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Le blog de Susanna Huygens

Dialogues celtiques : Les esprits de la Forêt de Brocéliande à Paris

22 Septembre 2017 , Rédigé par Parmentier Monique Publié dans #Chroniques Concerts

@Monique Parmentier

L’homme et la nature. Dialogues celtiques
Oeuvres traditionnelles irlandaises, de Galice, écossaise et basque

Jordi Savall, dessus de viole, lyra-viol et direction
Carlos Núñez , flûtes et pastoral pipes
Pancho Álvarez, viola caipira & vielle à roue
Xurxo Núñez, percussions, théorbe et guitare
Andrew Lawrence-King, harpe et psaltérion
Frank Mc Guire, Bodhrán

Salle Gaveau, le 19 septembre 2017

Depuis que certains d’entre nous avaient eu la chance de voir et entendre ce programme au Festival Musique & Histoire de Fontfroide en 2016, nous espérions avoir la chance de le retrouver, tant il nous avait émerveillé et restait à jamais inoubliable.

Dans la cour Louis XIV de l’abbaye, par une douce nuit d’été sous les étoiles et un onirique levé de lune, nous avions été transporté loin, très loin, de toute réalité. Nous ramenant au coeur des traditions celtes, honorant la nature par sa poésie, sa musique et ses légendes, ce programme ouvre les horizons d’un monde traversé par une culture qui a essaimé à travers toute l’Europe son univers, rendant fécond le dialogue entre les peuples, abolissant les frontières physiques ou psychologiques.

@Monique Parmentier

C’est donc grâce à la programmation baroque de Philippe Maillard production -que cette communion entre l’homme et la nature, si caractéristique des traditions celtes-, que ses retrouvailles ont été possibles. Nous avons été nombreux à répondre à l’invitation de Jordi Savall, Carlos Núñez et des quatre musiciens qui les entouraient ce soir.

Le concert aurait pu souffrir d’un cadre citadin, mais il n’en a rien été. La salle Gaveau bénéficie d’une acoustique exceptionnelle et le public parisien, c’est quasi instantanément laissé envoûter par des musiciens dont le talent et la générosité ne peuvent que séduire les plus endurcis.

L’architecture du programme est constituée de différentes parties, au titre aussi divers que les mondes celtiques qu’il nous invite à découvrir. Chacune de ces parties est composée de pièces tant traditionnelles que modernes et permet à chaque musicien de nous faire entendre toute la diversité et la richesse de leurs instruments. Passant de pièces mélancoliques au plus dansantes, de l’Irlande à la Galice, de l’Ecosse à la Bretagne, dans la salle où règne une semi – obscurité, la lumière qui émane de la scène et des musiciens, nous ensorcelle. La mélodie si faussement simple de Ponthus et Sidoine que chante la flûte de Carlos Núñez, et la viole de Jordi Savall, possède un tel pouvoir d’envoûtement que l’on a le sentiment de voir s’ouvrir devant nous les frondaisons de la Forêt de Brocéliande. Les musiciens se transforment en enchanteurs, en bardes, nous faisant passant passer, virevolter de musique lente et nostalgique, comme le lamento Caledonia’s Wait for Niel Grow en danse joyeuse et folle comme Sackow’s Jig. Comment ne pas être touché par ces rythmes endiablés ou lent, presque des complaintes qui s’enchaînent, toujours entêtants parce que répétitifs et si mélancoliques ?

@Monique Parmentier

Les regard admiratifs de Carlos Núñez, véritable virtuose de la flûte et de la gaïta galicia (cornemuse galicienne) pour Jordi Savall, porte les nôtres vers le maestro catalan qui nous éblouit par la passion, l’ardeur, l’engagement de son interprétation des pièces pour viole. Mais ces regards sont réciproques et le chant si sensuel de la flûte nous captive. La ductilité de l’interprète, son jeu fluide, fougueux et fervent, nous fait abandonner toute défense, jusqu’à nous emporter dans la danse.

Et que dire des quatre musiciens qui se sont joint à eux. Andrew Lawrence-King à la harpe et au psaltérion fait preuve tout à la fois de hardiesse et de délicatesse tant dans ses accompagnements que dans les pièces solistes qui lui échoient dans les Carolan’s Harp, accompagné au bodhrán par Frank Mc Guire. Tout au long du concert, ces derniers nous ont donné à entendre le chant de la forêt et de la Dame du Lac. Entre un souffle lointain et l’onde qui s’écoule, ils ont été les messagers d’une nature, ne demandant qu’à faire tomber les murs pour mieux renaître.

@Monique Parmentier

Les deux compagnons de Carlos Núñez, son jeune frère Xurxo Núñez aux percussions et Pancho Álvarez à la viola caipira et à la vielle à roue, ont enrichi des couleurs de leurs instruments et de leur passion, ces mélodies des temps ancestraux et légendaires.

Comme à Fontfroide en 2016, trois bis féériques sont venus conclure cette soirée en terre de jeunesse éternelle. Car c’est bien en Avalon ou Tir Na Nog, que les musiciens nous ont emmené, terre de fraternité, de bonheur et d’amour. Le premier bis une musette de Marin Marais, hommage à la cornemuse, instrument celte par excellence, a été interprété par un Jordi Savall fougueux et précis. Elle a introduit cette danse, An dro, durant laquelle Carlos Núñez a fait se lever le public parisien à l’orchestre. Celui-ci n’a pas pu résister aux sortilèges de sa flûte, puis de sa cornemuse. Tout se passant comme si le souffle des esprits de la nature appelés par les musiciens, prenait possession de chacun de nous, en nous entraînant pour achever la soirée en une chaîne, folle « farandole » (référence si peu celtique mais dont j’espère que les puristes me la pardonneront). Comment ne pas être éternellement reconnaissant aux musiciens pour ces instants de bonheur infini.

