saveurs de l’ensemble de ses produits sont à tomber.

@ Monique Parmentier

Mais pour le déjeuner ou le dîner, je vais Chez Philippe Niez Traiteur. Tout est extrêmement bon, les plats préparés aux saveurs catalanes (comme les boles de picolat), les beignets de fleurs de courgette (un autre de mes pêchés tant il est rare d’en trouver), la pissaladière... mais j'ai également pu goûter les merveilles de Miel & Cannelle et celles de Saveurs & Terroirs. Lors d'un passage en hiver, il me faudra goûter le Cassoulet de la Maison Escourrou.

 

@ Monique Parmentier

Mon petit-déjeuner, c’est également des fruits et des légumes. Pour les légumes je m'arrête en priorité chez Marie Torregrossa Primeur. Ses tomates de Narbonne sont un de mes petits bonheurs d'été. Multicolores et provenant de cette terre de soleil, ses tomates ont du goût. Leur chair tendre et juteuse me rappelle celles de mon grand-père. Marie a une voix très douce et comme Carole et Fleur, son accent chante le soleil. Pour les fruits, je me disperse entre Didier et Yolande Primeur, Chez Antoinette (une vraie narbonnaise) qui a repéré mon accent de parisienne, mais je crois qu'elle a fini par me pardonner cet accent pointu que je tente de cacher. Mais je peux m'arrêter aux autres stands. Il m’arrive aussi je l'avoue faire une infidélité aux Halles pour le Marché Bio du Samedi qui se tient place du Forum.

 

Pour les œufs aucun doute possible, je passe au stand de la Ferme aux œufs.

 

@ Monique Parmentier

Pour les charcuteries, les Combarelles ou les Délices du cochon font mon bonheur... et comme étant d'origine belge, j'adore le saucisson et les jambons, on ne peut rêver mieux. Les jambons de cochon noir de chez Combarelles sont vraiment délicieux.

 

@ Monique Parmentier

Pour la Boulangerie, j'ai découvert une nouvelle épicerie en ville, Le comptoir du Goût, boulevard Gambetta, qui vend un pain bio vraiment gouteux, mais sous les Halles, la boulangerie/patisserie Brin de gourmandise d’Alizée, m’a offert chaque matin ses macarons… mon dieu qu’ils étaient bons et je n’ai qu’une envie pouvoir inviter des amis autour d’un de ces pastis gascons qui me faisait de l’œil. Forcément pour manger mon macaron, il me fallait un café, que je prenais au Central Bar.

@ Monique Parmentier

Tenté par le verre de vin que je voyais prendre par d’autres, je suis toujours restée raisonnable pour accompagner ma merveille pâtissière, mais tôt ou tard, je me laisserais tenter, par cette version du petit-déjeuner du sud. Le sourire et la gentillesse qui accompagnent à ce comptoir mon petit noir allongé, y ont contrairement à mes cafés parisiens, toujours été au menu.

Pour les fromages, je vais de l'un à l'autre. Ils sont au nombre de quatre, sans compter la boutique bio, Bio Nature... Et tous proposent une grande variété en chèvres et brebis régionaux dont l'Ecu cathare est mon chouchou, que je recherche tout particulièrement. Mais vous trouverez également une grande variété de fromages de toutes les régions de France.

 

@ Monique Parmentier

Il ne faut pas oublier les olives et huiles d'olives de chez Un Brin de Provence et leurs herbes aromatiques. La patronne est une dame charmante et ses mélanges d'olives sont une de mes gourmandises au petit-déjeuner et les tapenades de la Maison Lopez peuvent compléter l’un des trois repas voire l’apéro parfaitement.

 

Une chose est certaine, je n'ai pas encore en six ans eu l'occasion de découvrir toutes les boutiques, d'autant plus que je mange régulièrement au restaurant, tant à Narbonne qu'en dehors de la ville.

 

@ Monique Parmentier - Pastis Gasgon

Et parmi les premiers d'entre eux, il y a les restaurants des Halles. Le plus connu, (pour lequel je n'ai pas de photo, zut alors) étant Bebelle. La viande y est excellente, les frites (c’est une belge d’origine qui parle) ont un goût de « revenez-y ». Le service est un mélange de convivialité et d’efficacité. Quelle super équipe autour de Bebelle. Ce dernier a instauré la livraison par lancé de paquets de viande, selon une technique très particulière, issue de son passé de rugbyman professionnel. Ses fournisseurs sont ses voisins de stand… Bref on ne peut pas manger plus frais et on ne s’ennuie pas un seul instant au comptoir. Il y a toujours du monde, on mange dans une bonne humeur communicative et l’on parle facilement à ses voisins.

 

@ Monique Parmentier

Autre restaurant, autre style, mais toujours aussi bon et dans une bonne humeur qui nous retient, le Bar à Tapas. Les vins proposés viennent du massif de la Clape, les tapas sont faits avec des produits de la mer ou viennent des bouchers voisins. La saucisse Laborde mérite le détour. Tout est délicieux. Arrêtez-vous, vous ne le regretterez pas. Bien sûr il y en a d’autres dont le Central Bar. Il me faudra vraiment m’y arrêter.

@ Monique Parmentier - Le Bistrot

 

En ville, j’ai quatre tables où j’aime tout particulièrement aller. Le Bistrot (celui de ma descente du TGV. Sa terrasse, ses salades, la gentillesse et l’accent… soudain on est enfin dans le sud, on se sent revivre), l’Estafette de Nicolas (des pâtes aux sauces originales faites maison et de la générosité). Un tout petit restaurant en taille, une petite terrasse dans la rue droite et que du bonheur).

 

La Table du Marché et les Cuisiniers cavistes, deux bistros gastronomiques, dont les prix sont plus que raisonnables au vu de la qualité de ce qui vous est servi et de l’accueil si agréable qui vous est réservé.

 

@ M Parmentier - Loup de mer et copeaux Foie gras

A la Table du Marché, un nouveau chef marrie les saveurs avec délectation. Son loup de mer aux copeaux de foie gras (et dieu sait si je ne suis pas une hyper fan de la tranche de foie gras) est tout simplement sublime. Aux Cuisiniers cavistes la cuisine y atteint des sommets de plaisir. J’y ai un souvenir de ravioles de Homard l’an dernier qui tenait du sublime et on y bénéficie des conseils d’une jeune sommelière souriante et passionnée. Tous sont sur Face Book.

 

 

 

 

C’est d’ailleurs quelque chose de remarquable dans « mon » sud, la passion des jeunes vignerons et cavistes. Pour les premiers la biodynamie, la recherche de la qualité dans le respect de l’environnement, sont les maîtres mots. Beaucoup reprennent la propriété familiale et tous ont envie de démontrer, à juste titre, que ce sud mérite une bien meilleure réputation que celle qui lui a été trop longtemps faite. Les vins sont bons. Ils ont du caractère, du soleil, du fruit, de la mer et de la garrigue.

 

@ Monique Parmentier

J’adore tout particulièrement les rosés et les blancs. Chaque été, tous les vendredis, la ville de Narbonne organise pour les faire connaître, les Estivals en soirée. Une fête des producteurs de vin et de mets à découvrir. Huitres et moules de Bouzigues en provenance du bassin de Thau, paëlla, burgers authentiques, pâtes artisanales (du Domaine de Périès, dans l’Aude bien évidemment), les glaces au lait de Brebis tout aussi locales de l’Audeline, une merveille de délicatesse, aux parfums tous plus raffinés et goûtus les uns que les autres (Verveine, Figue,..).

