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Le blog de Susanna Huygens

Bonne année 2014

31 Décembre 2013 , Rédigé par Parmentier Monique Publié dans #Divers


Fontfroide-152.JPGJe voulais à l'aube de l'année nouvelle et alors que je m'apprête à m'absenter pour 48 heures, d'abord vous remercier chères lectrices et lecteurs qui de France et de contrées lointaines qui me font rêver, me faites l'honneur de prêter quelques attentions à ce que je souhaite partager avec vous... Une musique du coeur et de l'âme.
 
Je tiens aussi à remercier les artistes et les attachés de presse qui tout au long de l'année 2013, m'ont offert des instants merveilleux, qui ont enchanté mon quotidien.
 
L'année 2013 me fut belle et ne pas le reconnaître serait profondément injuste. Mais je sais aussi que beaucoup d'être humains, ainsi que notre environnement, souffrent. Il m'est impossible de l'oublier, car je me sens profondément citoyenne de ce monde.
 
La beauté est là pourtant à notre portée. Alors c'est avec les mots des poètes, et quelques photos prisent en 2013 que je viens aussi ici, avec certes du coup un peu d'avance... -et j'espère que vous ne m'en voudrez pas pour cela-, vous souhaiter une très belle année 2014. Puisse-t-elle vous apporter tout le bonheur que vous en espérez. J'espère que la musique sera pour vous une source de joie et d'harmonie.
 
Fontfroide 244La terre est bleue comme une orange
Jamais une erreur les mots ne mentent pas
Ils ne vous donnent plus à chanter
Au tour des baisers de s’entendre
Les fous et les amours
Elle sa bouche d’alliance
Tous les secrets tous les sourires
Et quels vêtements d’indulgence
À la croire toute nue.
Les guêpes fleurissent vert
L’aube se passe autour du cou
Un collier de fenêtres
Des ailes couvrent les feuilles
Tu as toutes les joies solaires
Tout le soleil sur la terre
Sur les chemins de ta beauté.
Paul Eluard, L’amour la poésie, 1929

Mediterranee "La Méditerranée a toujours été ce creuset où ce sont des rencontres, des échanges qui pourraient se faire / l’or de la pensée enfin vraie si obstinément désirée et si constamment trahie par la société humaine » Yves Bonnefoy.... "

C'est très important le rire, il brise le mur de la peur, de l'intolérance et du fanatisme." Tahar Ben Jeloul
 
"Mon Dieu ! Donnez-nous une passion ! Qu’elle vienne de l’étrange ou de l’inconnu, qu’elle soit forte et belle, qu’elle fabrique du bonheur ou de la folie, mais qu’elle soit là sur notre chemin, tant que nous avons l’énergie de défier les impossibles, d’imaginer le rêve et d’en être jusqu’à la fin." Tahar Ben Jeloul

Merci à tous.
Monique Parmentier
 
Rome 2013 196Le Cancre

Il dit non avec la tête
mais il dit oui avec le coeur
il dit oui à ce qu’il aime
il dit non au professeur
il est debout
on le questionne
et tous les problèmes sont posés
soudain le fou rire le prend
et il efface tout
les chiffres et les mots
les dates et les noms
les phrases et les pièges
et malgré les menaces du maître
sous les huées des enfants prodiges
avec les craies de toutes les couleurs
sur le tableau noir du malheur
il dessine le visage du bonheur. 
Jacques Prévert
 
 
 
 
 
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Orient-Occident II : Un cri, un chant d'amour dans le désert

28 Décembre 2013 , Rédigé par Parmentier Monique Publié dans #Chroniques CD

orient_occident_2.jpgOrient-Occident II : hommage à la Syrie

Jordi Savall - Hespérion XXI

Alia Vox

C'est avec un nouvel album d'Alia Vox, le tome II d'Orient-Occident que je peux et souhaite terminer 2013.