 

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Since in vain Des perles précieuses et délicates

18 Septembre 2017 , Rédigé par Parmentier Monique Publié dans #Chroniques CD

Si depuis deux ans, je ne consacre que rarement ma plume à des CD, en partie par manque de temps, je vais ici évoquer un enregistrement, qui dès sa première écoute, m’aura transporté dans un univers onirique, où plus que la mélancolie, le plaisir et la délicate sensualité, auront su me séduire, me donnant envie de vous le recommander. Vous aurez je n’en doute pas, comme moi, du mal à le quitter.

 

Le programme proposé dans ce CD est d’autant plus passionnant que la période musicale qu’il nous propose de découvrir a rarement fait l’objet d’un enregistrement. La jeune claveciniste Caroline Huyhn van Xuan, nous offre un regard sensible et poétique sur des pièces pour clavecin toutes composées à l’issue de la longue période d’austérité du Commonwealth (république). Période durant laquelle la musique avait disparu de la vie publique anglaise, trouvant refuge dans la sphère privée.

 

Pour mieux rattraper le temps perdu, la musique se développe alors bien au-delà de la Chapelle Royale que restitue Charles II. Des théâtres aux tavernes, de salles de concert à des clubs, elle offre à un large public des répertoires variés et accueil des musiciens venant de toute l’Europe attirés par le dynamisme de cette ère nouvelle pour l’Angleterre.

 

Durant la période républicaine, elle a développé des formes plus simples, plus modestes, loin de l’écriture polyphonique de la période élisabéthaine. C’est durant la Restauration que sont publiés des œuvres pour clavecin. Leur popularité se maintiendra tout au long des XVIIe et XVIIIe siècles. De nombreux recueils seront édités, répondant ainsi au goût d’un public cultivé et ayant reçu une excellente éducation musicale, souhaitant dans son intimité, s’offrir des moments de rêverie ou de convivialité. Certaines pièces ici proposées, dont celle qui donne son nom à cet album, Since in vain, furent plusieurs fois rééditées.

 

Caroline Huyhn van Xuan mêle ici des pièces réputées à de véritables petits joyaux que nous n’avions jamais eu l’occasion d’entendre. Et si certains des compositeurs sont largement connus du public contemporain tels Purcell ou Haendel, d’autres comme Jeremiah Clarke, John Weldon ou William Croft, se révèlent une belle découverte. Il y est d’ailleurs frappant de constater que certaines pièces marquantes de cet album, telles Since in Vain et Allmand, nous sont parvenus sans le nom de leur auteur.

 

L’interprétation de Caroline Huyhn van Xuan est d’une rare délicatesse. Dès la première pièce un Ground d’Anthony Young on est séduit. Chaque pièce entre ses doigts devient une perle baroque unique. L’articulation soignée semble donner à la musique la fluidité de l’eau. Le temps qui s’écoule en écoutant ce CD prend une densité lumineuse et chaleureuse. On est surpris par les couleurs qui émanent de l’instrument, un clavecin Zuckerman d’après Blanchet et Taskin, sous les doigts déliés de l’interprète. L’effet de Luth du Ground de William Richarson, crée un effet de surprise fascinant. Entre envoûtement et sortilèges, la jeune claveciniste maintient notre plaisir par un jeu tout en nuances et en expressivité. Aérien et clair, il donne vie à ses salons où le temps semble hésiter entre s’arrêter pour mieux se savourer et fuir toujours plus vite. L’éphémère y devient éternel. La conclusion Ground on Moon over Bourbon Street, arrangement d’une chanson de Sting, joue sur ce sentiment d’éternité.

 

L’aria Here the Deities approve d’Henry Purcell, chanté par le contre-ténor Paulïn Bungden est un enchantement vocal, un pur délice, nous rappelant combien cet artiste au timbre unique, mélancolique et sensuel est fait pour ce répertoire.

A l’instant de conclure cette chronique, les mots qui nous viennent à l’esprit, sont « charme » et « plaisir ». Alors ne bouder ni l’un ni l’autre, Caroline Huynh Van Xuan est une claveciniste au jeu tout aussi unique et rare que le timbre du contre-ténor Paulin Büngden qui a accepté de redonner vie à ses côtés à une musique dont la beauté transmet une émotion fugace et légère, sensible et raffinée, subtile et tendre. Notons l’excellente prise de son, qui crée un sentiment de proximité avec l’interprète, nous rappelant combien cette musique est celle de l’intimité.

 

Clavecin : Caroline Huynh Van Xuan

Contre-ténor : Paulin Büngden

 

1 CD Muso. Durée 67’53. Livret : Français/Anglais. Enregistrement réalisé dans la Chapelle de Sainte-Marie à Lyon les 11 et 12 juillet

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Plus je vieillis et plus je trouve qu’on ne peut vivre qu’avec les êtres qui vous libèrent

8 Septembre 2017 , Rédigé par Parmentier Monique Publié dans #Poésie et Littérature

@ Monique Parmentier

"Plus je vieillis et plus je trouve qu’on ne peut vivre qu’avec les êtres qui vous libèrent, qui vous aiment d’une affection aussi légère à porter que forte à éprouver. La vie d’aujourd’hui est trop dure, trop amère, trop anémiante, pour qu’on subisse encore de nouvelles servitudes, venues de qui on aime. À la fin, on mourrait de chagrin, littéralement. Et il faut que nous vivions, que nous trouvions les mots, l’élan, la réflexion qui fondent une joie, la joie. Mais c’est ainsi que je suis votre ami, j’aime votre bonheur, votre liberté, votre aventure en un mot, et je voudrais être pour vous le compagnon dont on est sûr, toujours".

Lettre d'Albert Camus à René Char

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