 

@ M Parmentier - Audeline Café et figue

A ne manquer sous aucun prétexte. Cette année j’ai particulièrement aimé le premier vendredi un blanc Saint Chinian dont malheureusement, je n’ai pas le nom du producteur et le dernier vendredi un rosé doux et bien frais du Château Ricardelle. Et si vous avez la chance d’avoir une voiture, les domaines vous ouvrent leurs portes et dans tous les villages de l’Aude et de l’Hérault des fêtes vous ferons découvrir les milles et une richesse d’un pays… celui du jardin imaginaire que Charles Trenet né à Narbonne chantait si bien.

 

Et je ne dois surtout pas oublier Le café Le Petit Moka place de l'Hôtel de Ville... Mon premier café du matin... Un vrai et bon café narbonnais.

 

Cela fait bientôt trois semaines que je suis rentrée sur l’Ile-de-France et Narbonne me manque déjà tant. Je crois que mon sud m’a manqué dès que je l’ai quitté, car là-bas, je ne saurais expliquer pourquoi, mais je m’y sens « à la maison ». Je n’ai qu’une hâte y retourner… M’y installer. Un grand merci à tous pour votre accueil, vos sourires, votre gentillesse. Oui merci du fond du cœur.

 

Par Monique Parmentier

 

@ Monique Parmentier - Café Petit Moka

 

Mes adresses :

Zénitude Narbonne : 18 Boulevard du Général de Gaulle - 11100 Narbonne - 04 57 38 37 11

Les Halles de Narbonne - 1 cours Mirabeau - 11100 Narbonne - 04 68 32 63 99

Le Bistrot : 21 Cours Mirabeau - 11100 Narbonne - 04 68 32 78 12 

A La Table du marché : 8 rue Emile Zola - 04 68 44 19 27

Les Cuisiniers cavistes : 4 Place Lamourguier - 11100 Narbonne - 04 68 32 96 45

L'estafette de Nicolas : 9 rue droite - 11100 Narbonne - 06 06 72 71 49

Le Petit Moka : 2 Place de l'Hôtel de Ville - 11100 Narbonne - 04 68 65 28 29

 

 

 

 

 

 

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Jordi Savall, Fontfroide 2018 : De l’ombre à la lumière… Je goûte en « vous écoutant », ma part d’éternité

10 Août 2018 , Rédigé par Parmentier Monique Publié dans #Chroniques Concerts

@ Monique Parmentier

Il y a bien longtemps maintenant, j’ai fait la promesse à Montserat Figueras de n’écrire que sur le fil de l’émotion, ne laisser ma plume se guider que sur ce qui fait l’essence même de la musique, de l’art et ne jamais devenir une critique comme une autre. Lorsque j’ai eu le sentiment de ne plus pouvoir pour un temps tenir ma promesse, je me suis éloignée et j’ai tenu une autre promesse que je lui avais faite, je suis venue trouver refuge à Fontfroide. Et tout comme Pandora quittant la terre ferme pour rejoindre le Hollandais volant dans le film d’Albert Lewin, j’ai ainsi pu briser le sablier, retrouvant cette « famille », ces amis perdus sur le long chemin du temps. Et avec eux, c’est toute l’empathie d’un monde que je croyais perdu qui m’attendait en ce lieu si unique. Pouvait-on me faire de plus beaux cadeaux que ces deux promesses qu’elle me demanda de lui faire ? La réponse m’a encore été apportée cette année… plus que des cadeaux, ces promesses furent un don, un don à l’incommensurable beauté.

@ Monique Parmentier

Le XIIIe Festival Musique et Histoire pour un Dialogue Interculturel a comme chaque année, proposé à son public durant les cinq soirées des variations de toute beauté de ce dialogue entre les âmes que défend jusqu’à l’Unesco, Jordi Savall. La musique sous les nuits étoilées, au cœur d’une garrigue chantante et parfumée, s’empare de l’écoulement du temps et nous emmène sur des routes de lumière, parsemées de larmes et de senteurs, de poésie à la spiritualité universelle.

Le premier concert du soir, exceptionnel par sa durée et plus encore par son exigence et son engagement artistique, a donc été programmé en deux parties. L’Officium Hebdomadae Sanctae composé par Tomas Luis de Victoria en 1585 est d’abord le choix de celle dont le rayonnement aujourd’hui accompagne Jordi Savall sur les voies du temps. Maria E. Bartels, a conçu ce programme à ces côtés et a sélectionné les textes qui illustrent ce chemin si aride et ardent qui mène l’esprit de la vie à la mort ou de la mort à la vie. Et leur choix, relève de la poésie pure qui nous atteint au plus profond de nous. Impossible de tous les citer, mais il nous semble en les écoutant, voir surgir des souvenirs qui nous ouvrent les portes de la sérénité : « L’esprit ne périt jamais […] Il ne nait pas et ne meurt pas. Comme il était, il restera toujours, car il est éternel. Hors de tout ce qui est passé et tout ce qui est à venir. Il ne meurt pas quand le corps meurt ». Bhagava Gita. Parmi tous ces textes on trouve des citations de Platon, Rainer Maria Rilke, Saint Jean de la Croix et bien d’autres. Ils sont au service de la musique et prennent et donnent sens à l’élévation musicale. La mise en relief de ces textes appartenant au comédien Frédéric Borie, le récitant de ce programme. Si par moment, sa manière de déclamer semble sur la retenue, cela n’en marque que mieux l’épure, le « sublime » des citations sélectionnées ici. Le comédien s’efface pour laisser place aux mots, au sens, à la douleur exprimée, à l’espérance parfois, à l’attente, à la nuit transfigurée.

@ Monique Parmentier

L’Officium Hebdomadae Sanctae est une œuvre hors du commun, considérée par beaucoup comme un des « chefs -d’œuvre absolus du genre liturgique dans le contexte du Maniérisme ». On y perçoit l’influence de la littérature humaniste du XVIe siècle sur un compositeur installé à Rome depuis de nombreuses années et sous influence de la musique de Palestrina. Il a découvert au cœur de la Cité éternelle au Collegium Germicum des figures de rhétoriques qui dans l’Officium Hebdomadae Sanctae se développent dans toute leur splendeur. L’art oratoire est ici au service d’une élévation spirituelle qui touche au céleste, à une manière de chanter quasi surnaturelle. C’est une œuvre grandiose, un jeu d’ombres et de lumières, qui comprend le cycle complet de la Semaine Sainte. Pour la servir, le maestro catalan a réuni autour de lui, une distribution à l’équilibre vocal parfait, même si deux des chanteurs ont retenu plus particulièrement notre attention. Tout d’abord la Mezzosoprano Marianne Beate Kielland, sa diction parfaite et son timbre moiré suggèrent les contrastes d’ombres et de lumière, de douleurs et de joie qui parsèment le chemin d’épines et de pétales de rose, emportant l’esprit vers l’élévation. Le timbre et la prosodie du ténor Victor Sordo, souligne avec un art consommé le brillant et la limpidité de la transcendance musicale. Mais c’est l’ensemble des chanteurs (Lucía Martín-Cartón et Monica Piccinini, sopranos ; Kristin Mulders, mezzosoprano ; David Sagastume et Gabriel Díaz, contreténors ; Lluís Vilamajó et David Hernández, ténors ; Marco Scavazza et Josep-Ramon Olivé, barytons ; Daniel Carnovich et Pieter Stas, basses) et musiciens qui doit être loué, tant ils parviennent à un équilibre, profondément troublant, à en paraître « surnaturel ». Ils ont dès les premières notes et les premiers mots, arrêté l’écoulement du temps, brisé le sablier. Les couleurs instrumentales créent un voile sonore luminescent, enveloppant et radieux. 5 musiciens d’Hespérion XXI entourent le maestro catalan, Sergi Casademunt, ténor de viole, Philippe Pierlot, altus et basse de violle, Joaquin Guerra, doulciane et Xavier Puertas, violone. La direction de Jordi Savall inspirée et bienveillante souligne la dramaturgie de ce long voyage. La musique efface les ténèbres dans les cœurs, nous guidant vers l’harmonie céleste.