L'année dernière à la même époque ou presque, Jordi Savall nous offrait le livre/CD Pro Pacem. Rien n'a changé depuis, malgré ce magnifique plaidoyer pour la paix et le dialogue inter-culturel. Aujourd'hui et depuis plusieurs mois, des massacres sont perpétrés en Syrie, sans que l'Occident ne puisse trouver de réponse à l'appel au-secours du peuple syrien, ni d'ailleurs à celui de tous ceux qui nous proviennent des quatre coins de la planète, partout où les droits les plus fondamentaux des êtres humains sont violés.

waedbouhassoun02.jpgCe nouveau CD est l'occasion de nourrir encore et toujours cet appel à la raison et au partage, à la compréhension et à l'ouverture qui parcourt la vie du maestro catalan. Il nous permet de découvrir, un peuple par sa musique et sa poésie, par sa culture qui est la source de celle de l'Occident. Jordi Savall, artiste pour la paix de l'Unesco reprend son bâton de "pèlerin", pour rassembler autour de lui, dans un même objectif, celui de donner la parole à un peuple qui souffre, des artistes de toutes les origines du pourtour méditerranéen. Parmi eux, une chanteuse et musicienne syrienne qui nous a profondément marqué l'été dernier à Fondfroide : Waed Bouhassoun. Sa voix mystérieuse, aux accents sombres, doloristes et mélancoliques, nous avait bouleversé par son interprétation d'un chant syrien issu du désert et de la souffrance : Qalaq (Angoisse). Cet air figure aujourd'hui dans ce CD, comme d'autres poèmes syriens mis en musique, dont les volutes expriment tout à la fois toutes les émotions humaines, communes à tous les peuples et qui devraient nous rassembler : amour, joie, chagrins. Tout ici, nous ramène au cœur de ce qui fait la civilisation.

jordi savallDans le superbe livret qui accompagne ce nouveau CD, Jordi Savall nous offre à méditer cette citation de Milan Kundera issu de son Livre du rire et de l'oubli : "L'assassinat d'Allende éclipsa rapidement le souvenir de l'invasion russe de la Bohême, la tuerie sanglante du Bangladesh fit oublier Allende, la guerre du désert du Sinaï fit taire les pleurs du Bangladesh, la tuerie du Cambodge fit négliger le Sinaï, et cetera et cetera, jusqu'à l'oubli complet de tout par tous".

Les différents textes du livret enrichissent notre rapport à la musique, en nous rappelant certains des grands enjeux géo-politiques et humains, ainsi que les informations liées à cette guerre. Cela s'avère d'autant plus indispensable, que bien souvent nous sommes passés à côté, la tête enfouie dans nos soucis quotidiens et notre terreur viscérale de voir tôt ou tard ce conflit, comme d'autres avant lui, déborder sur l'Europe en paix.

Pourtant les chiffres parlent d'eux-mêmes et il y a urgence à ouvrir les yeux : "Aujourd'hui plus de 100 000 personnes sont mortes dans ce conflit, d'après le Secrétaire Général des Nations Unies, plus de 6 millions d'enfants sont affectés par d'immenses souffrances, 3,1 millions de jeunes touchés par le confit, quatre millions de personnes déplacées dans le pays et deux millions de réfugiés dans les pays voisins". Aussi terrifiant que soient ces chiffres, aussi nécessaire que soit l'indignation qu'ils ne peuvent que provoquer, rien pour l'instant ne semblent engendrer de réponses adéquates. Que faire ? Seul le peuple syrien peut guider l'Occident vers la solution à son désespoir. Encore faut-il l'entendre pour le comprendre. En attirant l'attention sur la beauté de l'univers syrien, Jordi Savall tente de favoriser une écoute et un dialogue.

39_Bayad.jpgLe répertoire retenue pour composer ce programme est d'un équilibre subtil, d'une noblesse altière et d'une splendeur bouleversante. Il est fait de musiques issues des cultures si proches et pourtant si lointaines du pourtour méditerranéen. Danses, prières, chansons, nous transmettent la perception de cet univers étrange et fascinant, où une poésie élégiaque et des douleurs absolues se côtoient. Les émotions s'y expriment avec pudeur et une sensibilité à fleur de peau.

Aux côtés de Jordi Savall, on trouve non seulement Waed Bouhassoun qui s'accompagne à l'Oud, mais également Moslem Rahal un flûtiste syrien (ney) virtuose et d'autres chanteurs et musiciens dont les instruments sont tous d'origines méditerranéennes et/ou orientales. Le Maroc, l'Italie, Israël, le Liban, la Turquie se trouvent ainsi rassemblés pour partager les plus belles valeurs qui soient. Un étrange envoûtement s'empare de nous en les écoutant. Cette musique nous ramène sur le bord de l'Euphrate, dans ces villes ensorcelantes toujours vivantes ou disparues - Damas, Bagdad, Alep... Mari, Babylone - là où sont nos origines.

po_etendart_ur.jpgCar c'est sur les rives de ce fleuve qu'est né l'agriculture,- ce dont témoignent les graines fossilisés du blé que les archéologues y ont retrouvés-, mais également l'écriture, l'alphabet et les premières bibliothèques. Dans ce pays vécurent les plus grands poètes arabo-islamiques. C'est en Syrie que sont nés les Mille et une nuits. 

L'éloquence des chanteurs fait renaître des jardins aux senteurs captivantes. Tous nous subjuguent par la pudeur et la distinction raffinée de leur engagement et de leur phrasé. Jamais l'angoisse n'a semblé aussi ténébreuse ni la pluie aussi sensuelle. Le timbre troublant de Waed Bouhassoun nous emporte dans ces univers sombres et mystérieux, où les vents du désert font miroiter les illusions, tandis que celui du chanteur Israélien Lior Elmaleh nous séduit par sa beauté apaisante et secrète. Le timbre lumineux de Oumeima Khalil est quand à lui une eau bienfaisante, quant à la voix rauque d'Haman Khairy, elle fait résonner comme un appel à la prière le désir de paix, confronté à l'amertume des amours trahis. Seul, en duo ou en trio, voici donc quatres artistes remarquables, dont la noblesse du chant est à l'image des enchantements et de l'âpreté de cet Orient. Elle évoque la soie et les parfums de ses souks animés, ces voyageurs venus de tous les coins de l'horizon qui se croisent sur des chemins de sable, rêvant d'un ailleurs où se partagerait l'ivresse de l'harmonie.

Driselmaloumi.jpgLes musiciens sont bien plus que de simples accompagnants, offrant une ligne de chant créative et captivante aux chanteurs. Jordi Savall nous offre ici une palette sonore chatoyante. La magie et l'intense vibration des couleurs d'Hespérion XXI, sont la chair et le sang des émotions. Le Ney et les flûtes de Moslem Rahal et Pierre Hamon se font ductiles et ensorcelantes. A l'Oud, Driss el Maloumi fait résonner dans des improvisations virtuoses, les eaux cristallines des oasis et la caresse du soleil du soir. La suavité de cet instrument intime est un appel à la méditation et à la rêverie que le musicien marocain partage avec Yair Dalal et Waed Bouhassoun. La limpidité céleste du santur et du qanum, est comme un voile diapré aux mille et un reflets. Tandis qu'aux percussions Pedro Estevan et Erez Shmuel Mounk nous font entendre le "battement vital" des âmes en dérive.

La direction généreuse et charismatique de Jordi Savall et son interprétation fine, irradiante, dramatique de la vièle et du rebab, dont il nous fait découvrir les trésors d'expressivité, nous invite au cœur d'un ailleurs, où enfin l'Harmonie et la paix régneraient. Cet ailleurs, a bien souvent eu pour nom chez des femmes et des hommes de culture : la Syrie.
 

Photo-iphone-529.JPG"Toute personne civilisée dans le monde à deux patries : son pays d'origine et la Syrie" André Parrot (1901-1980). "J'aime ce doux pays fertile et ses gens simples qui savent rire et profiter de la vie, qui sont indolents et joyeux, qui ont de la dignité, de la courtoisie, un grand sens de l'humour et pour qui la mort n'est pas si terrible". Agatha Christie

Comment conclure, si ce n'est en vous invitant grâce à ce CD, à renouer avec vos racines et surtout à ne pas renoncer à demander, à exiger la fin de tout compromis avec ceux qui détruisent, massacres chaque jour des enfants, des femmes et des hommes. Leur seul crime est de demander une seule et essentielle chose, vivre libre et en paix. Jamais aucun CD n'aura autant exprimé le désarroi de tous ceux qui souffrent, qui ne veulent pas tuer, ni dominer, ni même s'enrichir de quelques pièces d'or et qui ne savent pas et ne veulent pas se servir des bombes et des fusils pour vivre. Jordi Savall donne avec courage voix à l'humanité souffrante. Aux pieds des oliviers, sur les rives de la Méditerranée si bleue, les bergers et les musiciens, se retrouvent ici pour nous conter l'extraordinaire beauté du monde. Merci Maestro. 