@ Monique Parmentier

La seconde soirée a été consacrée à un concert d’« Orpheus XXI, Musique pour la vie et la Dignité », intitulé « Chemins de l’exil et l’espoir – Musiques solidaires contre l’oubli ».

Je vous ai reparlé dans mon premier article de « ce projet interculturel d’action pédagogique et créative, en faveur des jeunes réfugiés et immigrants, conçu et dirigé par Jordi Savall. En résidence à la Saline Royale d’Arc-et-Senans, soutenu par les Pouvoirs Publics et des mécènes tels que les Fondations Edmond de Rothschild et Orange et bien évidemment le Centre Internacional de Música Antiga (la liste complète est fournie dans le programme), ce projet a depuis sa création en mars 2017, beaucoup évolué. Les premiers concerts ont été donné à Arles puis à Fontfroide en après-midi l’année dernière, puis cet automne (voir ma chronique) au Palais de la Porte Dorée, avec des effectifs plus importants et la participation directe aux côtés des musiciens attachés à ce projet (formateurs et instructeurs) de Jordi Savall avec un programme plus élaboré. C’est désormais avec les chœurs d’enfants dont les ateliers ont débuté cet automne à travers la France et l’Europe, que peut être présenté au public comme un accomplissement ce tout nouveau programme donné ce soir en l’Abbaye de Fonfroide, après une première représentation, en présence de la Ministre de la culture, fin juin lors du festival de l’Abbaye de Saint-Denis, à l’occasion de la journée mondiale des réfugiés.

@ Monique Parmentier

Celle qui en parle le mieux est Waed Bouhassoun et avant que de vous livrer mes impressions la citer me semble incontournable : « On réalise ce travail avec l’autre dans une ambiance familiale, car avec Jordi Savall nous sommes une famille dont les membres sont originaires de vingt pays, où il y a une âme joyeuse avec laquelle on arrive à faire quelque chose de beau. Il n’y a pas de vedette parmi nous, il y a seulement le plaisir de jouer, de chanter, de découvrir et d’échanger ».

Disons le tout de suite, c’est exactement cela que nous ressentons et ce dès la montée sur scène de l’ensemble des musiciens et chanteurs. Non seulement, ce que j’écrivais en novembre 2017 est toujours vrai, il est incroyable comme les enchaînements entre les pièces pourtant issues de traditions extrêmement diverses et aux traditions et techniques d’interprétations si différentes, coulent de source. Mais la joie sur scène, le bonheur d’être là se transmet entre interprètes et ces derniers et le public. Cette empathie qui se noue dès les premières secondes, libèrent les énergies et les talents. Pas un instant, nous aurons le sentiment de voir s’écouler le temps. Ce concert tient de la féérie ou du conte. Chaque chanteur, chaque musicien affirme sa personnalité sans pour autant mettre à mal la cohérence de l’ensemble, mais bien plutôt en enrichissant les nuances et les couleurs de saveurs, de parfums aux senteurs, aux sensations de mille et une merveilles qui jaillissent comme autant d’étoiles dans un ciel pur. Nous retrouvons certains des musiciens et chanteurs déjà croisés sur les routes d’Orpheus XXI. Bien évidemment, Jordi Savall et les instructeurs issus d’Hespérion XXI, Waed Bouhassoun, Moslem Rahal, Daud Sadozai et Hakan Güngor, mais également celles et ceux qui sont devenus les formateurs et qui nous ont déjà éblouis Rusan Filiztek au Saz et chant, Neşet Kutas aux percussions, Kurdes de Turquie, Azmari Nirjhar au chant du Bangladesh, Rebal Alkhodari à l’oud et au chant de Syrie. Sont venus se rajouter à eux ce soir Georgi Dimitrov, au cymbalum et chant, Hovhannes Karakhanyan au duduk d’Arménie, Maemon Rahal au kanun de Syrie et Abu Gabi au chant du Maroc.

@ Monique Parmentier

Tous ont un immense talent. Il ne peut y avoir de « vedette » car tous ont quelque chose à partager, qui tient de l’ivresse mystique, une ivresse faite d’amour et d’amitié, dont les fruits sont la concorde, la gaieté, la félicité et un enthousiasme communicatif. L’on se prend à attendre le chant des moissons interprété par Rusan Filiztek accompagné par Neşet Kutas aux percussions, mais l’on découvre avec émerveillement, cet instant de dialogue du chant des oiseaux entre la viole de Jordi Savall et les sifflements à la mode Nikris de Rusan Filiztek entre Canarios et chanson kurde religieuse Yezidi. Lorsque ce chant de la nature se met à résonner dans l’abbaye, pendant un court instant, au cœur du songe on a le sentiment que la nature se convie à la fête… celle des jardins d’orient… c’est d’une telle délicatesse ce dialogue, que son réalisme n’en est que plus poétique. Les duos entre Azmari Nirjhar et le chanteur marocain Abu Gabi, apportent une note de douceur et d’innocence que vient un peu plus enrichir le chœur des enfants. Difficile de se souvenir de chaque détail interprétatif car au fond, l’on n’a guère envie de prendre des notes, juste de se laisser emporter et de voyager, de découvrir. Mais que ce soit le duduk, dont l’interprétation de Hovhannes Karakhanyan offre toute la suavité attendue, le chant virtuose et tellement bouleversant du chanteur oudiste Rebal Alhodari, le kanun de Maemon Rahal et le cymbalum de Georgi Dimitrov tellement scintillants, tous parviennent à nous toucher et à nous transmettre la richesse de leurs répertoires et cet humanisme bienveillant qu’ils partagent entre eux. Ils ont pour certains vécus des choses extrêmement douloureuses dont le déracinement, mais à aucun moment, l’on ne ressent la peur ou la souffrance, ou si parfois elles sourdent dans certaines pièces, on perçoit ici combien ils les transcendent pour mieux les dépasser.

@ Monique Parmentier

Quant au chœur d’enfants (au nombre de 8 issus de l’atelier de Saint-Denis et de Dortmund), on ressent leur implication, leur envie tout à la fois de s’amuser et le sérieux apporté dans le plaisir de chanter. Je n’oublierai jamais, l’un d’entre eux qui juste avant le concert, répétait encore et sans cesse ces quelques paroles et notes d’Üsküdar dans la Cour Louis XIV. Les voix du vent semblaient l’encourager et l’apaiser dans sa quête. Le concert de ce soir a été la plus belle des fêtes qui puissent se donner, celle de l’innocence, une fête au goût d’éternité. Puisse ce projet conserver en toute quiétude et ouverture d’esprit ses objectifs de fraternité, de transmission et de partage.

@ Monique Parmentier

Le troisième concert, nous permet de retrouver le maestro catalan dans le répertoire qui l’a fait connaître, celui de la viole de gambe. Au programme, les Nations de François Couperin. Il est accompagné ici de 7 musiciens avec qui il joue régulièrement. Marc Hantaï à la flûte traversière, Patrick Beaugiraud au hautbois, Josep Borràs au basson, Manfredo Kraemer et David Plantier au violon, Xavier Diaz-Latorre au théorbe et à la guitare et Marco Vitale au clavecin. Ce concert recevant la visite des mécènes et des Pouvoirs Publics, je me suis retrouvée placée un peu trop loin pour parfaitement percevoir la viole, mais les songes qui émanent de la musique de Couperin et une interprétation favorisant la méditation m’ont permis de m’échapper vers un ailleurs apaisant. Se demande t-on lorsqu’on vient à un concert comme simple public pourquoi et comment la musique naît et nous transporte dans un monde meilleur, plus serein et plus doux ? J’ai donc fait le choix de renoncer aux notes et à la concentration de la quête des qualités interprétatives dont on sait pertinemment qu’elles étaient là, d’ailleurs la qualité des songes est là pour le démontrer. Marc Hantaï à la flûte traversière et Patrick Beaugiraud au hautbois nous offrent un son d’une grâce ineffable, dont émane une lumière mélancolique que vient revitaliser l’énergie des violons. Jordi Savall connaît parfaitement Les Nations qu’il a enregistré dans les années 80 et François Couperin. Il le connaît, mais plus encore il nous en dévoile l’âme. Cette conversation amicale entre musiciens en cisèle l’invention mélodique, l’élégance de l’éloquence et la sensibilité de la ligne musicale. Toute la fugacité de l’instant, cette sensation de l’éphémère sourdent de cette musique. Les interprètes deviennent poètes et leurs doigts laissent courir la plume pour mieux faire étinceler la magnificence de cette musique des ombres.