Par Monique Parmentier

1 CD Alia Vox - Orient - Occident II, Hommage à la Syrie.  Direction, vièle & rebab, Jordi Savall. Hespérion XXI -. Chant et oud, Waed Bouhassoun. Chant, Lior Elmaleh. Chant, riq & sonaja, Hamam Khairy. Chant, Oumeinma Khalil. Durée : 78'23'' - Enregistré à la Collégiale de Cardona (Catalogne) le 18 février et les 6, 8 et 9 mai 2013 par Manuel Mohino - Référence : ALIA VOX AVSA9000 - Code barre : 7 619986 39003

Droits photographiques : Waed Bouhassoun - Jordi Savall et Driss el Maloumi © DR - Musiciens - el "Histoire de Bayâd et Riyad", Espagne ou Maroc - XIIIème siècle © BA Vatican  - La Méditerranée © Monique Parmentier

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La Renaissance : un songe musical

25 Décembre 2013 , Rédigé par Parmentier Monique Publié dans #Chroniques CD

 

renaissance.jpgL'Europe musicale de la Renaissance Ricercar - Jérôme Lejeune

 

Voici donc mon cadeau de Noël à mes lecteurs, ma chronique d'un Livre/CD sorti chez Ricercar cet automne, consacré à une période que j'affectionne tout particulièrement.

Aujourd'hui lorsqu'on évoque la Renaissance, c'est à la peinture ou à la sculpture que l'on songe. Nous donner à entendre sa musique, c'est un peu redonner vie à un univers devenu muet, presque figé dans sa beauté plastique. 

La Renaissance occupe une place essentielle dans l'histoire de la musique, malheureusement bien trop méconnue. Elle va offrir à la période moderne ses genres, sa notation et sa place au cœur de la société. 

Cet automne aura donné l'occasion de retrouver tout à la foi la peinture, la sculpture et la musique de la Renaissance.   

Plusieurs expositions ont permis à un public nombreux, d'appréhender le monde tel que le voyait les femmes et les hommes à cette époque. On a souvent du mal aujourd'hui à se replacer dans ce contexte intellectuel que les découvertes des Amériques et de l'imprimerie vont fondamentalement bouleverser. Il est difficile d'imaginer, un monde où sont encore absents les livres qui ont, depuis le XVIe siècle, contribué à façonner notre manière de le penser.

 

les-noces-de-cana-dc3a9tail-musiciens-copie-2.jpgAvec le "Printemps de la Renaisance" au Louvre, c'est le passage du Moyen-Âge à la Renaissance, avec des œuvres de tout premier ordre, qui a été évoqué. Quant à celle du Musée du Luxembourg consacrée à "la Renaissance et le rêve", loin des platitudes écrasantes de la psychanalyse, elle nous a livrée une autre manière de rêver, d'idéaliser, de craindre aussi l'inconnu. Un inconnu d'autant plus importants que les sciences modernes plus que balbutiantes, n'ont alors pas encore révélées l'existence de l'infiniment petit et de l'infiniment grand. La moindre découverte, ou remise en cause des écrits bibliques, pouvait à cette époque, vous envoyer au bûcher. D'autres expositions plus discrètes, mais tout aussi passionnantes ont complété ce nouvel intérêt pour la Renaissance.

Mais il manquait un art essentiel, jamais évoqué dans toutes ces grandes expositions. Un art éphémère qui ne nous a laissé que des traces fragiles, qu'il faut bien souvent reconstituer. C'est ce à quoi, ce nouvel album édité chez Ricercar et une exposition au Musée d'Ecouen - "Un Air de Renaissance"-, tentent de palier avec rigueur et passion. Si l'exposition se termine le 6 janvier, le catalogue qui nous en reste est à lire absolument.
 