@ Monique Parmentier

L’avant dernier concert est celui que nous attendions tous sans peut être oser nous l’avouer. Tout comme celui d’Orpheus XXI, il aurait du se tenir à l’extérieur mais tout comme pour Orpheus XXI, la météo s’y est opposée et d’une manière extrêmement violente en cette soirée du 18 juillet. Mais comme dans Pandora la tempête et la foudre accompagnent le Hollandais volant et Pandora dans cet autre temps, celui de l’amour retrouvé, la tempête orageuse qui s’est abattue sur l’abbaye de Fontfroide en ce début de soirée, est venue créer une atmosphère étrange et mystérieuse, semblant permettre au Temps Retrouvé, titre du programme, de transformer notre perception du temps, notre mémoire et nos émotions.

Jordi Savall a pour ce concert réuni autour de lui, ses deux enfants Arianna Savall et Ferran Savall, mais également leurs partenaires respectifs : Petter Udland Johansen, le mari d’Arianna au Hardingfele et à la mandoline ainsi qu’au chant et Meritxell Neddermann aux claviers qui accompagne Ferran. On a pu également entendre Sveinung Johansen à la guitare acoutisque et dobro et David Mayoral qui participent tous deux aux projets de l’ensemble Hirundo Maris, mais pour le second, il travaille régulièrement aussi bien avec le maestro catalan que son fils.

@ Monique Parmentier

Le programme proposé Le temps retrouvé « musiques du temps et de l’instant », Dialogue entre le Sud et le nord et entre l’Ancien et le Nouveau monde réunissait tout aussi bien des musiques du répertoire commun à la famille Savall (musiques de Diego Ortiz, de Marin Marais, de Méditerranée et berceuses sépharades), mais également quelques très belles improvisations de Ferran Savall et les musiques de l’album Hirundo Maris d’Arianna Savall et Petter Udland Johansen. Ainsi écrit, ceux qui ne connaissent pas suffisamment Fontfroide, ou la famille Savall pourraient se dire rien de bien nouveau… et pourtant la magie de ce programme est unique et fantasmagorique. Elle est celle de la Voix de l’émotion, celle qui ouvre les chemins à ce que nos cœurs ont de plus secret. Pas un d’entre nous ne sera reparti à l’issue de ce concert, sans en avoir été bouleversé.

@ Monique Parmentier

Bien sûr tous les musiciens sont des artistes virtuoses et ils ont tous déjà joué ensemble et se connaissent parfaitement. Mais la poésie du lieu, ce que le maestro et ses deux enfants y ont tant de fois partagé et ses retrouvailles autour de l’absente si présente et si bienveillante, donnent à cette soirée quelque chose qu’aucun mot ne pourrait réellement décrire, d’autant plus que chacun de nous l’aura perçu à sa manière. Ferran Savall reprenant El Testament d’Amelia chanté par sa mère en un murmure, Arianna guettant les regards de son père et les regards que posent ce dernier sur ses enfants lorsqu’il pose sa viole et les écoute relève de l’insondable mystère de l’âme qui s’abandonne à ses souvenirs. La joie de vivre de certains chants traditionnels du nord que Petter Udland Johansen interprète avec une si flamboyante énergie, fait surgir comme autant de fées et de trolls qui se chamaillent pour mieux danser autour d’un feu qui illumine les nuits d’hiver et qui parviennent à tenir tête à cette si douloureuse mélancolie qui tente de s’emparer des cœurs… que pourrait-on dire de ce concert, sans révéler de soi ce mystère qu’il nous permet de découvrir ? La si belle berceuse bretonne O Sonjal qu’interprète avec une indicible poésie Jordi Savall arrête le temps tout comme cette version de Üsküdar que nous donnent les musiciens, ou Noumi noumi yaldatii ou les improvisations de Ferran Savall, ou la surprise que nous fait David Mayoral lorsqu’il nous révèle son très beau timbre en prêtant sa voix à un air traditionnel américain. D’ailleurs, il me faut être franche, la voix si claire, si cristalline d’Arianna, le son de sa harpe si limpide et indicible, ses doigts d’Ondine qui courent de feuilles en feuilles comme une brise légère, m’ont alors depuis bien longtemps transportée par-delà le temps dans un monde que le temps avait effacé et que ce concert me permet de retrouver…. La conscience d’être se fait autre et ce que la musique nous donne dans un tel moment, ne saurait faire l’objet d’une chronique. La promesse que Montserrat Figueras me demanda de lui faire prend ici tout son sens. La viole, les voix et les instruments qui les accompagnent chantent en compagnie des voix du vent l’éternité retrouvée et  « je goûte en les écoutant ce goût unique de l’ineffable ». Les mots s’effacent… Mille e mille volte grazie. Une chose est certaine ce soir les interprètes ici réunis ont trouvé l’équilibre parfait et ont réalisé le concert que nous avons tous rêvé d’entendre une fois dans notre vie, parce qu’aucun sablier ne peut résister à tant de beauté et de générosité.

@ Monique Parmentier

Le dernier concert est celui du retour vers le temps qui s’écoule et le monde contemporain. Certes il est une étape magnifique, tant les pièces sélectionnées pour illustrer ce Guerre et Paix II consacré au Saint Empire Romain-germanique et aux règnes de deux de ses grandes personnalités politiques, Maximilien Ier et son petit-fils Charles Quint, sont superbes. Le choix des couleurs instrumentales et vocales soulignent avec brillance et exaltation, la gloire, l’orgueil, les doutes et la déchéance des hommes fussent -ils des souverains absolus. Le concert suit le fil de la vie de ces deux souverains et les évènements majeurs qui bouleversèrent l’Europe durant leurs règnes respectifs. Maximilien en Empereur Chevalier va régner en disposant d’atouts que son petit-fils n’aura pas l’obligeant à s’affirmer avec plus de détermination et de violence. Tous deux devront faire face à des temps troublés, mais tous deux étaient princes de grande culture. Le plus connu des compositeurs illustrant le règne du premier est Heinrich Isaac, auquel Jordi Savall a consacré il y a peu un CD magnifique, la musique de quelques anonymes sépharades ou médiévaux et Josquin des Prez se prêtent également à dépeindre ce dernier grand souverain d’une époque qui se meurt, mais qui est également l’aube d’une époque de grands bouleversements, la Renaissance. Cristobal de Morales, Adrian de Willaert, Antonio de Cabezon, Josquin des Prez, Hieronimus Parabosco, Thoinot Arbeau viennent illustrer les ombres et lumières du règne de Charles Quint. On retrouve le brillant des Sacqueboutiers de Toulouse (Jean-Pierre Canihac, Béatrice Delpierre, Daniel Lassalle, Elies Hernandis) pour illustrer les armures rutilantes et le fracas des combats avec toujours autant de brio, accompagnés par les percussions expressives de David Mayoral. Cet artiste tout au long du festival, nous aura fait entendre la richesse sonore des percussions de leurs grondements à leurs murmures, de leurs déflagrations à leur extrême délicatesse. Les violes de Jordi Savall et Philippe Pierlot, conversent gravement et librement sur les affects qui dévorent les âmes les plus secrètes et nous dépeignent cette mélancolie des regrets qu’ils soient d’amour ou de pouvoir et plus encore cette quête spirituelle de l'Homme fûssent t-ils des empereurs, face à la mort qui les attend. A la doulciane, Joaquim Guerra, vient apporter de la profondeur à l’ensemble. Les couleurs d’Hesperion XXI sont également ici complétées en gravité par le violone de Lorentz Duftschmid et l’orgue de Marco Vitale, tandis qu’à la vihuela et la guitare, Xavier Díaz -Latorre, fait danser cette Renaissance.

@ Monique Parmentier

La distribution vocale parfaitement équilibrée, -composée de Lucia Martin, Soprano ; Vivabiancaluna Biffi, Kristin Mulders, mezzosopranos ; Pascal Bertin et David Sagastume, contreténors ; Victor Sordo et Lluís Vilamajó, ténors ; Furio Zanasi, baryton et Daniele Carnovich, basse -, joue avec bonheur sur des nuances et des couleurs qui permettent de souligner la dramaturgie de cette fresque qui achève avec panache, cinq jours et nuits de pure joie musicale.

Ce texte, vous l’aurez compris en le lisant, n’a pas été écrit comme une critique, mais bien comme une chronique du Temps retrouvé, du partage et de l’harmonie. Elle me permet de dire mon immense reconnaissance à toutes celles et ceux qui permettent au Festival Musique & Histoire, pour un dialogue interculturel d’exister et de se renouveler année après année et bien évidemment au Maestro Jordi Savall et son épouse Maria Bartels. Merci aux musiciens et chanteurs, et aux équipes administratives et techniques. Un grand merci à ceux qui nous reçoivent et dont l’hospitalité est un don précieux, les familles d’Andoque de Sériège et Fayet, et tout particulièrement à Laure d’Andoque et Antoine Fayet, co-gérants du domaine, leurs représentants. Merci aux bénévoles dont on retrouve chaque année pour notre plus grand bonheur le sourire et la gentillesse. Merci aux partenaires et mécènes qui donnent aux artistes cette possibilité de nous enchanter. Merci, tout simplement merci à toutes celles et ceux que je pourrais oublier mais qui font que ce Festival peut se tenir et se tient dans cette ambiance si particulière, celle d’un ailleurs, qui nous libère d’un quotidien souvent oppressant le temps d’un instant.

« La main mouvante écrit. Et va, ayant écrit. Ni ta piété ne la saura, ni ton esprit fléchir pour qu'elle remonte à la ligne et l'efface. Ni tes pleurs d'un seul mot n'en laveront la trace." Omar Khayyâm.

Par Monique Parmentier

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Jordi Savall, Fontfroide 2018 : Des larmes des Elysiques à une joie parfaite

6 Août 2018 , Rédigé par Parmentier Monique Publié dans #Chroniques Concerts

@ Monique Parmentier

Chaque année depuis désormais 13 ans se tient en l’abbaye cistercienne de Fontfroide dans l’Aude, du 15 au 20 juillet, le Festival Musique et Histoire, pour un dialogue interculturel. La thématique cette année retenue Identités du Symbolisme à l’Humain, invitait à un long voyage sur les chemins de l’exil et les réponses de la musique et de l’imaginaire face à la déchirure et aux tragédies du déracinement, à cette redécouverte de soi et de l’autre par-delà l’inconnu, de l’étrange étranger qui sommeille en chacun de nous.

Sur un thème qui peut paraître aussi dramatique, où les larmes et les souffrances tant  physiques que psychologiques, sont aussi prégnantes, la musique, la poésie et la philosophie ont été unies par Jordi Savall, le créateur de ce festival, pour redonner à la joie du partage, du vivre ensemble, toute sa place dans la Cité, dans les cœurs meurtris et les âmes égarées.

@ Monique Parmentier

A Fontfroide, tout commence en fin de matinée du 15 juillet, au Zénitude hôtel de Narbonne qui devient en un instant une tour de Babel, où subitement arrivent des musiciens venant des quatre coins du monde, et où les langues de chacun se mettent à chanter la joie de se retrouver. Il faut avoir vécu ces moments de retrouvailles pour connaître tout ce qui fait la personnalité de ce festival si cher au cœur de son public. Chaque année est différente, mais chaque année l’on retrouve ce sentiment si propre à Fontfroide d’une famille qui se retrouve, avec quelques nouveaux membres et ces anciens qui savent les mettre à l’aise.

Tout semble se faire dans un mouvement qui semble précipité, il faut aller vite, les répétitions à l’abbaye qui se trouve à plusieurs kilomètres de la ville, déposée dans la garrigue attend ces musiciens et pourtant déjà, quelque chose qui va au-delà de l’urgence s’empare de chacun… cette communion entre tous, qui par la musique va arrêter le temps et nous séparer du monde réel.

@ Monique Parmentier

La programmation propose tout à la fois des concerts en après-midi et en soirée et s’est enrichie depuis l’année dernière d’un cycle de conférences dont les invités se sont montrés tous plus passionnants les uns que les autres. La première d’entre elle réunissait Edgar Morin sociologue et philosophe français et Philippe-Jean Catinchi, historien et journaliste au Monde, autour du thème Guerres irrégulières au XXIe siècle ; quels chemins pour la Concorde et la Paix ? Avec le brio qui le caractérise notre confrère du Monde a su mener la conversation avec celui qui nous interpelle et interroge toujours avec autant de force de conviction, alors qu’il a désormais 97 ans, par la portée de son analyse d’un monde qui se déchire. Le penseur parvient à nous présenter, sans porter de jugement sur les belligérants, la complexité de ces guerres qui de conflits entre états, sont entrés, à la fin de la Seconde guerre mondiale, dans un processus aux origines multiples. De cette présentation a alors pu battre le cœur même de ce qui anime le festival, « quels chemins pour la Concorde et la Paix » ? A chacun d’entre nous de méditer encore longtemps sur les pistes proposées afin peut-être de pouvoir apporter chacun notre part du Colibri, afin de parvenir à l’harmonie entre les hommes et entre les hommes et leur environnement.

@ Monique Parmentier

La seconde conférence aura été aussi marquante. Maria Bartels, l’épouse de Jordi Savall est une philosophe hollandaise passionnante à écouter, aux références d’une grande sensibilité. Elle a introduit dans les débats proposés une version mystique et poétique de « l’humanisme au XXIe siècle et de la place de l’artiste dans la société ». Néo-platonicienne dans l’âme, elle souligne avec tant de beauté cette perception de l’art, entre onirisme et passion, qui crée ce lien entre l’éternité et l’éphèmère à l’origine de l’art et du geste de l’artiste. Face à elle, la musicienne, chanteuse syrienne Waed Bouhassoun a répondu par un cas concret, le projet Orpheus XXI (dont j’ai chroniqué en novembre le concert « inaugural » au Musée de l’immigration à Paris) qui a été un des programmes phares du festival, et qui est en fait cette utopie voulu par le maestro, suite à sa visite dans deux camps de réfugiés à Calais en France le 16 avril 2016 et en Grèce quelques jours plus tard. Orpheus XXI permet à des musiciens professionnels réfugiés ou immigrés en Europe, de disposer des moyens pour développer un vrai projet professionnel et humain, sous l’égide de la Saline Royale d’Arc et Senans qui les accueillent en résidence. Ils y bénéficient d’un encadrement matériel et pédagogique pour faire connaître leur répertoire auprès des européens et transmettre aux jeunes générations cette identité musicale et poétique dont la richesse et la diversité sont des atouts majeurs pour permettre à chacun de vivre en paix avec soi et avec l’autre. Nous y reviendrons à propos du concert du 16 juillet au soir.