BD_affiche_AirRenaissance.jpgLe livre CD chez Ricercar vient donner des pistes d'écoute, afin de mieux faire connaître les grands compositeurs et courants de la musique Renaissance. Il est d'autant plus important d'attirer votre attention sur ce magnifique album, que l'on peut à juste titre considérer quelle est aujourd'hui un des parents pauvres de la musique ancienne. 

Qui mieux que Jérôme Lejeune pouvait se livrer à un tel exercice ? Il nous livre ici en une série de 8 CD, un aperçu très bien fait, permettant à tous ceux qui ne connaissent pas ou peu cette musique de l'entendre sans a priori. Ce livre CD ne peut qu'aiguiser votre curiosité et vous donner envie d'en savoir plus. S'appuyant tout à la fois sur son catalogue aux références loin d'être négligeables et sur un partenariat  avec d'autres labels, il  dispose ici d'une palette importante du répertoire Renaissance tout en l'accompagnant d'un livret à l'approche agréablement érudite. Quelques pièces ont été tout spécialement enregistrées pour l'occasion par Vox Luminis.

Si l'on peut regretter l'absence de jalons chronologiques qui permettraient de resituer dans l'histoire les extraits musicaux qui vous sont proposés et peut - être une part un peu trop large donnée au passage de la Renaissance au baroque dans certains genres, ce livre CD nous montre l'évolution de la musique sur l'ensemble des territoires européens.  

Dans une période d'une très grande instabilité politique et de grandes réformes religieuses, où la violence est partout, la musique accompagne la vie et la mort de tout un chacun. Si elle se développe en Italie, c'est bien en Flandres qu'elle voit le jour. Ses compositeurs venus du Nord trouvent auprès des cours italiennes un écho à leurs recherches et un public à l'écoute de la nouveauté. Partout ailleurs en Europe, ces musiciens flamands qui voyagent, de l'Allemagne à l'Angleterre en passant par l'Espagne et la France, vont susciter des vocations.  

L'artiste à l'image de Donatello affirme sa place dans la société et des compositeurs de renom vont laisser une trace primordiale dans l'histoire de la musique.  Il en est ainsi de Josquin des Prés et Roland de Lassus, auxquels cet album consacre une large part.

 

francesco.jpgTout comme les autres formes d'art et particulièrement la sculpture, la musique, redécouvre l'antique, pour mieux l'imaginer. Elle va ainsi inventer de nouvelles formes. Elle va ouvrir un dialogue avec la poésie, et créer le madrigalisme qui tout au long du XVIe siècle va s'épanouir, jusqu'à donner naissance à l'opéra. Elle voit  naître et se développer une pratique musicale au sein des familles aisées, nobles et bourgeoises. Elle le doit à l'édition musicale, qui voit le jour à Venise au début du XVIe siècle. Elle peut se déployer, voyager et  entrer dans les foyers. Les instruments évoluent également et s'enrichissent en raison même de cette pratique musicale élargie.

On remarquera, l'absence de certains compositeurs en particulier pour le luth, tel Francesco da Milano Il Divino. Lorsqu'on sait combien cet instrument est familier à la Renaissance, on aurait aimer lui voir consacré plus d'extraits musicaux. La musique d'Il Divino n'est-elle pas celle de Raphaël ?

Nous espérons que ce CD et cette exposition à Ecouen, donneront l'idée aux organisateurs des grandes expositions, de faire dialoguer les arts dans leur ensemble afin que le public puisse entendre cette musique qui a accompagné tous les artistes de la Renaissance à travers l'Europe.

Ce livre CD est une très belle invitation à découvrir les grandes notions de base de l'Europe musicale du XVIe siècle. Par l'intelligence de sa démarche, vous n'aurez plus qu'une envie parfaire vos connaissances de cet univers sonore à l'âme généreuse, curieuse, brillante et si humaine.
 

Par Monique Parmentier

8 CD Ricercar - Durée totale : 10h35 - Livret : français/anglais - Réf : RIC106 - Code barre : 5 400439 001060

 

Ensembles : Ay Luna - Cantus Cölln - Capilla Flamenca - Capella Amsterdam - Capella Mediterranea - Capella Prratensis - Choeur de chambre de Namur - Clematis - Clollegium vocale Gent - Ensemble Daedalus - Deller consort - Doulce Mémoire - Ensemble Céladon - Ensemble Clément Jannequin - Ensemble Leones - Ensemble Mare Nostrum - Ensemble vocal européen de la Chapelle Royale - Flanders recorder Quartet - Huelgas Ensemble - La Caccia - La Colombina - la Fenice - La Morra - Le Concert Spirituel - Le miroir de musique - Ludus modalis - Mezzaluna - odhecaton - Ricercar Consort- Romanesque - Syntgama amici - Che Choir of Magdalen college - Vox Luminis

Solistes : Leon Berben - Pascale Boquet - James Bowman - Paulin Bündgen - Delphine Collot, Clara Coutouly - Imke David - Alfred Deller - Hannelore Devaere - Vincent Dumestre - Thomas Dunford - Jean Ferrard - Bernard Foccroule - Susan Hamilton - Siere Henstra - Rolf Lislevand - Wim Maeseele - Philippe  Malfeyt - Frédéric Martin  - Carles Mas - Guy Penson - Christina Pluhar - Liuwe Tamminga - Jean Tubéry - Jan van Outryve - Sergio Vartolo - Joris Verdin


Droits photographiques :Les Noces de Cana de Véronèse © Le Louvre ; Portrait d'un luthiste (peut-être Francesco da Milano © DR ; Affiche de l'exposition "Un air de Renaissance" © Musée d'Ecouen

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Miroirs : "le rayonnement éternel de la beauté"

14 Décembre 2013 , Rédigé par Parmentier Monique Publié dans #Chroniques CD

miroirs.jpg

Miroirs - Ensemble Matheus

violon et direction : Jean-Christophe Spinosi - Malena Ernman

1 CD Deutsche Grammophon

Depuis bientôt 6 ans, hormis le DVD d'un si prenant et flamboyant, Orlando Furioso, il n'avait plus enregistré. Ses Vivaldi chez Naïve sont des versions de références, tant sa fougue et sa passion, savent illuminer la musique du Prete Rosso. Mais cette année, c'est chez Deutsche Grammophon, dans un CD intitulé Miroirs, que Jean-Christophe Spinosi, avec son Ensemble Matheus nous revient.

Dans ce nouveau programme, il met en miroir des pièces baroques et contemporaines, sombres et mystérieuses qui dessinent un univers de mélancolie et de chagrin, à la beauté fascinante : celui du lamento.

C'est en découvrant, il y a une dizaine d'années un air de Johann Christoph Bach, cousin de Jean-Sébastien, "Ach, dass ich Wassers genug hätte" (Ah que n'ai-je assez de larmes), que Jean-Christophe Spinosi à l'idée de commander à Nicolas Bacri, une œuvre "dont l'instrumentarium, la voix, le texte, la durée et le tempo seraient inspirées de la pièce baroque mais dont le langage resterait libre". Elle a été composée au diapason 415 et est jouée sur instruments anciens avec archets modernes.

 

C'est en 2002, avec Philippe Jaroussky, qu'elle est créée. Mais, c'est avec la mezzo-soprano suédoise Malena Ernman que Jean-Christophe Spinosi a choisi d'enregistrer. Cela donne ainsi une couleur plus humaine et terrestre aussi bien au Lamento de Nicolas Bacri qu'aux Arie de Jean-Christophe Bach et à celui de Jean-Sébastien Bach qui conclut le CD. Extrait de la Cantate 170, ce dernier lamento exprime l'absolu solitude de celui qui n'a pas suivi la parole de Dieu et d'une certaine manière l'absolu solitude de l'homme sans créateur.

 

MalenaErnman.jpgMalena Ernman est ici bouleversante, vibrante d'une douleur retenue et d'émotions. Son timbre ténébreux à la sensualité troublante et son phrasé dramatique et saisissant lui permettent de passer du baroque au contemporain avec un charisme envoûtant. Résonnant à fleur de peau, sa voix devient une onde qui s'écoule comme un chagrin incommensurable.

L'ensemble Matheus la soutient, dialogue avec elle en une infinité de nuances de la tristesse, fruit d'une solitude partagée que rien ne peut apaiser. 