@ Monique Parmentier

Pour clore ce cycle de conférence, le philosophe et critique littéraire italien Nuccio Ordine accompagné de Jordi Savall, nous a interpellés sur la place perdue de « l’inutile » tant dans les cursus universitaires que dans notre société. Sur le thème « Retrouver les Racines de l’Europe au XXIe siècle, Culture contre globalisation : « L’utilité de l’inutile », il a rappelé combien la culture, l’art, la musique, l’éducation doivent reprendre leurs droits à être essentiel pour vivre… bien plus que ce besoin de se connecter à tout prix ou d’être rentable pour avoir le droit d’exister. A quoi sert la musique ? A rien aux yeux des affairistes, ce à quoi nous répondons à ses côtés, à vivre tout simplement… à vivre, à rêver, à partager.

Ces conférences ont été très suivies par le public des concerts de l’après-midi, conquis par des orateurs qui ont su redonner à l’espace public une vibration toute particulière, celle de l’écoute et de l’ouverture, et plus encore celle d’un instant où l’on s’arrête pour prendre le temps de l’inutile.

@ Monique Parmentier

Cette année en raison du caractère exceptionnel du premier concert « du soir » dont nous reparlerons, il n’y a eu que quatre concerts de fin d’après-midi. Du premier, Carte blanche aux musiques de Chypre, il me reste surtout un sentiment de quiétude et de beauté. Des voix des deux chanteuses, c’est tout particulièrement, la vocalité fascinante et singulière de Katerina Papadopoulou qui m’aura marquée. Il émane de ces mouvements de danse dont elle s’accompagne, une sensualité irréelle et inspirée. Son chant et ses pas de danse si fluides ensorcellent le public. Sa voix est empreinte d’une étrange mélancolie d’ombres irisées que parfois vient fendre comme un éclat de verre une lumière insaisissable. Mais le charme du chant d’Eda Karaytuğ est également une bien belle découverte et elle forme de très captivants duos, avec sa consœur grecque. Ces duos si riches en nuances si douces, nous rappellent que Chypre est une terre de rencontres entre deux cultures (grecque et turque) que l’histoire et surtout des chefs de guerre ont opposé, alors que toutes deux filles de Méditerranée ont tant de points communs, dont bien évidemment ces sentiments qui font de l’être humain un miracle de la vie, de la colère au rire, de l’amour aux chagrins, de la joie à la mort. Les 4 musiciens -Dimitri Psonis, au santur, saz, laouto ; Michalis Louloumis au violon ; Vaggelis Karipis aux percussions et Urdal Tokcan à l’oud- qui les accompagnent sont des maîtres grecs, turcs et chypriotes de ce répertoire dont le fascinant métissage se marie avec bonheur aux murmures des cigales et du vent à l’extérieur du Réfectoire où se tient le concert.

@ Monique Parmentier

C’est dans ce même lieu que le lendemain nous retrouvons pour une carte blanche à la musique syrienne Waed Bouhassoun (au chant et à l’Oud), Moslem Rahal (au ney) et Neset Kutas (aux percussions). Reprenant en partie le répertoire de leur CD, la Voix de la passion chez Buda Musique en rajoutant des percussions, les trois musiciens nous invitent à suivre les pas des bédouins et des seigneurs du sable, sur les routes du vent et du commerce. Lien de fraternité et d’échanges, permettant les rencontres les plus improbables et les plus riches, la musique et le conte tiennent une place vitale et unique dans cet univers de l’ailleurs si mouvant et où le temps se rythme au pas des dromadaires.

Waed Bouhassoun prend tout au long du concert régulièrement la parole pour évoquer les sources du répertoire interprété. Mais ce que l’on a, plus que tout envie de retenir, c’est cette amicale complicité entre les musiciens, ce murmure lancinant du ney, le bruissement si grave et profond des percussions, la voix si captivante de Waed Bouhassoun, qui interprète certaines pièces en duo avec Moslem Rahal. Ce dernier après une très brève présentation des nombreux "Ney" qu’il conçoit pour mieux accompagner le chant de la poétesse, se lance dans un solo d’une rare virtuosité. A capella ou s’accompagnant à l’Oud pour la poésie classique arabe qu’elle met elle – même en musique, la chanteuse, dont l’art du chant n’est pas sans nous rappeler la grande Oum Kalthoum, nous offre des instants d’une ardente émotion. Le second bis est une reprise en duo d’Üsküdara, une mélodie qui a fait le tour de la Méditerranée, reprise par l’ensemble de ces civilisations du Livre, qui en ont tour à tour fait, une chanson d’amour, une prière, une complainte… et que Jordi Savall depuis de nombreuses années reprend dans ses programmes, dans l’ensemble des langues des musiciens qui l’accompagnent. Ici Waed à l’oud et au chant, Moslem au chant, accompagnés du cœur palpitant des percussions, nous en livrent une version sur le fil des larmes et de la tendresse, le frémissement du sable et du vent.

@ Monique Parmentier

Le troisième concert de l’après-midi a pu se faire en terrasse dans des conditions météorologiques qui ont permis de retrouver ce charme si particulier des lumières et du chant de la nature si propre à Fontfroide. Du ciel bleu recouvert très vite par les nuages menaçants d’un orage qui allait dans la soirée se déclarer avec une rare violence, les deux musiciens, -  afghan pour le premier et franco-indien pour le second-, avaient carte blanche pour nous initier à la musique indienne et afghane. Entre improvisations et pièces classiques et populaires, Daud Sadozai au sarod et Prabhu Edouard aux tablas, nous ont offert un concert splendide et fascinant.

Malgré la guerre et les destructions, la musique traditionnelle d’Afghanistan est toujours bien vivante et un maître comme Daud Dadozai est là pour le démontrer. L’art, la beauté triomphent toujours en restant fidèle à leurs sources. Dans ce pays où la musique résonnait dans les rues, accompagnait la danse ou la prière, était si présente dans les cercles soufis, pouvait-il en être autrement.

@ Monique Parmentier

En Afghanistan, la musique est née et s’est développée autour de grands centres culturels tel Kaboul ou Herât, une ville proche de la frontière iranienne. Le rabab dont s’accompagne le maître est un instrument de la famille du luth. Entre virtuosité et poésie, cette musique chante l’amour sous toutes ses formes, ne détient-elle pas selon le poète Rumi des centaines de milliers de secrets d’amour. Parce qu’elle participe au mystère, elle invite à la contemplation. Les deux musiciens nous ont offert des instants de pure rêverie, se jouant des éléments lorsque le temps est brutalement devenu orageux, pour mieux nous inviter à échapper aux contingences terrestres. Ils nous ont permis de partager l’empathie de l’amour vrai quel qu’il soit, les noces spirituelles de la nature et de l’esprit, d’une nature tout aussi farouche et évanescente que cet amour vrai.

@ Monique Parmentier

Le dernier concert de l’après-midi était consacré à la musique bulgare. C’est le seul concert, qui aura totalement profité des belles lumières, un rien mélancolique des jardins et collines de Fontfroide. Contrairement aux autres années, ou bien souvent la brume venait recouvrir de tristesse la dernière journée, cette année, c’est cette dernière journée qui nous aura offert ses plus belles lumières. Une chanteuse, Stoimenka Nedyalkova et trois musiciens, Nedyalko Nedyalkov au kaval (flûte), Peter Milanov, au tambour et Stoyan Yankulov aux percussions, nous ont présenté un très beau kaléïdoscope du répertoire des Balkans. On y retrouve cette tendre nostalgie, cette joyeuse ivresse, cette musique dorée comme le blé du temps des moissons. Une fois encore la magie opère sur le public qui se laisse emporter par la remarquable virtuosité des musiciens et tout particulièrement celle de Nedyalko Nedyalkov, virtuosité dont la seule raison d’être est d’inviter au songe et de nous transporter dans le plus ésotérique des jardins imaginaires, celui de la concorde.