Certains pourraient s'étonner du choix de l'Adagio pour cordes de Samuel Barber qui ouvre ce programme, tant il est archi connu et enregistré. Mais la version que l'on entend ici, nous transporte dans un monde du silence, à l'atmosphère fugitive et instable. La tension qui en émane est si palpable, si poignante, si captivante que l'on s'en trouve enchaîné à cette détresse qui conduit nos vies. Il redevient ici ce qu'il est, non une scie trop entendue, mais une pure merveille crépusculaire. Il nous suggère cette nuit envoûtante qui accompagne le deuil, pour mieux nous ouvrir au monde des songes les plus inquiétants. Quant à la symphonie de Chambre op. 110 - transcription pour orchestre à cordes réalisée par Roudolf Barchaï du Quatuor n°8 -  de Chostakovitch, sa réalisation en est ici une fascinante réussite. Composée en hommage "aux victime des guerres et du fascisme", elle est aussi un testament musical. Ne cherchant pas à être démonstratif, Jean-Christophe Spinosi en fait sourdre une lueur fragile et qui pourtant résiste à l'appel du vide, aux plus sombres nuits, aux cordes qui fouettent, qui supplient, qui hurlent, une lueur qui résiste à la torture et au feu. 

Fonctionnant à géométrie variable suivant les pièces interprétés, de la formation chambriste à l'orchestre symphonique, l'Ensemble Matheus révèle ici un tissu orchestral au velours ténébreux. Il irradie de sensibilité, de musicalité, faisant vibrer le silence de nuances intenses et de couleurs secrètes. Précise, épurée et ardente, la direction de Jean-Christophe Spinosi unie ses pièces, que des siècles séparent. Il nous subjugue, ainsi que Malena Ernman, et les musiciens de l'ensemble Matheus par ce sentiment étrange et fascinant qui semble "faire rayonner l'éternelle beauté". La musique y est le miroir de nos âmes tourmentées.

Par Monique Parmentier

 

Samuel Barber (1910-1981), Adagio pour cordes op. 11 Molto Adagio ; Johann Christoph Bach (1642 - 1703), "Ach dass ich Wassers genug hätte" ; Dimitri Chostakovitch  (1906-1975), Symphonie de Chambre, O 110 a (Transcriptions de Roudolf Barshaï) ; Nicolas Bacri (1961), Lamento, Op 81 " Ac dass ich Wassers genug hätte) ; Johann Sebastian Bach (1685-1750), "Wie jammern mich doch die verkehcten Herzen" (extrait de la cantate 170)

1 CD Deutsche Grammophon - Durée : 53'56'' -Livret Français/Anglais - Réf 4810648 - Code barre : 28948 10648


Droits photographiques : Malena Ernman © DR

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Busenello : la liberté du poète

2 Décembre 2013 , Rédigé par Parmentier Monique Publié dans #Poésie et Littérature

busenello2-copie-1.jpgBusenello, un théâtre de la rhétorique Classique Garnier

 

Tout au long de la Renaissance et du premier baroque, alors que bien souvent l'idée même de "liberté" peut vous conduire au bûcher, les artistes ont défendu avec ardeur, leur liberté créatrice. De Donatello à Poussin, l'art trouve son chemin, au-delà de toutes les contraintes, les métamorphosant en chefs-d'œuvre.

Au ur de la musique, cette audace va permettre la naissance d'un tout nouveau genre : l'opéra. Et c'est à Venise que naît cette liberté nouvelle. Cette cité tolérante favorise les rencontres de tous ceux qui venant de tous les horizons et tous les métiers, doivent imaginer tout ce qui peut contribuer à faire du drame en musique, un art majeur, économiquement viable.

Si l'opéra a besoin de musiciens, il doit aussi inventer des métiers qui lui sont propres pour exister. Ainsi va naître le scénographe (Giacomo Torelli, membre de l'Académie des Incogniti, en fut l'inventeur), mais aussi celui qui par ses mots va permettre au drame de vivre sur scène, de séduire et de passionner le public en quête de nouveauté, le librettiste.

Le premier d'entre eux, même s'il ne l'a jamais revendiqué est un poète, Giovan Francesco Busenello, également membre de l'Académie des Incogniti, dont le nom est aujourd'hui rattaché à l'opéra le plus subversif qui soit : L'Incoronazione di Poppea.

 

Rittrato-Busenello.jpgDans Busenllo, un théâtre de la rhétorique, Jean-François Lattarico, professeur des universités et chercheur, vous invite à découvrir cet homme à la personnalité et à l'œuvre fascinantes. Ce Vénitien de souche, va donner ses lettres de noblesse à un métier qui par la suite va trop souvent retourner dans l'ombre, et perdre avec le temps sa valeur poétique, pour ne plus conserver qu'un rôle de faire-valoir. Issu d'une vieille famille aristocratique, juriste de formation, Giovan Francesco Busenello va toute sa vie affirmer la liberté absolue de l'écrivain. C'est elle, qui va lui permettre de faire la synthèse dans le Dramma per musica, de multiples sources, créant ainsi l'opéra moderne.

Busenello trouve son inspiration tout aussi bien dans le théâtre pastoral florentin, que dans l'opéra tragi-comique romain, et dans le mélange des genres importés d'Espagne, mais également dans la sensible poésie pétrarquiste et dans la poésie érotique de Marino. Il est selon les termes de Jean-François Lattarico un "pessimiste jubilatoire". Busenello est un homme tout à la fois désabusé et hédoniste.

Après une présentation de l'environnement politique et culturel du poète et une esquisse biographique, Jean-François Lattarico se livre à une analyse très fine et savante de l'ensemble du corpus littéraire de Busenello. Ce dernier hérite de la Renaissance une certaine idée de la littérature et de la place de l'écrivain au coeur de la cité. Comme beaucoup d'aristocrates, son art de vivre et d'écrire sont influencés par cette recherche de la beauté et de l'élégance telle que l'a théorisé Castiglione. Mais les temps ont changé et la désillusion a aussi laissé place à une certaine lucidité. Il est l'auteur de poèmes classiques ou érotiques, de deux romans et d'un traité de rhétorique, découvert par Jean-François Lattarico à la Marciana. 

S'il s'inscrit donc dans une certaine continuité, Busenello crée et expérimente de nouveaux modèles, soutenu en cela par l'Académie des Incogniti. Et ses livrets vont en être la quintessence. Jean-François Lattarico leur accorde une place importante dans son étude. Cinq d'entre eux, mis ou non en musique, lui sont sans aucun doute possible attribués. On ne sait en revanche que peu de chose sur sa vision de la musique, mais ce qui est certain c'est que chaque livret est bel et bien un chef-d'oeuvre. Par sa plume, se dévoilent les enjeux de la naissance théâtrale de l'opéra. L'art de la rhétorique, c'est-à-dire, celui du discours, favorise la parole scénique. Le jeu du tribun et de l'acteur n'ont au fond qu'un seul et même objectif séduire pour convaincre.

Je ne peux que vous recommander la lecture de ce passionnant et brillant essai. Si ce livre est de prime abord destiné à un public universitaire, il ne peut que susciter l'intérêt de tous ceux qui souhaitent en savoir plus sur cette époque, au moment précis où théâtre et musique se rencontrent enfin, fusionnant en un genre nouveau. 

Busenello nous a légué au même titre que Dante, Pétrarque ou Marino une oeuvre splendide qui mérite d'être redécouverte et comprise. Loin des analyses psychanalytiques totalement hors contexte et hors sujet, le libertin Busenello, comme beaucoup de ses contemporains, a brisé les idéaux de la Renaissance, s'offrant de nouveaux territoires à explorer. L'érudition de Jean-François Lattarico est un plaisir que vous aimerez partager, tout comme l'émotion sensuelle qui émane des textes de Busenello.  Comme Monteverdi, il est à la fois un homme du passé et de l'avenir, offrant à la postérité une œuvre à jamais moderne.

Enfin, l'une des grandes qualités de cet essai et non des moindres est que son auteur est si proche de son sujet, qu'un lien très particulier semble s'être tissé entre eux. Il rend encore plus perceptible au lecteur cette part de mystère liée à cette époque de grande effervescence artistique.

Par Monique Parmentier

Busenello, un théâtre de la rhétorique - Classiques Garnier - ISBN 978 -2-8124-1147-2 - Code Barre : 9 7828 12 411472

 

Droits photographiques : Portrait de Busenello © Château de Buonconsiglio, Trente

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