 Par Monique Parmentier

NB : Je prie les artistes et conférenciers de m'excuser pour les photos qui n'illustrent pas les concerts et conférences et/ou le flou de mes photos amateurs.

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L'éphémère éternité de la beauté

13 Mai 2018 , Rédigé par Parmentier Monique Publié dans #Divers

WILLY RONIS en 1948

Dans ce monde si cynique, il m'arrive de repartir en quête de poésie... lorsque je sens combien le présent me pèse dans toute sa brutalité. Et voici, que quelques photographies de Paris réalisées par WILLY RONIS en 1948 me bouleversent et m'interpellent. Et ces quelques mots de Marie de Heredia :

"Ah ! terrasses ! jardins d’avril et de paresse,
Ne reste-t-il rien de moi parmi le vent ?
Que deviendront mes pas et mon rêve émouvant,
Et ma tendresse, et ma tendresse, et ma tendresse ?"
me murmurent ce qui me trouble.

 

 

 

@ Willy RONIS - 1948 Paris

Qu'est - il arrivé à notre monde pour qu'autant de cynisme l'enferme dans une violence que même la parole n'en est plus qu'une parole "libérée", odieuse sans plus aucune poésie et tendresse, onirisme et altruisme. Plus rien ne semble retenir la bassesse, l'horreur et alors même que nous avons la mémoire de la douleur et du bonheur, de la laideur et de la beauté de tous ces siècles passés, le soi-disant "parler vrai" écrase la poésie, comme nos modes de vie font disparaître les oiseaux, les abeilles de nos campagnes, les cétacées des océans, la vie dans toute sa diversité. L'espoir de vivre mieux, redevient une lutte, au lieu d'être une simple évidence.

Dans quelques mois, nous célébrerons le centenaire de l'armistice du 11 novembre. La fin de ce que nous jurions, non seulement de ce que nous imaginions la pire boucherie humaine, mais la main sur le coeur à tout jamais la certitude que nous ne recommencerions pas.

@ Willy RONIS - 1948 - Paris

Jamais nos femmes et hommes politiques n'ont tenu des propos aussi brutaux et méprisants, loin de ce désir profond des femmes et des hommes de vivre en paix, dans un monde Harmonie... Alors tout en écoutant Debussy, je m'abîme dans cette tendresse infinie de ces images et de ces poèmes qui nous disent que d'autres choix sont possibles, ceux de la beauté et de la générosité.

Plus que jamais nos élites intellectuelles, devraient méditer ces paroles d'Albert Camus, car elles portent une lourde responsabilité à mes yeux, de cette parole "dévoyée" : "

"J'essaie en tout cas, solitaire ou non, de faire mon métier, et si je le trouve parfois dur, c'est qu'il s'exerce principalement dans l'assez affreuse société intellectuelle où nous vivons, où on se fait un point d'honneur de la déloyauté, où le réflexe a remplacé la réflexion, où l'on pense à coups de slogans, et où la méchanceté essaie trop souvent de se faire passer pour l'intelligence".

@ Willy RONIS - 1948 - Paris Rue Villin

Et dans ces passants baignés de lumière, je ne peux m'empêcher de songer à ces vers de Claude Ptolémée, vieux de plusieurs siècles. " « moi qui passe et qui meurs/Je vous contemple étoiles !/ …Je m’associe, infime à cette immensité/Je goûte en vous voyant, ma part d’éternité ». Il ne tient qu'à chacun d'entre nous de refuser de céder à l'avilissement et de réenchanter ce monde, cette planète "bleue comme une orange".

Ces photographies, ces poèmes, la musique de Debussy sont autant d'appels à s'ouvrir à l'éphémère éternité de la beauté.

Mais il me semble que désormais, il y a vraiment urgence.

"Étoile qui passes d’un arbre à l’autre
filant ton chant léger
la maison prend le large
et les enfants à la fenêtre
montrent du doigt le point du ciel
aussi doux que des lèvres
où la parole est née
".

Daniel Boulanger - Retouches

Actuellement se tient une rétrospective Willy Ronis par Willy Ronis et ce jusqu’au 29 septembre au Pavillon Carré Baudoin - 121 rue de Menilmontant - visite gratuite

Par Monique Parmentier

 

 

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Le jardin mouillé - Henri de Régnier

13 Mai 2018 , Rédigé par Parmentier Monique Publié dans #Poésie et Littérature

@ Monique Parmentier

La croisée est ouverte ; il pleut
Comme minutieusement,
A petit bruit et peu à peu,
Sur le jardin frais et dormant,

Feuille à feuille, la pluie éveille
L’arbre poudreux qu’elle verdit ;
Au mur, on dirait que la treille
S’étire d’un geste engourdi.

L’herbe frémit, le gravier tiède
Crépite et l’on croirait là-bas
Entendre sur le sable et l’herbe
Comme d’imperceptibles pas.

Le jardin chuchote et tressaille,
Furtif et confidentiel ;
L’averse semble maille à maille
Tisser la terre avec le ciel.

Il pleut, et, les yeux clos, j’écoute,
De toute sa pluie à la fois,
Le jardin mouillé qui s’égoutte
Dans l’ombre que j’ai faite en moi.

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Les racines de la Liberté, de la création et de la Civilisation... les différences

1 Mai 2018 , Rédigé par Parmentier Monique Publié dans #Poésie et Littérature

"Je ne crois qu'aux différences, non à l'uniformité. Et d'abord, parce que les premières sont les racines sans lesquelles l'arbre de liberté, la sève de la création et de la civilisation, se dessèchent".

---- Albert Camus, Appel pour une trêve civile (1956)

Albert Camus, manque tant à notre monde, à notre temps. Il me manque tant. Chaque jour qui passe me laisse un peu plus en un profond désarroi. Je me sens si étrangère à tout ce vide et ce narcissisme ambiant. Les collines de mon sud, les roses blanches des Elisyques m’appellent, semblent me murmurer ... des souvenirs de ce qui n’est plus ou n’est pas encore. Puisse la poésie et la musique, les voix du vent et les rêves enchantés vaincre un jour l’absurde barbarie et les peurs démentes qui empêchent les hommes de vivre en harmonie.

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Vue des toits du Château de Versailles

17 Avril 2018 , Rédigé par Parmentier Monique Publié dans #Versailles

@ Monique Parmentier

J'ai eu la chance exceptionnelle de pouvoir monter en compagnie d'un conservateur du château de Versailles, il y 5 ans, sur les toits du plus superbe de tous les châteaux. Je vous livre quelques photos que j'ai pu réaliser à cette occasion.

@ Monique Parmentier

Je ne suis que trop consciente de la chance que représente une telle visite, qui même pour des VIP serait aujourd'hui impossible pour des raisons de sécurité.

La beauté de l'horizon, le sentiment de flotter dans les airs, découvrir des détails des sculptures de la Chapelle Royale avant l'évocation de sa restauration qui à l'époque était plus qu'espérée... Tout cela est unique. Sujette aux vertiges, le conservateur du château m'avait réservé une magnifique surprise. Il m'avait invité à un concert privé. Car historien, il est aussi musicien et interprète avec un réel talent des pièces du répertoire baroque à l'orgue. Ce jour là, avec toutefois beaucoup de concentration, j'ai oublié mes vertiges.

Nous avons donc fait un circuit autour de la Chapelle Royale et entre cette dernière et l'Opéra royal.

 

@ Monique Parmentier

La Chapelle Royale qui est une chapelle palatiale a été construite à la fin du règne du Roi soleil, elle fut terminée en 1710.

Elle est dédiée à Saint Louis.

Le plan extérieur de l’édifice, sa situation dégagée, la hauteur du bâtiment, ses arcs-boutants, ses gargouilles, sa toiture et son lanternon sont autant d'éléments qui font référence à l’architecture palatine.

 

 

@ Monique Parmentier

 

"Le roi n’y descendait que pour les grandes fêtes religieuses où il communiait, pour les cérémonies de l’ordre du Saint-Esprit, pour les baptêmes et pour les mariages des Enfants de France qui y furent célébrés de 1710 à 1789.

@ Monique Parmentier

Au-dessus de l’autel, autour de l’orgue de Cliquot orné d’un beau Roi David en relief et dont les claviers ont été tenus par les plus grands maîtres comme François Couperin, la musique de la Chapelle, renommée dans toute l’Europe, chantait quotidiennement des motets tout au long de l’office." (Château de Versailles spectacles).

Louis XIV en avait rêvé mais c'est Louis XV qui fit construire l'Opéra Royal. Alors que le domaine avait déjà connu de très nombreuses fêtes dont les légendaires fêtes de l'Ile enchantée, aucun lieu définitif n'avait été trouvé pour décor des spectacles et grands dîners d'apparats.

L'Opéra royal fut inauguré en 1770 à l'occasion du mariage du futur Louis XVI et de de l'archiduchesse d'Autriche, Marie - Antoinette.

 

Monique Parmentier

 

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Les mystères de la poésie - Rainer Maria Rilke

16 Mars 2018 , Rédigé par Parmentier Monique Publié dans #Poésie et Littérature

@ DR

Une amie très chère m’a rappelé ce très beau texte de  Rainer Maria Rilke. Écrire des poèmes, je m’y suis parfois essayée, sans parvenir au sentiment d’avoir trouvé les mots jusqu'à présent, pour les partager :

«  Pour écrire un seul vers, il faut avoir vu beaucoup de villes, d’hommes et de choses, il faut connaître les animaux, il faut sentir comment volent les oiseaux et savoir quel mouvement font les petites fleurs en s’ouvrant le matin. Il faut pouvoir repenser à des chemins dans des régions inconnues, à des rencontres inattendues, à des départs que l’on voyait longtemps approcher, à des jours d’enfance dont le mystère ne s’est pas encore éclairci, à ses parents qu’il fallait qu’on froissât lorsqu’ils vous apportaient une joie et qu’on ne la comprenait pas ( c’était une joie faite pour un autre ), à des maladies d’enfance qui commençaient si singulièrement, par tant de profondes et graves transformations, à des jours passés dans des chambres calmes et contenues, à des matins au bord de la mer, à la mer elle-même, à des mers, à des nuits de voyage qui frémissaient très haut et volaient avec toutes les étoiles – et il ne suffit même pas de savoir penser à tout cela. Il faut avoir des souvenirs de beaucoup de nuits d’amour, dont aucune ne ressemblait à l’autre, de cris de femmes hurlant en mal d’enfant, et de légères, de blanches, de dormantes accouchées qui se refermaient. Il faut encore avoir été auprès de mourants, être resté assis auprès de morts, dans la chambre, avec la fenêtre ouverte et les bruits qui venaient par à-coups. Et il ne suffit même pas d’avoir des souvenirs. Il faut savoir les oublier quand ils sont nombreux, et il faut avoir la grande patience d’attendre qu’ils reviennent. Car les souvenirs ne sont pas encore cela. Ce n’est que lorsqu’ils deviennent en nous sang, regard, geste, lorsqu’ils n’ont plus de nom et ne se distinguent plus de nous, ce n’est qu’alors qu’il peut arriver qu’en une heure très rare, du milieu d’eux, se lève le premier mot d’un vers. »

– Pour écrire un seul vers (1910), Les Cahiers de Malte --Rainer Maria Rilke

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Jardins d'ici et d'ailleurs : une invitation au voyage

8 Mars 2018 , Rédigé par Parmentier Monique Publié dans #Divers

@Arte

Depuis quelques jours, Arte diffuse une troisième saison d'une série documentaire, Jardins d'ici et d'ailleurs, qui nous invite à une promenade dans des jardins remarquables à travers le monde. Créée par la productrice Sylvie Steinebach, elle est co-produite par Arte et Bo travail. Cette série est à mes yeux une pure merveille, une véritable invitation au voyage, à la rêverie et à l'émotion. Je vous la recommande, tant elle nous offre de véritables instants d'évasion et de plénitude. Descendante de plusieurs générations de jardiniers, je retrouve ici les parfums, les couleurs, les saveurs qui émanent de la féerie que peuvent nous donner ces lieux utopiques et initiatiques par excellence.

Du lundi au vendredi, en fin d'après-midi, l'architecte paysagiste Jean-Philippe Teyssier, nous invite à le suivre dans des univers riches et généreux, où la créativité des jardiniers et des paysagistes nous étonnent et éveillent en nous des émotions à fleur de peau. Chaque jardin, est une source d'inspiration et de rêverie, pour celles et ceux qui permettent à ces jardins d'exprimer la beauté et la luxuriance de la diversité, mais aussi pour chaque visiteur, fusse-t-il virtuel. Si certains de ces jardins sont extrêmement célèbres, d'autres le sont beaucoup moins. Si la première saison nous avait amené de l'Alcazar à Séville au parc de la Tête d'or en France, en passant par le jardin de Quinta da Regaleira à Sintra au Portugal, et la seconde saison du Maroc à l'Italie en passant par l'Iran, cette troisième saison s'annonce tout aussi passionnante et extraordinaire. Les interventions des spécialistes (botanistes, urbanistes,...), mais aussi héritiers de ces jardins, mais égalements auteurs, romanciers et artistes, nous ouvrent des horizons, sur tout ce qui fait du Jardin, un lieu hors du temps et des contingences terrestres, un lieu de méditation, mais aussi de curiosités et d'une science qui parfois se pare des couleurs et mystères de l'enchantement. Chaque nouvel épisode, esquisse les portraits de celles et ceux qui ont imaginés, créés, transformés, restaurés ces jardins tous uniques.

@ Le Monde

Chaque épisode débute par cette phrase de présentation, de notre guide, Jean-Philippe Teyssier :  "Je suis architecte-paysagiste, je vous invite à un voyage dans l'art des jardins, à la rencontre de ceux qui les font vivre, les étudient et les imaginent." Et tout au long de cette belle aventure, ce spécialiste, se révèle à l'écoute de chaque intervenant et des paysages, participant ainsi à notre envie de prolonger encore ce voyage, par de  nouvelles découvertes. Alors n'hésitez pas, suivez le lors de chaque première diffusion en replay sur Arte. Laissez votre imagination ouvrir votre regard à toutes ces beautés fragiles et éternelles. Parmi les merveilles de cette nouvelle saison, les jardins du manoir de Sezincote en Angleterre reflète parfaitement la poésie, l’esprit de cette si belle série. 

Voici un univers profondément baroque, à ne surtout pas manquer.

Par Monique Parmentier... « la fille d’un jardinier »

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Ithaque, extrait d’un poème de Cavafy traduit par Marguerite Yourcenar

3 Mars 2018 , Rédigé par Parmentier Monique Publié dans #Poésie et Littérature

 

@ Monique Parmentier

Quand tu partiras pour Ithaque,
souhaite que le chemin soit long,
riche en péripéties et en expériences.

Ne crains ni les Lestrygons, ni les Cyclopes,
ni la colère de Neptune.
Tu ne verras rien de pareil sur ta route si tes pensées restent hautes, si ton corps et ton âme ne se laissent effleurer
que par des émotions sans bassesse.
 
Tu ne rencontreras ni les Lestrygons, ni les Cyclopes,
ni le farouche Neptune,
si tu ne les portes pas en toi-même,
si ton cœur ne les dresse pas devant toi....
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